Depeche Mode - Spirit

Nicolas Didier Barriac - Le 10 Avril 2017

Il n'est jamais facile pour un groupe des années 80 de sortir de sa décennie sans être une parodie de lui-même. Depeche Mode fait partie de ces rares rescapés qui sont parvenus à rester importants malgré le temps qui passe. Faute de chefs d'œuvre, le trio pond régulièrement des albums de bonne facture et enchaîne les tournées événements où son répertoire se trouve magnifié. Pour ce quatorzième volet des aventures Gahan/Gore/Fletcher, le ton se fait révolutionnaire. Malheureusement, on n'en dira pas autant de la musique...

Depuis 1993, Depeche Mode livre un album tous les quatre ans. Cette régularité impressionnante, combinée à la stabilité du line-up, a provoqué chez le public une forme d'habitude, voire de dépendance. Peu nombreuses sont les formations jouant sur le territoire sombre et électro des Anglais. Logique, donc, de se tourner vers les auteurs de Music For The Masses pour avoir sa dose de new wave en 2017. On pourra être étonné de se voir invectivé par Gore en personne, sur le morceau éponyme de ce Spirit, lorsqu'il dénonce la perte de spiritualité de nos sociétés. Pourtant, c'est le positionnement de ce disque : prendre à partie et revendiquer.

Certains messages passent mal. Where's The Revolution et Poorman ont à peu près autant d'impact qu'un discours anticapitaliste de Donald Trump. L'effet tombe d'autant plus à plat que ces compositions sont vraiment gnangnan. Sans regarder trop loin dans le rétroviseur, on regrette l'acidité de titres comme A Pain That I'm Used To qui faisait figure de hit à côté de cette livraison réchauffée. La production de James Ford (Arctic Monkeys, Florence and the Machine, Foals) sauve les meubles en préservant les ambiances minimalistes du groupe tout en promouvant les sonorités exotiques des différentes synthés. Le seul moment abrasif sur Spirit concerne Scum. Toutefois, les arrangements ne tiennent plus la route passée la troisième écoute. On ne retiendra que la phrase "Hey scum, what are you gonna do when karma comes?" qui symbolise le travail soucieux sur l'ensemble des paroles.

Au milieu des douze compos qui n'intéresseront que le fan le plus dévoué, on note tout de même deux morceaux sur lesquels il convient de jeter une oreille. The Worst Crime, sorte de ballade westerno-industrielle, trouve une atmosphère unique entre Nick Cave et les vieux Muse. Il n'en fallait pas davantage pour voir Dave Gahan se régaler en déroulant des couplets chargés d'émotion. You Move, plus old school, s'attache à retrouver une ambiance dansante où le chanteur revêt avec plaisir son costume de sex symbol. Rien de nouveau à signaler mais une partition joliment jouée. Mention honorable également à Cover Me qui contient tous les ingrédients d'un bon Depeche Mode sans la folie déroutante pour le transformer en tube.

Spirit est à l'image de la plupart des disques sortis par les groupes de stade en fin de carrière : tout y est pro mais plus rien n'émeut. Le talent du groupe ne s'est pas érodé. Son inspiration s'est simplement tarie.

Discographie : 

  • - Speak & Spell (1981)
  • - A Broken Frame (1982)
  • - Construction Time Again (1983)
  • - Some Great Reward (1984)
  • - Black Celebration (1986)
  • - Music for the Masses (1987)
  • - Violator (1990)
  • - Songs of Faith and Devotion (1993)
  • - Ultra (1997)
  • - Exciter (2001)
  • - Playing the Angel (2005)
  • - Sounds of the Universe (2009)
  • - Delta Machine (2013)
  • - Spirit (2017)

Tracklist de Spirit  :

  • 1. Going Backwards 5:43
  • 2. Where's the Revolution 4:59
  • 3. The Worst Crime 3:48
  • 4. Scum 3:14
  • 5. You Move 3:50
  • 6. Cover Me 4:52
  • 7. Eternal 2:25
  • 8. Poison Heart 3:17
  • 9. So Much Love 4:29
  • 10. Poorman 4:26
  • 11. No More (This Is the Last Time) 3:13
  • 12. Fail 5:07

(en gras les morceaux essentiels)

 

Columbia
http://www.depechemode.com/ 

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