Pallbearer - Heartless

Nicolas Didier Barriac - Le 19 Avril 2017

Si l'on veut nommer quelques-uns des groupes de metal en devenir, Pallbearer arrive forcément en très bonne position. Les Américains ont assis une solide réputation en seulement deux albums qui leur ont valu un torrent de louanges. Le temps des surprises passé, le groupe se doit à présent de tenir son rang pour continuer à engranger des fans. Heartless, troisième opus féérique, tient l'auditeur en haleine durant sept pistes où dansent doom, prog' et heavy avec une subtilité extraordinaire.

Il n’est pas surprenant d’entendre un groupe de doom maîtriser les émotions. La nature même de style avec ses alternances caractéristiques de longues plages atmosphériques et attaques plombées prolongées parvient toujours à faire chavirer le plus endurci des metalheads dans la contemplation et le plus réfractaire au chant extrême dans un rôle d’apprenti Dan Swanö. Sur Heartless, il n’est pourtant pas question de chant extrême. Pallbearer joue avec le reste de la palette et met un focus particulier sur les influences progressives comme sur la merveilleuse intro de Dancing In Madness où l’on croirait entendre un mélange de Marillion et Anathema. Le groupe aurait sans doute préféré qu’on cite Pink Floyd ; pourtant à aucun moment, en dehors des premières notes du pachydermique A Plea For Understanding, on ne le sent suffisamment éthéré dans sa musique pour pouvoir soutenir cette comparaison.

Les durées ambitieuses de la plupart des chansons de Pallbearer ne doivent pas occulter le fait qu’elles sont extrêmement dynamiques. Le quartette ne se contente pas d’étirer ses riffs, ralentir le tempo, repartir et répéter des plans du début de morceau. A la manière d’un Percy Fawcett, Pallbearer explore à foison. Au détour d’un break, il se lance dans un solo empreint de feeling (I Saw The End) ou empoigne une guitare acoustique pour tamiser l’ambiance (Dancing In Madness) et mieux se relancer dans une partie sludge. Instrumentalement, Pallbearer sait tout faire, sans débauche de technique. Il n’y a que le chant qui demeure un ton en-dessous. Brett Campbell s’appuie un ton plein d’écho/reverb qui colle bien à la musique mais reste trop monotone pour une musique aussi touche-à-tout.

On sent d’entrée de jeu que Heartless fait partie de ces albums de qualité car aucune piste ne se dégage véritablement, ni en bien ni en mal. Les sept pistes, malgré le fait qu’elles soient totalement indépendantes musicalement, auraient très bien pu faire partie d’une même longue plage. La démarche rappelle celle de My Dying Bride. L’exécution, beaucoup moins. Les Anglais trouveraient certainement leur compte sur Dancing In Madness, une composition vigoureuse qui prend de la hauteur tout en préservant une sorte d’aura mystique.

Malgré tout l’intérêt qu’on peut trouver à Heartless, l’album est un petit ton en dessous des deux précédents disques. Les articulations des morceaux parfois manquent de fluidité et on sent le groupe désireux d’aller vers des chansons plus directes tout en étant « prisonnier » du style qu’il s’impose. Il y a fort à parier que le prochain disque soit assez différent de ce à quoi nous a habitués Pallbearer. Cette petite critique n’empêchera nullement d’apprécier un LP toujours aussi riche et plaisant sur la durée. Le groupe a beau venir de Little Rock, son rock, lui, a tout des grands.


Discographie :
Sorrow and Extinction (2012)
Foundations of Burden (2014)
Heartless (2017)

Tracklist de Heartless (en gras les morceaux essentiels) :
1.    I Saw the End    6:22
2.    Thorns     5:25
3.    Lie of Survival    8:26
4.    Dancing in Madness    11:48
5.    Cruel Road    7:14
6.    Heartless    8:10
7.    A Plea for Understanding    12:40



Pallbearer - Heartless
Profound Lore Records
pallbearerdoom.com

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