[Scène Ouverte] Gunwood Circle

Maritta Calvez - Le 15 Mai 2015

Quand j'ai su que Gunnar Ellwanger préparait sont projet perso, j'ai attendu patiemment que le bébé paraisse, et sans même avoir encore entendu une note, je savais que j'allais lui proposer une [Scène Ouverte], ce qui n'est pas l'habitude de la maison. Eh oui, il est des artistes dont on ne doute pas une seconde que ce qui va naître sera de toute beauté ! L'EP était encore à l'enregistrement, Gunwood Circle a donné un concert au Lavoir Moderne, l'occasion d'avoir un premier aperçu. Ah mais ça non, je ne m'étais pas trompée. Un an et demi plus tard, le CD est là, la magie opère. La délicieuse voix éraillée de Gunnar porte une folk ingénieusement menée, forte et sensible, intense, chaleureuse, résultat d'un travail d'orfèvre exigeant, précis, clairement sorti des tripes et du cœur. La musique de Gunwood Circle, ciselée aux multiples influences, est un petit bijou !

Gunnar, c’est un plaisir de te retrouver sur ce nouveau projet, ton projet devrais-je dire ! Peux-tu nous parler de la genèse de Gunwood Circle ? Et comment vous êtes-vous rencontrés tous les trois ?
Le projet a commencé à voir le jour il y a environ 2 ans. 
J'ai rencontré le bassiste/multi-instrumentiste Joao Francisco Preto alias « Jeff », et le batteur David Jarry Lacombe il y a une dizaine d'années dans les locaux de répétition de la SUM à Sèvres (en Ile de France) quand ils jouaient ensemble dans « Mamienco », un projet rock balkanique/klezmer qui a pas mal tourné en Europe. 
A l'époque je voyais régulièrement Jeff pour faire des petites jam-sessions maison, ou pour refaire le monde... Quelque temps après, j'ai également fait meilleure connaissance avec David, et on s'est aperçus qu'on avait aussi beaucoup de points communs en terme de goûts musicaux.
Le hasard a fait que leur groupe se séparait au moment où je me sentais prêt à monter l'équipe de Gunwood Circle, donc j'ai pu hériter d'une section basse-batterie bien rodée, ce qui fait toujours plaisir !

Le mieux, c’est de l’écouter, on est tous d’accord, mais avec quels mots définirais-tu ta musique ? Quelles sont vos influences à chacun ?
Oui, c'est toujours dur de mettre des étiquettes ! Le terme le plus proche serait peut-être quelque chose comme « folk rock indé »...
Les compositions sont souvent entre folk américain et blues-rock, avec du chant à trois voix, parfois de l'harmonica, mais avec des sonorités qui peuvent aller du noise ou du post-rock jusqu'au trad irlandais. Pour les influences personnelles, je pense que la liste est assez longue...
Pour ma part, j'ai été bercé en tant qu'enfant par le rock des années 60-70, le blues, le bluegrass, le rythm&blues et le folk irlandais. 
Ayant grandi dans les années 90, j'ai ensuite écouté du grunge, du punk, du metal, du cross-over, suivi par une longue période reggae... Puis un peu tout ce qu'on mettait dans le tiroir « rock alternatif ».
En fait je suis hermétique à très peu de styles, j'aime simplement quand ça sort des tripes, que ce soit du hip-hop, du jazz ou de la musique traditionnelle russe.
Mes deux acolytes partagent une grande partie des influences que j'ai nommées, on a notamment flashé en même temps sur des projets comme « Half Moon Run », ou sur les sessions « Blogothèque » de « Feist » au moment de monter notre projet. Mais c'est aussi cet éclectisme, et cette passion pour la musique en général qui nous a réunis tous les trois. 
Jeff peut triper autant sur King Crimson ou Pearl Jam que sur Johnny Cash ou Eric Sati, tout comme David qui peut switcher de Camille à Snarky Puppy en passant par Pink Floyd...

Qui fait quoi ? Comment s’organise votre travail ?
Je suis à la guitare et au chant lead, Jeff est à la basse et aux chœurs, parfois aussi à l'harmonica ou aux percus, et David assure batterie, chœurs et claviers.
On pioche ensemble dans ma petite boîte à chansons. Parfois mes arrangements sont déjà assez aboutis, parfois on part d'une version guitare-voix, et on essaye différentes approches en répétition. Pour moi il est très important que chaque musicien puisse vraiment vivre ce qu'il joue. 
Donc si mon idée d'arrangement initial ne parle pas aux deux autres, on fait tourner la chanson en improvisant dessus jusqu'à ce qu'on arrive à trouver ce petit moment magique qui met tout le monde d'accord. 

Où et dans quelles conditions a été enregistré l’EP ; avec qui ?
Nous avons enregistré pendant une semaine de résidence à La Ferme Blanche à Clamecy en Bourgogne, dans une salle de concert vide.
Le cadre et l'accueil étaient magnifiques ! On était logés dans un appartement à 5 mètres de la salle, et autour il n'y avait que des champs.
On était venus avec notre technicien de live, Joseph Gatineau. Il nous a aidés pour l'installation et les deux premiers jours de prises, ensuite c'est moi qui ai pris le relais pour l'aspect technique et on a fini juste tous les trois.
On a enregistré les morceaux en live en capturant également la reverb de la pièce, puis on a passé la nuit à bidouiller, chercher, parfois réarranger, et à créer des petits sons qui peuvent s'ajouter sans trop dénaturer l'aspect live.
On avait vraiment une très belle atmosphère pendant cette session, et c'est ce qui compte le plus pour moi sur un enregistrement.
J'ai ensuite mixé les morceaux chez moi avec l'aide de Joseph, sans oublier les précieux conseils de Lionel Darenne que j'avais rencontré peu de temps avant. L'ingénieur du son formé par Steve Albini avait entre autres travaillé sur l'album « Metals » de « Feist », un album dont le son à la fois intimiste, naturel et aéré nous a beaucoup influencés pour cet EP. C'était un grand honneur d'avoir pu être conseillé par Lionel ! 
Il m'a ensuite mis en contact avec Golden Mastering en Californie, une petite structure familiale adorable qui a travaillé pour des légendes comme Sonic Youth, Primus et Soundgarden ou plus récemment pour Calexico..

Comment se fait le choix, cornélien sûrement, d’enregistrer tel titre plutôt qu’un autre ? Parce qu’il y aurait de quoi faire un album il me semble !
On s'est vraiment basés sur notre ressenti, on a choisi les titres qui nous procuraient le plus d'effet au moment de l'enregistrement. 
Ce premier EP contient plutôt des chansons intimistes, peut-être parce qu'on avait fait assez peu de concerts avant d'avoir enregistré... 
Ils sont le fruit d'un premier laboratoire d'expérimentations, une première rencontre entre Jeff, David et moi en studio. Entretemps, on a eu le plaisir de partager des moments très forts avec le public en live, ce qui va forcément influencer le choix des titres et le son du prochain disque !

Côté guitares, amplis, effets, quel matériel a été utilisé ? 
En guitares électriques, j'ai utilisé ma DeArmond M77T et ma Gibson SG standard, chacune branchée simultanément sur un ampli Fender Blues Deluxe et un Vox AC15. 
Certains morceaux n'utilisent que reverb et disto d'ampli, d'autres sont agrémentés de distos comme le HT-Dual de Blackstar ou le Octavio de Dunlop , de reverbs ou delays analogiques Electro Harmonics , ou du POG de la même marque, un octaveur polyphonique qui crée des sons proches d'un orgue ou d'un synthé analogique. 
Il y a aussi ma folk Seagull qui fait deux petites apparitions : une fois branchée sur un ampli via un pick-up sur « The Follower », et une autre fois pour créer des nappes sonores à l'aide d'un Ebow sur « The Waiting Is Over ».

Quels sont les actus et projets ? 
Notre premier EP est apparu sur le net en février. On est ensuite partis en tournée en Allemagne, puis faire quelques dates en Île de France pour fêter la sortie du disque. On a récemment eu l'honneur de jouer dans le cadre du Festival Chorus près de Paris suite à un coup de cœur dernière minute des programmateurs, et en juin nous sommes invités au festival de folk parisien « Folk You ». On aura le plaisir d'y partager l'affiche avec des grands noms de la scène du folk alternatif comme « Jeffrey Lewis » et « Black Yaya » (Ex- Herman Düne). 
Actuellement, on prépare les prochaines dates clés pour la rentrée septembre/octobre ainsi que les prochaines tournées en France et à l'étranger. Puis on pense évidemment déjà à un prochain disque, si possible pour début 2016. 

De qui, de quoi auriez-vous besoin pour le bon développement du groupe ? Je crois savoir que, comme beaucoup d’artistes émergents aujourd’hui, tu fais tout un peu tout seul Gunnar… pas simple…  
Effectivement, j'ai connu quelques moments un peu physiques quand il a fallu en même temps mixer l'album, préparer sa sortie, monter la tournée promo, etc.
Mais je pense que c'est aussi une expérience très bénéfique de passer par là. On aura évidemment besoin de partenaires pour la suite comme tourneur, attaché de presse ou peut-être un label pour co-financer notre prochain album, mais on ne cherche pas de signature à tout prix. On essaye d'agrandir la famille au fur et à mesure en poursuivant une continuité artistique. Il nous faut avant tout des partenaires qui croient au projet et qui veulent s'inscrire dans cette continuité avec nous, pour construire ensemble de manière durable. Dans notre famille, on compte déjà Joseph, notre ingé live, François Galarneau qui a filmé et réalisé toutes nos vidéos sur le net, puis pour l'instant on a des amis qui nous aident pour la com, internet, etc. (merci Félix !!).
Un premier tourneur nous a contactés récemment, les choses avancent...

Il y a eu, et il y aura encore, quelques concerts en Allemagne notamment. Quelles différences fondamentales peut-on constater avec la France, entre Paris et Berlin, en termes de scène et de public ? 
Ce qui m'avait bluffé à mon premier concert à Berlin il y a quelques années, c'était l'attention, le respect et la curiosité du public. Pas un bruit pendant le concert ou entre les morceaux, à part des applaudissements bien sûr. Même les barmen évitaient de servir de la bière pendant la musique pour ne pas déranger l'atmosphère ! J'ai aussi pu constater une scène alternative assez développée à Berlin, notamment grâce à une culture du club très présente pour presque chaque style de musique ! Que ce soit le punk, le folk, le reggae ou la house, pour n'importe quel style de musique il existe des adresses où on ne se trompe pas. 
Ce qui me plaît à Paris, c'est sa grande mixité culturelle qui se ressent aussi sur le plan musical. On peut voir un groupe de raï partager l'affiche avec un groupe de blues suivi d'un groupe de metal sans que ce soit très choquant, voire un groupe qui joue du raï-blues-metal ! 
Cela dit, il est toujours délicat de faire des généralités. Il existe sûrement des contre-exemples dans les deux sens...

Pas de question, la voie est libre pour dire ce que tu veux ! Profites-en !  
Eh bien on en profite pour te dire merci de nous avoir invités ! Et par la même occasion, merci à tous les gens qui donnent de leur énergie pour faire découvrir du nouveau son aux autres, qu'ils soient chroniqueurs, photographes, programmateurs ou « simplement » amateurs de musique... 
Merci à tous les passionnés, c'est pour vous et grâce à vous qu'on existe !

Dates de concert (après le 15 mai) :
30 mai : Agla'Scènes (Egly, 91)
13 juin : Folk You (Place des Abesses, Paris 18e)

Credit photo : ɸ Phi

Liens Internet :
www.GunwoodCircle.com
www.facebook.com/GunwoodCircle
http://gunwoodcircle.bandcamp.com/album/gunwood-circle-e-p

Cette rubrique est aussi la vôtre, alors n'hésitez pas à envoyer vos productions pour être interviewé par Maritta Calvez à maritta[a]guitariste.com (remplacez le [a] par @).

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