
Ton père était un guitariste de session. Est-ce que c'est lui qui t'a donné envie de suivre la même voie ?
Tristan Klein : Il ne m'a jamais poussé ou influencé. D'ailleurs, j'ai commencé par jouer du piano, puis de la batterie ; la guitare est arrivée plus tard. J'ai appris tout seul bien qu'au final je crois que je n'ai rien appris, je joue tout simplement ! Mon père dit souvent que les seules leçons qu'il m'ait données, c'est quand j'étais dans le ventre de ma mère ! On a tous les deux la même folie pour le matos, il passe son temps à jouer sur son mac, c'est rigolo, il est encore plus geek que moi...
Tu as récemment sorti Universal Mojo. Comment décrirais-tu cet effort studio ?
Tristan Klein : Personnel et inattendu ! Je n'avais pas prévu de faire quoi que ce soit de précis après mon EP Outside. Grooveyard Records m'a contacté et m'a proposé de travailler sur un disque qui revenait à mes fondamentaux, le blues et l'improvisation… On est partis de toutes petites démos d'une minute que j'avais enregistré sans but précis, le label en a conservé une partie et m'a dit : "Développe"… C'est une façon de travailler complètement nouvelle pour moi qui ai l'habitude d'enregistrer un morceau du début à la fin en une journée, sur le moment de l'inspiration. Il y a une bonne partie des démos que je n'aurais jamais gardée, et quand j'ai commencé à travailler dessus, j'ai compris que ça fonctionnait… Du recul, c'est de cela dont j'avais besoin en ayant quelqu'un d'autre impliqué dans l'album avec moi. En ce sens, l'histoire d'Universal Mojo est vraiment une surprise pour moi et, effectivement, ce qu'on a tiré de cette collaboration est bien plus personnel et proche de ce que je suis que ce que j'ai pu faire avant.
Si on te dit qu'Universal Mojo est un disque de Guitar Hero, ça t'énerve, t'indiffère, te fait plaisir ? Pourquoi ?
Tristan Klein : Guitar hero, pour moi ca ne veut pas dire grand chose, pas plus que shredder ou fusion. Mais quand tu vois jouer Hendrix ou Lukather, tu as cette impression qu'effectivement il y a une telle grâce dans la performance, une attitude tellement "dedans" qu'ils en deviennent presque des icônes. Je ne pense pas en être là, ni en arriver là un jour…Quelque part c'est flatteur pour moi qu'on qualifie mon disque ainsi, mais si je ne peux pas me permettre de dire "non c'est faux" (le Boss de mon label s'arracherait les cheveux) je peux souligner que c'est "juste" moi – Tristan – le petit mec avec une casquette !
Le titre « Retro Voodoo Funk Express » avec Greg Koch est une des belles réussites de l'album. Comment décrirais-tu ce morceau ?
Tristan Klein : Un pur délire gristle funk rock ! Gristle est le mot de Greg, il a d'ailleurs une pédale qui porte ce nom chez T.rex, chez qui je suis aussi endorsé… On parlait du mastering avec Grooveyard et quand ils m'ont annoncé que Ty Tabor allait s'en occuper, ils m'ont demandé si j'étais familier des accordages alternatifs. A part descendre ma corde de Mi en Ré grave, non, et puis à chaque fois ça part dans des gros riffs très très lourds donc a priori c'était pas mon truc. Et puis quand on a commencé à se parler avec Greg, il y avait tellement d'énergie et de fantaisie qui émanaient de lui, que ce petit riff est arrivé tout seul. Ré grave mais funky. Je dois dire que quand j'ai reçu ses pistes, j'ai éclaté de rire en écoutant son solo… C'est tellement brillant et en même temps il y a une telle folie ! C'était fantastique pour moi de découvrir les enregistrements que Greg Koch, Craig Erickson et Jean Michel Kjdan avaient fait pour le disque… C'était sous mon nez, dans mon ordinateur, rien que pour moi ! Noël avant l'heure…!
De quoi es-tu le plus fier sur Universal Mojo ?
Tristan Klein : « Shades of Blue » ! C'est vraiment un morceau dont je suis très content : un minimum de notes, tout est posé, pour être le plus musical possible. En même temps le solo est, comme tous les autres sur l'album, totalement improvisé. Je joue dans le même esprit sur la reprise de « Georgia », malheureusement, je ne suis pas le compositeur de ce chef-d'œuvre. D'une façon générale, je joue de plus en plus phrasé et jazzy, les plans speed arrivent de façon plus pertinente et c'est tant mieux, il y a plus de respirations…
Tu joues sur Paul Reed Smith. Quel(s) modèle(s) utilises-tu et qu'apporte(nt)-il(s) à ton son ?
Tristan Klein : Pour cet album j'ai effectivement tout fait avec une singlecut. J'y ai trouvé de la chaleur mais en même temps un certain claquant ; les potards de volume étant excellents, j'ai pu obtenir tout un panel de sons juste avec les deux micros. Le double manche m'a donné plus de retenue par son "poids" dans le son, c'est de là d'ailleurs que vient le coté jazzy. Je n'ai joué que cette guitare pendant un an, non pas par obligation contractuelle, car PRS ne me demande pas l'exclusivité, mais parce qu'elle m'a apporté quelque chose de différent par rapport aux super-Strats que j'ai pu jouer ces dernières années… Néanmoins, depuis la sortie de l'album, je suis revenu à la config HSS qui m'est si chère, avec une Tom Anderson drop top et son switcheroo qui me permet d'avoir un maximum de gain sur les simples sans buzz… Tom Anderson et moi avons d'ailleurs sympathisé et il est ravi que je joue sur cette guitare…après quelques années d'endorsements exclusifs, j'ai compris que le vrai luxe c'était de jouer sur ce que je voulais. Dans la mesure où mes partenaires sont OK, c'est le top !
