KEN Mode

Nicolas Didier Barriac - Le 27 Novembre 2013

Guitariste.com
­Pris hors contexte, le nom de « KEN Mode » pourrait faire penser à un gentil groupe de pop, nostalgique à sa manière de l’inénarrable Barbie Girl interprété par Aqua. Or, lorsque l'on découvre ce que signifient vraiment les initiales KEN (Kill Everyone Now) et plus encore quand on écoute la musique proposée par ce trio canadien, on n'a plus trop envie d'oser des comparaisons avec l'univers rose bonbon des petites filles. En effet, sur Entrench comme sur leurs quatre albums studio précédents, KEN Mode pratique un post-hardcore teinté de sludge extrêmement compact et violent. Venerable avait mis le groupe en lumière et on attendait Entrench comme une affirmation d'un talent tardif.

Entre des désillusions de début de carrière, un passage à la scène négocié dans la douleur et des problèmes d’immigration (sic) pour intégrer le bassiste à leur line-up, la nécessité de s’exporter sur un label français (Season of Mist), KEN Mode aurait pu rendre les armes depuis longtemps. Dix ans après la sortie de son premier album, il trouve dans l’accumulation de ces circonstances difficiles l’inspiration pour pondre un disque mûr et terriblement bien agencé. Certes, à première écoute ça secoue dans tous les sens sans grande variation. Mais, comme dans les meilleurs réalisations de The Ocean, Converge, Botch voire The Dillinger Escape Plan, on discerne çà et là de sacrés moments de bravoure.

Romeo Must Never Know, le milieu de l’album, interstice doux-amer qui fera date, sera sûrement le morceau qui mettra la puce à l’oreille de ceux qui n’ont compris la maîtrise animant les extraits qui l’entoure comme Counter Culture Complex et son refrain efficace, The Promises of God dynamité par des rythmes fracassants ou Daeodon doté d’un riff d’ouverture en surpoids. Monomyth, le dernier morceau, en forme de conclusion atmosphérique, prouve aussi que les Canadiens savent faire autre chose que jouer à fond après avoir bu six litres de Red Bull. Jamais avare d’un bon mot (la palme au titre Your Heartwarming Story Makes Me Sick), Jesse Matthewson parvient à signer des paroles de très bon niveau, en plus d’une musique à tiroirs, ce qui ne gâche rien au plaisir de l’ensemble.

Certes, Entrench n’échappe pas aux morceaux un peu primitifs dont les affirmations monolithiques finiront immanquablement par lasser (Figure Your Life Out, The Terror Pulse). De manière générale, dès que KEN Mode lorgne un peu trop frontalement vers le sludge, il se plante. Toutefois, même les instants les plus quelconques de ce disque sont vite rattrapés par des injections d’influences bienvenues, en particulier de la scène noise, et permettent à cette musique de convenablement naviguer entre expérimentation contenu et tradition. Le public fidèle de KEN Mode retrouvera ici tout ce qui fait du trio ce qu’il est, la nouveauté en plus.

Nous n’avons pas droit ici à une révolution. Au lieu de cela, nous découvrons un combo qui vit son évolution et qui lentement se fraye un chemin vers le top, alors qu’il n’y était pas prédisposé. Entrench prouvera au monde entier que le Canada n’est pas bon qu’à enfanter des chanteuses folles, des enfants stars à mèche et des groupes de post-grunge multi-platine. Rien que pour ça, nous pouvons remercier KEN Mode !



Tracklist de Entrench (en gras les morceaux essentiels) :
1. Counter Culture Complex
2. No; I'm in Control
3. Your Heartwarming Story Makes Me Sick
4. The Terror Pulse
5. The Promises of God
6. Romeo Must Never Know

7. Secret Vasectomy
8. Figure Your Life Out
9. Daeodon
10. Why Don't You Just Quit?
11. Monomyth

Line-up :
Jesse Matthewson (guitare+chant+claviers)
Shane Matthewson (batterie)
Andrew LaCour (basse)

Discographie :
Mongrel (2003)
Reprisal (2006)
Mennonite (2008)
Venerable (2011)
Entrench (2013)

KEN Mode - Entrench

Season Of Mist
www.ken-mode.com

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