Avantasia and friends

Publié le 27/08/2010 par la redaction
Être le leader de deux groupes n'est pas chose aisée... Parlez-en à Tobias Sammet qui mène de front Edguy et Avantasia sans ménager ses efforts. Alors que les premiers ont subi un coup d'arrêt dans leur carrière avec un Tinnitus Sanctus bien peu apprécié, l'Allemand met les bouchées double sur son projet rock opera en sortant les deuxième et troisième volets d'une trilogie entamée avec The Scarecrow en 2008. The Wicked Symphony / Angel Of Babylon nous présentent à nouveau une brochette de chanteurs d'exception (Jorn Lande, Michael Kiske, Klaus Meine, Jon Oliva, Russell Allen, André Matos, etc.) au service d'un power hard rock de qualité.
Comment sépares-tu les chansons pour Avantasia et pour Edguy ? Tu as un processus défini ?
Tobias Sammet
: Non. J'aime bien le chemin que nous avons pris avec chacun des groupes. Je pense simplement qu'avec Edguy j'ai la liberté de faire plus de trucs complètement stupides alors qu'Avantasia a un style un peu plus sérieux globalement. Quand j'ai une idée stupide, je pense souvent à mon héros de toujours, Frank Zappa, qui avait le droit de tout faire. Enfin, je ne sais pas s'il avait vraiment le droit mais en tout cas il s'en foutait (rires) ! A chaque fois qu'il faisait quelque chose de bizarre ce n'était absolument pas dénué de sens que ce soit dans la musique, les paroles ou la liberté de ton. Ce type est le symbole de la liberté dans la musique mais aussi le père fondateur du heavy metal.

Pour moi, le heavy metal a toujours été la musique où les musiciens emmerdaient le monde et faisaient ce qu'ils voulaient. Maintenant, dès que la septième chanson d'un album n'est pas exactement conforme au style attendu, les gens deviennent fous et ne comprennent pas ! J'en ai marre des gamins de douze ans qui écrivent de manière anonyme sur un forum Internet qu'ils savent exactement ce qu'est le metal et que certains de nos morceaux ne le sont pas (rires) ! C'est triste de voir que le metal qui était un mouvement de rébellion est devenu quelque chose d'aussi formaté et prévisible. Edguy s'attache à faire cela. Pas de manière délibérée mais simplement en fonction de nos convictions. Si les gens aiment notre album, tant mieux. S'ils ne l'aiment pas, tant mieux également. Le plus important est qu'ils l'achètent (il explose de rire) !

Tu fais référence à votre dernier album en date, Tinnitus Sanctus ?
T. S.
: Ce n'est un secret pour personne que Tinnitus Sanctus s'est moins bien vendu que nos attentes. Mais tant pis ! J'aime toujours cet album. Je trouve que c'est notre meilleur disque et nous nous sommes  bien amusés à faire des titres comme Aren't You A Little Pervert Too? Ou The Pride Of Creation. Je ne veux pas me retrouver dans la peau d'un artiste qui joue sur scène des chansons qu'il n'aime pas juste parce que ce sont celles-là qui vendent. Avec Avantasia je me suis éloigné du style des deux premiers albums. C'est surtout sur le concept que les changements ont été opérés car les refrains-hymnes sont toujours plus ou moins là.

Avant, la narration de l'histoire était très simple : pendant le premier titre (il se met à chanter) « Ils vont de A vers B ! » dans le deuxième « Ils vont de B vers C ! », etc. Tout était chronologique. Maintenant, les chansons sont davantage indépendantes comme pour un album solo. Que ce soit pour Edguy ou Avantasia, j'essaie toujours de tirer le meilleur parti des chansons que j'ai composées à un moment donné. Je laisse simplement de côté les délires que je peux écrire durant une session pour Avantasia et je les récupère plus tard pour Edguy. Tous ceux qui pensent que je favorise l'un ou l'autre groupe se trompent complètement.

Tu parlais des gens qui n'apprécient pas qu'une chanson d'un album soit exactement conforme au style attendu. Ceux qui aiment ces changements, en revanche, parlent souvent d'orientation progressive. Et cela n'échappe pas à Avantasia. C'est un peu abusif, tu ne penses pas ? Vous n'avez rien, ou très peu, de progressif...
T. S
. : Ca dépend, en fait. Pour un album d'Axel Rudi Pell, l'utilisation d'un quatrième accord pourrait être vu comme une démarche progressive (rires). Je rigole, j'aime bien sa musique. On dit de nous que nous sommes progressifs sur certains titres tout simplement parce que de nombreuses personnes ne savent pas suivre un rythme « bizarre ». Je ne dis pas ça de façon présomptueuse. Je crois que les gens ne s'entendent sur ce que recouvre le terme « progressif ». Clairement à mes yeux notre musique ne l'est pas. Je respecte Dream Theatrer mais sont-ils progressifs ? Je ne pense pas car leur style de musique a déjà été joué par des groupes comme Rush. Rammstein est progressif car il a créé un style qui n'existait pas avant. Je crois que beaucoup de gens confondent « progressif » et « je ne sais pas taper le rythme » (rires).

Le meilleur titre de The Wicked Symphony / Angel Of Babylon est selon moi Death is Just a Feeling. L'intro sur ce titre fait très Danny Elfman, le compositeur notamment de la plupart des films de Tim Burton... C'est une influence ?
T. S.
: Je ne savais pas comment il s'appelait mais effectivement tu as raison j'aime bien la musique des films de Tim Burton. La voix de Jon Oliva rajoute encore beaucoup d'ambiance sinistre à l'ensemble. Je n'avais pas Jon Oliva en tête au moment de l'écriture du morceau mais il faut bien reconnaître qu'il s'est greffé dessus merveilleusement bien. Cette chanson est un peu atypique. Je ne sais pas vraiment ce que je cherchais à écrire. Certainement pas un single du top 40 en tout cas (rires). Je voulais écrire un truc bizarre qui fasse un peu peur. Un truc à la fois digne d'une comédie musicale de Broadway que d'un film de Tim Burton. Il n'y a que le refrain où je retombe dans mon schéma musical à quatre accords (rires). Je n'ai pas pu cacher mon réflexe « Desmond Child » (rires) !

Y a-t-il des chansons d'Avantasia que tu n'as jamais enregistrées car tu ne pouvais pas mettre la main sinon sur le chanteur que tu avais en tête du moins sur le type de chanteur nécessaire ?
T. S.
: Non. Nous avions une chanson qui s'appelait The Edge. C'est la dernière de The Wicked Symphony. Je voulais quelqu'un comme Sebastian Bach pour donner toute l'ampleur nécessaire à cette power ballad. Je n'ai pas pu l'avoir. Ensuite, Miljenko Matijevic de Steelheart n'a pas pu se joindre à nous... Du coup, je l'ai faite moi-même (rires). J'aurais pu jeter le morceau mais je me suis décidé à faire la meilleure imitation possible de Sebastien Bach (rires) ! Je ne voulais pas que des refus de la part de chanteurs aient raison de mes compositions ! Mais je les comprends car je suis sûr qu'ils ont de meilleures choses à faire que d'être des invités sur mon disque. C'est normal.

As-tu déjà essayé d'avoir des chanteurs non affiliés à la scène du hard rock ? J'imagine que la difficulté est que ces musiciens sont rarement intéressés par un projet obscur à la Avantasia...
T. S.
: J'ai essayé d'avoir un comédien allemand, inconnu par chez vous, mais ça n'a pas abouti. J'ai voulu contacter Pete York également, un super batteur des années 60. Tout ça date des sessions de The Scarecrow mais ça n'a rien donné de concret. Il y avait aussi Yvonne Catterfeld, une chanteuse pop allemande, qui n'a pas eu le temps de se libérer. Je pense que si elle était venue, les fans de metal m'auraient tué car elle représente le soft rock dans toute sa splendeur (rires) ! Cela n'enlève pourtant rien à son talent : c'est une excellente chanteuse.



Avantasia - The Wicked Symphony / Angel Of Babylon
Nuclear Blast
www.tobiassammet.com