Everlast : rap, country et guitare...

Publié le 05/09/2008 par Guitare Live
Pas très courant de parler de rap dans un magazine de guitare… Mais Everlast, l’ancien leader des mythiques House Of Pain, ne fait pas du rap comme tous les émules de Dr. Dre. En y incorporant une dimension country, parfois carrément folk, il s’est construit une identité bien distincte dans la scène hip-hop et a trouvé un moyen idéal d’assouvir sa passion pour la guitare, une passion qu’il nourrit depuis tout jeune comme il nous l’explique en sirotant des bières à la terrasse d’un hôtel parisien.

Pas très courant de parler de rap dans un magazine de guitare… Mais Everlast, l’ancien leader des mythiques House Of Pain, ne fait pas du rap comme tous les émules de Dr. Dre. En y incorporant une dimension country, parfois carrément folk, il s’est construit une identité bien distincte dans la scène hip-hop et a trouvé un moyen idéal d’assouvir sa passion pour la guitare, une passion qu’il nourrit depuis tout jeune comme il nous l’explique en sirotant des bières à la terrasse d’un hôtel parisien.
Par Nicolas Didier Barriac

Tu t'es fait connaître par le biais du rap et du hip-hop mais tu es très attaché à ta guitare. Comment t'es venu l'amour de cet instrument ?
Everlast : Mon père ne jouait pas de guitare, mais il en trainait toujours une dans la maison. Il y a même des photos de moi bébé avec une guitare sur les genoux ! J'ai donc toujours été habitué à sa présence. Vers dix ans, j'ai commencé à apprendre des accords. Je n'ai jamais véritablement pris de cours. Quand j'ai commencé à m'intéresser au hip-hop j'ai quelque peu laissé tomber la gratte. Mais avec House Of Pain j'ai repris l'instrument pour enregistrer quelques interludes et nuances par-ci par-là.

Ce n'était pas des samples !?
E. : Si, en grande partie, mais il y avait déjà quelques trucs à moi. En fait plus le groupe évoluait plus nous avions envie de mettre un peu de guitares. De plus, je jouais pas mal de gratte pour me détendre, seul. En enregistrant Whitey Ford Sings The Blues, qui ne devait à la base être rien d'autre qu'un disque de hip-hop, Dante Ross, mon coproducteur, m'entendait jouer de la guitare tout le temps. J'avais même déjà écrit What It's Like à ce moment-là, mais je n'y croyais pas spécialement. Il m'a dit de le faire et à partir de ce moment là tout s'est merveilleusement bien imbriqué.

Avant de découvrir le hip-hop, tu écoutais quoi ?
E. : J'étais l'ado de base qui appréciait Kiss et Led Zeppelin pour Ace Frehley et Jimmy Page.

C'est toujours incroyable de voir l'influence qu'a pu avoir Kiss sur les gens de ta génération...
E. : (rires) C'était le groupe le plus cool que nous n'ayons jamais vu en ce temps-là. Des types maquillés qui crachent du sang, c'est quand même quelque chose (rires) ! Je pense que nous aimions autant le spectacle que la musique en réalité. Leurs spectacles et leur sens des affaires resteront dans les annales. Ensuite quand j'ai entendu Jimi Hendrix, j'ai pris conscience de l'existence d'un monde parallèle ! Mais à ce moment-là, je ne jouais pas encore par moi-même, j'étais simplement fan. Par la suite j'ai adoré Stevie Ray Vaughan et Tom Morello. Ce dernier est sans doute mon guitariste préféré de l'ère moderne.

Comment était la scène hip-hop lorsque tu as commencé à t'y mettre ?
E. : Elle était plus que marginale. Non seulement j'étais un des premiers blancs à m'y intéresser, mais j'étais également parmi les premiers mecs tout court à m'y pencher ! Je me sentais comme les premiers punks : en marge d'un mouvement qui allait s'amplifier. Dans la rue je croisais parfois un gars avec la casquette de travers et on se reconnaissait immédiatement comme s'il s'agissait d'une société secrète (rires). On se mettait à parler: « Tu connais ce disque ? Et celui-là ? » On se bâtissait une culture hip-hop de cette façon. A Los Angeles, j'ai pu faire partie des prémices de la scène avec Ice T en sortant mon premier disque, Forever Everlasting.

Un des éléments distinctifs de ton son actuel est bien entendu les influences country et cet usage de la guitare acoustique. As-tu l'impression que c'est ce qui plaît aux gens chez toi ou est-ce que finalement ça ne fait qu'agacer les puristes ?
E. : C'est marrant que tu me poses cette question, car on me demande tout le temps ce que signifie le titre de l'album, Love, War And The Ghost Of Whitey Ford. En fait, c'est la réponse à ta question. Love et War ça semble assez clair. Passons à The Ghost Of Whitey Ford. Partout où on parlait de moi j'entendu mon nom puis le terme « acoustique ». Ca ne me dérange pas, car c'est vrai, ça représente bien qui je suis. Toutes les chansons de cet album sont nées chez moi à la guitare acoustique et bien que des arrangements se soient greffés par la suite, il est possible de jouer l'intégralité de l'album dans ce format intimiste.

Ça joue contre toi parfois d'avoir un style si marqué dans un univers avec des codes musicaux assez établis ?
E. : Qui n'aime pas ma musique (rires) ? Je blague. En fait, je n'y pense pas. Je ne cherche qu'à me satisfaire moi-même. Je pense être suffisamment dur avec moi-même pour ne pas imposer une musique totalement pourrie aux gens. Que je sois satisfait ou non d'un morceau, les opinions des gens m'importent peu. Je suis tout de même assez heureux d'avoir pu connaître le succès à plusieurs reprises au cours de ma carrière (avec Jump Around ou What It's Like) tout en ne me répétant pas. Il a tellement de gens qui deviennent une copie d'eux-mêmes dès qu'ils ont eu un single qui a fait mouche. Évidemment, il a des éléments qui reviennent parfois, mais c'est normal. Les chansons de Johnny Cash ou d'Elvis avaient souvent exactement les mêmes accords, mais avec des arrangements différents.

Tu as fait une reprise de Cash d'ailleurs, Folsom Prison Blues, sur Love, War And The Ghost Of Whitey Ford. La country n'est pas très populaire en France, mais Johnny Cash est un des seuls artistes qu'on peut quand même apprécier sans paraître trop bizarre (rires).
E. : (me coupant) tu sais, j'ai bossé avec Snoop Dogg il y a peu de temps et pour moi ces deux artistes se ressemblent, car tout le monde les aime. Même les vieilles et les bébés aiment Snoop Dogg ! Cash c'est pareil. Pour moi – et je sais que Snoop est d'accord avec moi là-dessus – il est le premier gangster musical. Il parlait de trucs de malade dans ses chansons : de meurtres, de sexe et de drogue, entre autres. Ce n'était pas que de la country, c'était avant tout du rockabilly, car il se dégageait une sacrée attitude de cette musique.

Comment as-tu choisi Folsom Prison Blues qui est une des chansons les plus connues de Johnny Cash ?
E. : Avec mon pote DJ Muggs de Cypress Hill nous faisions des mixtapes et un peu par hasard nous avons mélangé Folsom Prison Blues avec Insane In The Brain. Les gens ont adoré et j'ai pensé que c'était une bonne idée de retranscrire ça en studio. Rien n'était prévu, c'est vraiment un truc impromptu issu de la scène ! J'ai été par la suite à Nashville pour faire écouter le titre à John Carter Cash, le fils de Johnny, pour être sûr d'avoir son feu vert. C'était stressant pour moi, car c'était son premier gros succès et cette chanson représente vraiment quelque chose pour tous ses fans du monde entier.

C'est toujours ironique de faire des reprises de Johnny Cash tant ses propres reprises étaient réussies...
E. : Exactement. Quand j'entends Hurt, malgré tout le respect que j'ai pour Trent Reznor de Nine Inch Nails, je considère que c'est une chanson de Johnny Cash. Voilà pourquoi je me devais de faire du bon boulot à mon tour.

Everlast – Love, War And The Ghost Of Whitey Ford
Martyr Inc. – PIAS
www.martyr-inc.com

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