Interview Rebecca et Megan Lovell de Larkin Poe

Publié le 16/12/2022 par Laurent Reymond
Avis aux amateurs de blues-rock et d'Americana, Larkin Poe frappe fort en cette fin d'année avec la sortie du très bon "Blood Harmony" ! Pour ceux qui n'auraient pas suivi, les frangines Rebecca et Megan Lovell étaient plus jeunes accompagnées de leur sœur aînée Jessica dans la formation bluegrass The Lovell Sisters, un projet arrivé à son terme lorsque Jessica décide de mettre fin à sa carrière musicale. C'est alors que Rebecca et Megan forment Larkin Poe, il y a une dizaine d'années, en prenant au départ un virage à 180° en s'orientant vers un style pop-rock aux accents contemporains. Mais chassez le naturel, il revient au galop, dès l'album "Peach" (2017), le tandem mêlait ses chansons pop à des reprises de blues traditionnel marquées de leur emprunte singulière et trouvait un parfait équilibre entre influences blues, folk, country, classic-rock et pop sur "Venom & Faith" (2018) et "Self Made Man" (2020). "Blood Harmony" voit aujourd'hui les deux sœurs s'orienter clairement dans une direction blues-rock plus assumée avec un album personnel et bourré d'âme, toujours doté d'imparables mélodies vocales et de guitare slide pleine de goût ! Parole aux joviales Rebecca et Megan qui nous ont reçu dans leur hôtel parisien lors d'un weekend promo marathon avant qu'elle ne retrouve la France pour une tournée à l'automne 2023 (dont une date à l'Olympia de Paris le 15 octobre mais aussi des passages en province à Rouen, Strasbourg, Lyon et Toulouse) !


J'ai toujours été frappé depuis que je connais Larkin Poe par l'alchimie et la grande complémentarité musicale qu'il y a entre vous deux. Rebecca tu chantes et composes l'ossature principale des chansons que Megan sublime ensuite grâce à ses harmonies vocales et à son jeu de lap steel. Vous êtes sœurs et de l'extérieur cette alchimie semble naturelle et couler de source, mais était-ce si évident au départ ? 

Megan Lovell : C'est le fruit du travail de beaucoup d'années et nous jouons toutes les deux ensembles depuis notre naissance. Nous ressentons les envies de l'autre, nous savons parfaitement là où l'autre veut aller musicalement sans même avoir à en parler ensemble. Notre communication se passe souvent de mots. Mais c'est vraiment le fruit de trois décennies à jouer de la musique ensemble. Nous étions encore bébés quand nous avons commencé !

Rebecca Lovell : C'est tout à fait vrai ! Je pense que nous avons d'ailleurs exploré de nouvelles facettes de notre collaboration sur "Blood Harmony". Nous travaillions chacune de notre côté dans le passé. Je bossais sur mes chansons dans mon coin et Megan bossait sur ses idées dans le sien et c'est seulement ensuite que nous faisions l'amalgame de tout cela et notre collaboration était quelque part le fruit d'un assemblage ingénieux. C'était très différent pour "Blood Harmony" car nous avons véritablement travaillé ensemble dès le départ sur ces nouvelles chansons, à partir d'une feuille blanche, et je trouve que cela a donné plus de force et d'authenticité aux compositions de "Blood Harmony" que je considère comme notre meilleur album à ce jour. J'attribue cela grandement au fait que nous l'ayons composé en bien plus étroite collaboration qu'avant. 

Megan Lovell : Nous le devons aussi au fait d'avoir été bloquées ensemble à la maison pendant un an à cause de la pandémie. Nous n'avons pas seulement composé ce nouvel album, nous avons également donné des livestreams, nous n'avons pas arrêté de publier des vidéos de reprise, si bien que cette année à faire de la musique sans arrêt ensemble, rien qu'à deux, nous a encore rapprochées un peu plus et nous a permis de nous sentir encore plus à l'aise dans notre collaboration. 

Avant de rentrer plus en détails dans "Blood Harmony", j'aimerais revenir sur votre album précédant "Self Made Man" (2020) qui a finalement été un album "Covid" puisqu'il est sorti pendant la pandémie. Ne pouvant pas réellement le défendre sur scène, vous en avez profité pour publier un album de reprise avec "Kindred Spirits" (2020) puis un album live avec "Paint The Roses" (2021). Vous êtes restées productives avec pas moins de quatre sorties en deux ans et demi, mais ne pensez-vous pas que tout cela ait pu diluer l'impact de "Self Made Man" ? 

Rebecca Lovell : C'était un déchirement pour nous de ne pas être en mesure de partir en tournée pour défendre "Self Made Man" et lui donner la célébration qu'il mérite car nous sommes très fières de cet album et je pense à titre personnel qu'il renferme certaines de nos meilleures chansons. Il est effectivement sorti à un moment vraiment étrange et assez peu opportun et la possibilité d'attendre et de repousser sa sortie nous avez d'ailleurs été donné. Mais ce n'est pas notre style, nous sommes du genre à foncer lorsqu'il s'agit de notre carrière, nous n'avions aucune envie d'attendre et nous aurions attendu encore longtemps de toute manière, vu que les projets de tournée étaient sans cesse repoussés. Mais nous avons la chance de bénéficier d'un bon petit contingent de fans qui nous soutiennent vraiment fort et ont à cœur d'entendre constamment de nouvelles choses de notre part et nous adorons cela, le fait de pouvoir proposer de la nouvelle musique à des gens qui s'en soucient vraiment et pour qui c'est important. Savoir que nos fans ont pu entendre ces chansons et que cela a pu leur donner du baume au cœur alors qu'ils étaient confinés et qu'ils ne passaient pas un bon moment est finalement la meilleure des récompenses !         


La chose qui saute tout de suite aux oreilles sur "Blood Harmony" est l'utilisation d'une vraie batterie alors que sur les albums précédents vous aviez souvent recours à des sons de batterie programmés. Cela confère d'emblée à l'album une atmosphère de groupe plus présente, un son plus "live" et naturel. Pouvez-vous évoquer les différences dans l'approche de l'enregistrement de "Blood Harmony" par rapport à ses prédécesseurs ? 

Megan Lovell : C'est quelque chose dont nous avons beaucoup parlé avant de faire ce nouvel album. Nous avons créé notre propre label en 2017 et c'est aussi à ce moment-là que nous avons commencé à nous auto-produire et nous avons fini par prendre le contrôle total de notre musique. Nous nous sommes retrouvées à jouer tous les instruments présents sur nos albums et Rebecca se chargeait également des programmations des sons de batterie. Cela fonctionnait bien et nous l'avons fait sur plusieurs albums mais nous étions désireuses pour "Blood Harmony" de capturer la manière dont nous sonnons en concert car au bout du compte Larkin Poe demeure un quatuor rock n'roll assez direct sur scène ! Si nous voulions être en mesure de capturer cette énergie en studio, il n'y avait pas d'autre choix que d'enregistrer une vraie batterie et Tyler Bryant, le mari de Rebecca qui a co-produit l'album avec nous, nous a été d'une grande aide dans l'enregistrement de la batterie et dans la manière de nous faire obtenir les jolis sons que nous recherchions. Il nous a considérablement aidé pendant la pandémie en faisait l'ingénieur du son sur la batterie, il a un kit incroyable et des bons micros pour aller avec ! 

Est-ce votre batteur live Kevin McGowan ou Caleb Crosby de Tyler Bryant & The Shakedown qui a enregistré "Blood Harmony" ? 

Rebecca Lovell : Les deux jouent dessus ! Il est clair qu'il y avait une grande différence entre la façon dont nous sonnons en live et en studio sur nos précédents albums. Il nous tenait à cœur de réduire cet écart sur "Blood Harmony" même si cela nous a demandé de sortir de notre zone de confort et de trouver une nouvelle manière de procéder. Une fois encore, il en résulte un album plus authentique et beaucoup plus représentatif de ce qu'est Larkin Poe en tant que groupe. D'un point de vue strictement sonore, "Blood Harmony" surpasse tous ses prédécesseurs et je peux me permettre de le dire vu que c'est moi qui programmais les sons de batterie (rires) ! 

"Blood Harmony" a également un son plus costaud, l'enregistrement d'une vraie batterie joue pour beaucoup mais l'album met également plus en avant la guitare, qu'en pensez-vous ? 

Rebecca Lovell : Je me suis beaucoup inspiré de ma sœur au fil des années car je vois Megan comme une vraie guitar hero ! (S'adressant à sa sœur) Ton jeu de lap steel est aussi unique que phénoménal ! Pour ma part je me suis toujours considérée comme une guitariste de second plan. Je me sers de l'instrument comme un outil pour composer ma musique mais je ne suis clairement pas une guitar hero. Mais avec toutes les tournées que nous avions données dernièrement, j'ai commencé à développer un amour plus profond pour la guitare et cela a changé beaucoup de choses dans ma manière de composer, car je me suis sentie plus à l'aise pour écrire des riffs vraiment cool et je pense que "Blood Harmony" renferme des vrais moments de pur rock n'roll ! C'est la direction vers laquelle nous pointions au cours de nos deux ou trois dernières années de tournée, et c'est un bon sentiment de regarder vers l'avant et d'imaginer comment ces chansons sonneront sur scène, car elles ont été clairement composées pour la scène !

Tu évoquais plus tôt le fait de sortir de sa zone de confort. C'est quelque chose que tu as fait sur le titre "Summertime Sunset", dans lequel tu pousses ta voix vers un registre beaucoup plus aiguë que d'habitude, toi qui chantes plutôt avec une voix grave à l'accoutumée. Était-ce délicat au premier abord ? 

Rebecca Lovell : J'adore cette question ! Je pense que c'est un peu comme pour la guitare. J'ai fini par épouser l'idée d'être chanteuse au fils des années. Je ne me considérais absolument pas comme une chanteuse avant Larkin Poe, et je pense même avoir résisté à me considérer comme telle pendant les cinq premières années de Larkin Poe. C'est difficile de trouver sa voix en tant que chanteuse, à moins que tu sortes comme ça d'un buisson avec une voix vraiment très personnelle, mais la majorité du temps, tu es toujours imprégné de plein d'influences lorsque tu chantes. Tu peux chanter comme Bonnie Raitt, Dave Matthews ou Ozzy Osbourne, car il y a tellement d'albums qui t'ont influencé. Cela m'a pris du temps de trouver ma propre voix et parvenir à quelque chose d'unique et j'ai beaucoup émulé les chanteurs masculins, c'est pourquoi je me sens toujours plus à l'aise dans un registre plus bas. Mais c'était très rafraîchissant de faire "Summertime Sunset", nous aimons nous imposer des défis nous permettant d'en apprendre un peu plus sur nous-même.

Megan Lovell : Ce qui est intéressant là-dedans c'est qu'à l'époque où nous chantions à trois avec notre grande sœur (ndlr : Jessica Lovell dans The Lovell Sisters), qui s'occupait des voix hautes ? Rebecca ! (S'adressant à sa sœur) Tu chantais dans un registre vraiment aiguë lorsque nous étions trois et on peut donc dire que tu l'as fait pour la majorité de ta carrière jusqu'à présent et le truc amusant c'est que les choses sont désormais inversées. Qui se retrouve à faire les harmonies aiguës aujourd'hui ? C'est moi alors que j'ai naturellement une voix plutôt grave (rires) !

Rebecca Lovell : C'est tout à fait vrai ! Désolé ma sœur, je sais que ce n'est pas toujours amusant pour toi !

Tu es dure avec toi-même Rebecca. Je considère au contraire que tu as eu d'emblée une voix très personnelle.

Rebecca Lovell : Merci, c'est très gentil de ta part de dire ça ! Mais ce n'est pas comme cela que je le ressentais à l'époque, pendant les cinq premières années de Larkin Poe du moins. C'est encore plus vrai concernant les deux premières années du groupe car quand j'écoute un enregistrement de cette période, c'est à la fois mignon et triste car j'ai l'impression d'entendre un pauvre petit bébé chanter (rires) !

"Deep Stays Down" est un sacré titre pour débuter l'album. Je trouvais qu'il était difficile de faire mieux que "Sometimes" qui, suivi de "Bleach Blonde Bottle Blues", constituait une entame d'album imparable sur "Venom & Faith" (2018), mais j'adore la manière dont est structuré "Deep Stays Down" qui commence tout en douceur pour construire doucement mais sûrement un sacré mur de son ! C'est un titre qui pourrait également faire son effet joué en début de concert, qu'en pensez-vous ? 

Megan Lovell : Nous y pensons effectivement ! Cette chanson a été particulièrement amusante à enregistrer car il nous a fallu faire preuve de beaucoup de patience. (S'adressant à sa sœur) Rebecca tu as écris cette chanson avec Tyler et elle était tellement différente au départ. Elle avait un rythme entraînant, c'était pratiquement un hoedown. Puis nous avons fini par considérer que ça ne fonctionnait pas et nous sommes parti vers cette version plus lente et cinématique. Il y avait beaucoup de manières différentes d'aborder cette chanson et cela a fini avec la version de l'album que j'aime tout particulièrement moi aussi. 

"Lips As Cold As Diamond" est également une super manière de terminer l'album.

Rebecca Lovell : Oui et c'est également un titre inhabituel pour Larkin Poe. Nous faisons souvent des balades mais elles sont généralement assez entraînantes et c'était amusant d'avoir un titre plus sombre et introspectif sur cet album. Je suis curieuse de savoir si nous la jouerons un jour en concert, nous verrons comment les choses se déroulent, mais c'est toujours bien de disposer d'une palette d'émotion variée.

J'ai lu quelque part que "Bad Spell" était une réponse au classique "I Put A Spell On You". Peux-tu nous raconter l'histoire derrière ce titre Rebecca ? 

Rebecca Lovell : J'adore l'enregistrement de "I Put A Spell On You" ! Quiconque n'a jamais entendu la version originale de Screamin' Jay Hawkins, le fasse dès maintenant car c'est un enregistrement tellement iconique capable de vous faire dresser les poils et de vous coller des frissons ! Il chante avec beaucoup d'agressivité et de magnétisme dessus. Écouter "I Put A Spell On You" (ndlr : "je t'ai jeté un sort" en français) m'a toujours donné envie d'écrire à propos d'un mauvais sort ("bad spell" en anglais) et aussi car les femmes étaient davantage considérées comme des objets dans les chansons datant de cette époque de l'avènement du blues traditionnel. Je voulais donc écrire une chanson en réponse à cela, avec une perspective et une énergie féminine, pour reprendre le pouvoir en quelque sorte. C'était très important pour moi et cela m'a donné un but pour cette chanson, qui n'était d'ailleurs pas terminée au moment d'entrer en studio. J'avais seulement le couplet et le refrain. Nous avons écrit le pont de la chanson en studio avec Megan et Tyler, mon mari et coproducteur donc, et l'énergie dans la pièce était très électrique pendant que nous étions en train de construire cette section centrale et les arrangements du morceau. Je ne sais pas d'où s'est venu, mais le pont nous est apparu d'un coup, comme une révélation et cela nous a permis de pouvoir soudainement lier les parties du morceau entre elles. C'était une expérience gratifiante car nous n'avons eu aucun effort à fournir en studio pour terminer la chanson, c'est juste arrivé comme ça, naturellement et c'est pourquoi je suis particulièrement fière de cette chanson.

Vous avez toujours eu des chansons parlant du sud des États-Unis dans le passé comme "Back Down South" ou "Mississippi" par exemple et ce nouvel album ne déroge pas à la règle avec "Georgia Off My Mind" et "Southern Comfort". L'influence du blues traditionnel est omniprésente dans votre musique et vous jouez même des vieux standards de Son House ou Robert Johnson sur scène par exemple. Est-ce qu'il vous tient à cœur d'être en quelque sorte des ambassadrices du blues et du sud des États-Unis pour une nouvelle génération ? 

Megan Lovell : La musique que nous jouons doit tout aux musiciens qui ont créé ce nouveau genre à l'époque qu'était le blues et le rock découle d'ailleurs directement du blues.  Nous tenons à rendre hommage à ces musiciens et à leur renvoyer la balle et montrer aux gens d'où tout cela vient à l'origine. Nous avons un profond respect pour les pionniers qui ont permis de façonner notre genre musical.       

Rebecca Lovell : La musique est une des recherches créatives les plus ouvertes d'esprit qui soit. Lorsque tu te replonges dans l'histoire des artistes qui ont créés la musique sudiste, tu as affaire à des personnes qui étaient avant-gardiste pour l'époque en matière d'inclusivité, de partage de leur souffrance et ils avaient une vision plus large de ce qu'est l'humanité. Être en mesure de pouvoir être des ambassadrices de la musique sudiste est très important pour nous, pas seulement car nous respectons énormément les traditions sur lesquelles la musique américaine s'est bâtie mais aussi car le sud des États-Unis a eu une histoire tourmentée, et il est très important pour nous de mettre l'accent et la lumière sur ce que cela signifie vraiment d'être sudiste. C'est important pour nous d'être la meilleure version de ce que nous sommes en tant qu'humains. De n'avoir aucun jugement sur les autres avant même de les connaître. Cela a été omniprésent et prépondérant dans l'éducation que nous avons reçu de la part de la génération qui nous précède et c'est une grande célébration pour nous de pouvoir être en mesure de jouer la musique traditionnelle américaine à notre manière ! 

Le titre de l'album et la chanson éponyme s'intitulent "Blood Harmony" et cela renvoie sans doute à votre famille et votre héritage. Il est impressionnant de voir des gens de votre génération maîtriser aussi bien les classiques de la musique américaine. Est-ce que la musique était quelque chose de permanent lorsque vous grandissiez avec vos parents ? 

Rebecca Lovell : Je pense que nous avons eu beaucoup de chance de grandir dans une famille où l'on passait beaucoup de disques de classic rock et nos parents écoutaient tout un tas de choses différentes. Notre mère écoutait aussi bien de la musique classique que The Carpenters ou bien encore Crosby, Stills, Nash and Young. Notre père écoutait quant à lui The Allman Brothers Band, Led Zeppelin, Van Morrison et plein d'albums de classic rock qui ont tous le point commun d'avoir été bâtis sur les fondations du blues. Led Zeppelin et The Rolling Stones sont des artistes directement influencés par le blues. Nous avons eu la curiosité de nous demander à un moment : "Qui a influencé Led Zeppelin, Black Sabbath et The Rolling Stones ?". La réponse est bien évidemment : le blues traditionnel américain avec des artistes comme Howlin' Wolf, Son House ou Muddy Waters !       

Megan Lovell : Ce fût notre quête musicale à la vingtaine je dirai, apprendre cette musique incroyable et l'incorporer à la nôtre. Mais nous n'étions pas dépaysées car il y a tellement de similitudes entre la musique avec laquelle nous avons grandi et le blues traditionnel. Cela semblait naturel de nous diriger vers cette musique même si nous n'avons commencé à le faire qu'à nos 20 ans. Nous n'avons certainement pas appris à jouer du Muddy Waters enfants, cela s'est fait plus tard, mais cela semblait tellement évident de le faire. 

Vous êtes également originaire de Georgie, l'état de The Allman Brothers Band et The Black Crowes pour ne citer qu'eux, cela doit aider aussi n'est-ce-pas ?

Rebecca Lovell : Exactement ! Cela nous donnait une compréhension de ce répertoire sans même le connaître parfois. J'ai toujours cru que "Hard To Handle" était une chanson composée par The Black Crowes par exemple, jusqu'au jour où j'ai réalisé qu'il s'agissait à l'origine d'un titre d'Otis Redding. Il y a donc cette passation qui se fait entre la musique traditionnelle du passé qui est parfois réinjectée avec un parfum de fraîcheur à la génération suivante.  

Megan Lovell : Mais n'oublions pas non plus que nous restons des enfants des années 90 et nous aimons aussi la musique pop. Cela se sent dans la structure de nos chansons qui restent claquées sur un modèle pop. 

Rebecca, nous avons parlé de ton mari Tyler Bryant et de son rôle de coproducteur sur "Blood Harmony". Je vais être taquin. Vous avez la particularité d'être tous les deux chanteur/guitariste/compositeur, existe-t-il une compétition amicale entre vous deux ? 

Rebecca Lovell : Oui ! Nous sommes tous les deux assez compétiteurs et je pense que cela a été constructif au fil des années pour nous deux, car Tyler m'inspire à me développer en tant qu'artiste et je sais que je l'aide également à s'accomplir et le faire grandir en retour et c'est vraiment quelque chose d'appréciable. C'était vraiment cool de travailler en studio avec lui pour "Blood Harmony" car Tyler est une des personnes les plus joyeuses que je connaisse lorsqu'il s'agit de faire de la musique. Il adore créer de la nouvelle musique et il apporte une énergie très agréable en studio et cela a vraiment rendu les sessions d'enregistrement de "Blood Harmony" merveilleuses. Mais il y a un équilibre délicat à trouver au niveau de cette compétition. Nous ne voulons pas être jaloux l'un de l'autre. (S'adressant à sa sœur) C'est d'ailleurs similaire à la relation et à l'équilibre que nous avons développé toutes les deux au fil des années. L'idée est que c'est l'équipe qui gagne, que si quelque chose de bien arrive à Megan, c'est également bénéfique pour moi et vice-versa. La même idée que si Megan est considérée comme une super guitar hero, peut être que moi aussi je peux essayer et y arriver. Il y a la même chose entre Tyler et moi. La victoire d'équipe est très importante pour nous. S'il arrive quelque chose de génial à Tyler, je suis la première à célébrer car je vois que mon partenaire se sent heureux et prospère et je sais qu'il pense la même chose à mon égard.  

Megan, tu es surnommée la slide queen et tu as justement un modèle de lap steel signature qui vient de sortir. Peux-tu nous en parler et évoquer avec nous de manière plus générale cet instrument finalement peu connu qu'est le lap steel ? 

Megan Lovell : Le lap steel est effectivement un instrument méconnu et j'ignore pourquoi. Je considère que le lap steel est un instrument qui peut être mis très en avant dans un groupe de rock, mais c'est rarement le cas finalement. J'espère donc changer cette perception à ma manière et apporter ma pierre à l'édifice avec ce modèle de lap steel sur lequel j'ai travaillé car il a vraiment été conçu pour être joué debout, alors qu'un lap steel, comme son nom l'indique, est habituellement joué en position assise. Si tu joues assis sur scène, tu ressens évidemment moins d'énergie et tu en transmets moins au public mais la plupart des lap steel ne sont pas faits pour être joués debout ou sont souvent trop lourds. C'est pourquoi j'ai collaboré avec Beard Guitars, une marque qui construit vraiment de superbes instruments pour le jeu en slide, en leur donnant comme cahier des charges le fait d'obtenir le son d'un lap steel Rickenbacker, car c'est le son que je préfère, tout en ayant une forme faite pour le jeu debout et un poids très léger. J'avais l'habitude de jouer sur Rickenbacker mais leurs lap steel sont tellement lourds que je commençais à avoir de sérieux problèmes de dos en tournée lorsque nous enchaînions les dates. Nous avons donc créé ce lap steel avec Beard Guitars qui s'appelle l'Electro-Liege. On y retrouve un micro au format Horseshoe de chez Lollar Pickups et cet instrument a un son vraiment incroyable, tout en étant très léger et en adoptant la forme que j'aime !

Rebecca Lovell : J'aimerai ajouter et montrer une nouvelle fois à quel point je suis fière de ma sœur ; je sais que je t'ai agacée à te complimenter pendant cette interview Megan ; que la raison pour laquelle le lap steel n'est pas très répandu est surtout car il s'agit d'un instrument assez difficile et inconfortable à jouer de prime abord. Megan maîtrise vraiment cet instrument au point de donner l'impression que c'est facile mais il n'en est rien. Mais une fois que l'on parvient à franchir les premiers obstacles, le lap steel est un instrument de musique tellement cool ! C'est clairement devenu la signature sonore de Larkin Poe et je recommande chaudement aux gens d'essayer de s'y mettre en faisant l'acquisition d'un Electro-Liege et en exprimant toute l'étendue de leur potentiel dessus ! (ndlr : pour les intéressés, 30 exemplaires d'une valeur de 3200 dollars sont disponibles ici : https://electroliege.com/products/worldwide-pre-order-beard-electro-liege-white-gold-model).

Megan, as-tu des amplis de prédilection pour le lap steel ? 

Megan Lovell : Tu peux utiliser n'importe quel ampli ou pédale d'effet que tu utiliserais avec ta guitare électrique pour le lap steel. Le Fender Deluxe est toujours mon premier choix mais j'ai beaucoup joué sur un Fender Bassman sur "Blood Harmony" et ça sonnait super bien aussi !  

Rebecca Lovell : Tu as même déjà utilisé une Octave Fuzz avec le lap steel dans le passé et le son était vraiment cool ! 

Et toi Rebecca, quels sont les guitares et amplis principaux avec lesquels tu as enregistré "Blood Harmony" ? 

Rebecca Lovell : J'ai joué sur quelques Fender Stratocaster, dont certains modèles Custom Shop. J'ai utilisé une Telecaster pour "Kick The Blues". Il y a quelques chansons que j'ai enregistré sur une Gibson SG qui est très chère à mon cœur car il s'agit d'un modèle de 1969 dans un état impeccable que quelqu'un m'a très généreusement offert. Je n'aurai jamais pu me la payer. Ceci dit, je ne suis jamais parti en tournée avec des Gibson jusqu'ici, je n'ai tout simplement jamais eu l'occasion de le faire, mais cela pourrait changer et je me verrai bien jouer aussi sur Gibson sur notre tournée en 2023. Niveau ampli j'ai beaucoup joué sur un Fender Deluxe pour l'album et également sur un ampli boutique d'un petit fabricant basé sur Nashville dont la marque est Tyler Amps ! Avec un nom pareil, je me devais évidemment d'en acheter un pour mon mari, vu que son nom est écrit sur l'ampli ! Difficile de faire plus cool n'est-ce pas ? Cerise sur le gâteau, cet ampli sonne de manière incroyable ! Tyler Amps est un duo père-fils, qui câble leurs amplis à la main dans leur atelier et ils font du super boulot. J'ai depuis fait l'acquisition d'un autre ampli Tyler Amps que je pense également emmener en tournée. Ils sonnent vraiment bien !     

Vous avez jammé ou collaboré avec tout un tas de musiciens de renom différents qu'il s'agisse de Billy Gibbons, Joe Bonamassa ou Elvis Costello pour ne citer qu'eux. Qui reste-t-il sur votre bucket list ? 

Rebecca Lovell : Il y a encore tellement de gens avec qui nous aimerions jouer. Qui choisirais-tu Megan ? 

Megan Lovell : Nous avons déjà partagé l'affiche avec Bonnie Raitt mais nous n'avons jamais joué avec elle sur scène. Ça serait vraiment cool !

Rebecca Lovell : Ca serait super effectivement ! Pour ma part je choisirai Cedric Burnside. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il est de la famille de R.L Burnside et il joue de la guitare dans le même style que lui. Il joue du blues traditionnel aux doigts avec tellement de groove et de goût que j'adorerai m’asseoir et écrire une chanson avec lui ! 

Crédits photos : Jason Stoltzfus

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