[Scène Ouverte] Moosy - L'Orignal

Publié le 15/03/2016 par Maritta Calvez
Voilà de drôles d'animaux sauvages qui font étape sur la Scène Ouverte, deux frères, Marien et Melen Joly, alias Moosy. Univers fantasque, plume surréaliste, post-rock abrupt, L'Orignal sort des sentiers défraîchis par une intoxication musicale lisse et convenue. Moosy s'écoute sans filet et nul ne sait où vous atterrirez après ça. Du chant à l'arrache "pourvu que ça sorte", de la guitare à la fois maîtrisée et tellement libre (tu me diras, c'est parce qu'elle est maîtrisée qu'elle peut être libre, pas faux), une batterie qui répond en miroir à son alter ego, laissez-vous faire, ça va bien se passer. Si Moosy passe par chez vous, parce qu'ils sont évidemment taillés pour la scène, plongez sans retenue ! Sur ce, je me casse sur le dos de l'Albatros (titre 6 de l'album) qui est venu me chopper un verre à la main alors que j'étais au pied de la Tour de Pise à regarder voler la Lune qui elle-même croquait une pomme. Vrai que j'ai écouté L'Orignal tout l'après-midi. Ciao.

Pour commencer, il faut arriver à vous suivre les deux frangins ! Quimpérois d’origine, vous vous êtes installés à Montréal, et revenez régulièrement en France. Racontez-nous l’histoire de votre duo somme toute assez singulière, mais qui n’a pas toujours été sous la forme actuelle, ou je me trompe ?  
En effet, Moosy a existé et existe sous plusieurs formes. C’est au départ l’avatar d’un travail en solo, qui s’est progressivement développé au gré des hasards. On a été solo, duo, trio… toujours en gardant l’orignal – un moose en anglais – comme totem. Aujourd’hui, notre duo de frères en est la colonne vertébrale. Le principe de totem alter ego de Moosy a une résonance certaine entre deux frères. Ça crée une certaine symétrie qui correspond bien à la musique. La ressemblance physique aide à la mettre en scène. Pour ce qui est du voyage, être à Montréal a permis de « professionnaliser » l’idée en nous plongeant dans un environnement très habité par la musique. Même si Moosy existait déjà, c’est au Québec qu’il s’est véritablement incarné. Depuis, nous bougeons régulièrement au Québec, en Ontario et dans l’Europe francophone. La musique nous aide à faire les touristes, finalement. 

Le mieux, c’est de l’écouter, on est tous d’accord, mais avec quels mots définiriez-vous votre musique ? Vous dites « faire de la musique de voyous jouée par des gentlemen ». La formule est… attirante ! Quelles sont vos influences ?  
C’est une référence à la phrase « le rugby est un sport de voyou joué par des gentlemen ». Ça correspondait assez à notre port de cravate et nos excès de décibels. C’est délicat de décrire sa musique. Comme on n’a pas vraiment de réponse toute faite, on s’amuse à brouiller les pistes. On a eu « power-trio à quatre » ou encore « post-zeppelinian french poetry » pour une tournée chez les anglophones. En ce moment, on est pas mal sur « Cult Of Luna suédé » et « chanson française post métal ». À un concert, un soundman nous a décrits comme la rencontre de Tool et de Grand Corps Malade. En ce qui concerne les influences, on est pas mal là-dessus : Tool, la scène Scandinave, les Suisses… On nous trouve souvent des influences celtes, et les Québécois nous reprochent souvent de sonner trop européen. Pour ce qui a trait aux textes, ce serait plutôt Magritte, ou tout bon écrivain contemporain passablement porté sur la bouteille. 

Qui fait quoi ? Comment s’organise votre travail de composition ?  
En étant deux, on se paye le luxe de ne pas avoir de protocole très fixe. En général on part d’un thème rythmique qu’on essaye de développer à outrance pour que la dynamique s’approche  le plus possible de l’idée portée par une phrase ou deux. Une fois qu’on a trouvé l’intention de tout ça, on le fait tourner à outrance jusqu’à trouver le crescendo qui nous convient, dans la musique comme dans le texte. Nous travaillons les deux de manière très connexe, même si les mots ne sont la charge que d’une moitié de Moosy. On peut passer des mois sur une seule pièce, puis recommencer si le test live nous laisse perplexe. Ensuite, on s’occupe des mouches et des petits détails. 

«L’Orignal», sorti en 2014, est votre second album. Il est d’ailleurs sold out en versions CD et vinyle, mais dispo en digital dont le lien se trouve en fin d’interview. Où et dans quelles conditions a-t-il été enregistré; avec qui ?  
On a enregistré la majorité en live sur bandes au studio Mix’art, à Montréal. C’est un très gros studio qui a accueilli The Mars Volta, Arcade Fire, Santana… C’est Nicolas Petrowski, le propriétaire, qui s’est occupé de nous. Comme on n’avait pas énormément de budget, on a fait ça très vite. Un peu trop, malheureusement. Mais c’était l’été, il faisait beau, on faisait griller du poulet sur la terrasse entre deux prises… On y est allé très à l’instinct, un peu en colo. On voulait garder un son très compact et très proche de notre son live pour nous éloigner du premier album qui était très découpé et finalement un peu trop sage. 

Côté guitares, amplis, effets, quel matériel a été utilisé ?  
Sur l’album, j’ai utilisé à 90 % ma fidèle PRS Custom 24 que j’ai pimpée avec beaucoup de trous, un killswitch et des P90 Bare Knuckle. Pour les overdubs, un Télé hybride des années 60, un Guild quart de caisse et une Eastwood barytone. En ampli, un Bogner Brixton dans un 2x12 Voltage et un Traynor YBA dans le 15’’ qui va avec. Quelques overdubs avec un vieux Supro 5 watts. En effets, 3 fois rien : un EP Booster, un Micro Pog EHX et un Delay TC Electronic. Je joue tout en stéréo avec un son crunch et je gère l’attaque de la main droite. Depuis, je joue aussi une Wild Custom Sailor, qui est devenue ma guitare principale. Elle a vraiment un son particulier et c’est un chausson : tu mets ton pied dedans et tu ne veux plus sortir. Beaucoup d’essais de combinaisons d’amplis pour le prochain album. C’est la règle : nouvel album, nouveau son de guitare.

Quels sont les actus et projets, sûr que vous en avez plein la tête ? Préparation d’un 3e opus ? Une nouvelle tournée cette année en France, et ailleurs… ?  
Pour 2016, pas mal de choses : un nouvel album qu’on enregistre au printemps. On prend le temps de bien choisir le studio et le réalisateur pour ce coup-ci. On discute beaucoup avec Yannick Dilly, du Nevermind Studio à Rennes. C’est un ami et un gars très pro, très à l’écoute. Son boulot est vraiment à découvrir. On va tourner pas mal au Canada pour commencer, puis en France, Belgique et Suisse si tout va bien à l’automne. L’album sortira à ce moment-là, si tout va bien encore une fois. 

De qui, de quoi auriez-vous besoin pour le bon développement du groupe ? Qui est autour de vous actuellement pour vous accompagner dans vos démarches ?
En France, on est aidés par Polly Production, qui ont le mandat de nous décharger sur le booking. C’est le nerf de la guerre : pouvoir jouer sa musique en live. Après, on est comme tout le monde : ça nous prend un booker, un promoteur, un relationniste, une équipe vidéo, un chauffeur, un cuisinier, notre soundman, un backliner, du Talisker, des commandites, la couverture de Rolling Stone… les essentiels de tout bon groupe indépendant. Notre premier disque est distribué par Coop Breizh, ce qui nous permet d’être disponible dans les FNAC et autres supermarchés du genre. Je ne suis pas certain que ça change grand-chose… Tant que nous ne sommes pas sur les routes, le reste n’est pas très tangible.

Pas de question, la voie est libre pour dire ce que vous voulez ! Et pour des animaux sauvages tels que vous, ça va chauffer !  
La Bretagne aux Bretons, la Bourgogne aux escargots. Et nous sommes contre l’autogestion dans les bordels. 

Dates de concerts : 
A suivre !

Liens Internet :
www.facebook.com/lorignal/    
https://moosy.bandcamp.com/  

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