Fatoumata Diawara : entre Bamako, Nashville et l'Olympia

Publié le 05/02/2026 par Julien Bitoun
Pour le grand public, le nom de Fatoumata Diawara est surtout associé à ses prestigieuses collaborations, notamment avec Mathieu Chédid (le projet Lamomali), Damon Albarn ou encore Herbie Hancock, et à ses trois albums très réussis, Fatou (2011), Fenfo (2018) et London Ko (2023). Mais pour les guitaristes, elle est la femme qui a signé le modèle Epiphone le plus frappant visuellement de ces dernières années. La SG Fatoumata Diawara est une évolution de la SG Muse avec ses micros Alnico Pro et son électronique aux nombreuses possibilités, mais c'est avant tout un objet d'art dont la décoration encourage à créer, danser et faire entendre sa voix. En pleine préparation du spectacle qui l'amènera sur scène toute l'année et culminera à l'Olympia le 25 novembre, Fatoumata Diawara a pris le temps de nous raconter la genèse de cet instrument hors du commun.

Pourquoi la forme SG ? 

J'ai tourné pendant presque huit mois sur mes neuf mois de grossesse. On me disait d'arrêter de jouer de la guitare, mais la grossesse ne doit pas être vue comme une maladie. Ça fait partie de la vie. Et je voulais donc me battre, continuer de jouer en portant cet enfant même si j'avais mal au dos et qu'avec mon ventre je devais prendre la guitare sur le côté. J'ai testé pas mal de guitares, et ma SG était la plus légère, je pouvais danser avec, je pouvais la porter. Je la jouais tout le temps, et on a tissé un lien.

Pourquoi avoir choisi Epiphone plutôt que Gibson ?

Je n'ai pas trouvé de Gibson aussi légère que mon Epiphone. Les Gibson sont souvent super lourdes : on fait pas mal de dates, et tu as beau aimer la guitare, il y a ton dos, ta santé. Je saute avec ma guitare, il faut donc qu'elle soit vraiment light !

Quel a été ton rôle dans la conception de l'électronique ?

Ils m'ont proposé quelques micros, mais je leur ai surtout fait confiance. Ma partie était plutôt le design, pour la technique je n'avais pas besoin de m'en inquiéter.

Quelle a été l'histoire du design ?

Sur scène j'aime bien m'habiller, je voulais aussi habiller ma guitare. Le visuel est important. J'avais donné des indications, un peu comme pour le spectacle sur lequel je travaille en ce moment pour préparer les visuels. J'ai une idée de base, et après il faut développer. Les gens me proposent des choses et je choisis jusqu'à en arriver aux couleurs qui me conviennent, à l'harmonie. Les détails me viennent à partir du moment où le reste est en place et je fonctionne beaucoup à l'instinct. Je sais si j'aime ou pas. On a donc fait de nombreuses tentatives pour arriver au rouge dominant, c'est le feu, c'est ma couleur. À un moment, c'était plutôt du vert. J'avais en tête les tissus africains wax, et le designer m'a fait de nombreuses propositions jusqu'à ce qu'on trouve. 

Tu te souviens de ce que tu as ressenti quand tu as reçu le modèle terminé pour la première fois ?

Je n'en revenais pas. Toute mon équipe, mes musiciens ont participé à la création de cette guitare, ça a pris un an en tout, et on était en plein soundcheck quand la guitare est arrivée. Mon manager était encore plus enthousiaste que moi ! J'étais tellement heureuse de voir cette merveille, elle est magnifique. Quand je me prépare pour aller sur scène, elle est déjà habillée, je la regarde dans ma loge. C'est un objet qui concrétise mon attachement à la guitare, la liberté que la guitare m'a donnée. J'ai commencé par le cinéma et le théâtre, et quand j'ai débarqué à Paris je voulais chanter, mais les gens n'y croyaient pas. J'ai travaillé avec beaucoup de guitaristes qui m'ont lâché la veille des concerts dans les bars, et je me suis retrouvée seule sur scène avec ma guitare, abandonnée par des musiciens qui ne croyaient pas à mon art. C'est un instrument très spitiruel, qui m'accompagne dans mon combat de liberté, cette liberté que je veux acquérir dans ce monde en tant que femme. On monte sur scène ensemble, c'est le combat de deux femmes. La guitare est une énergie féminine, un combat de liberté.

Est-ce que la guitare est aussi un outil de composition pour toi ?

Absolument. Toutes mes chansons sont composées en guitare / voix avant d'aller voir un réalisateur. C'est toujours la base du processus de composition. On est trop complices, c'est ma copine. Rock, pop... Ma musique peut être arrangée avec des influences très variées, mais la base sera solide.

-M- et Fatoumata Diawara © Ouest-France

Est-ce que tu peux revenir sur l'héritage musical du Mali ?

Nos ancêtres ont réussi à garder, protéger et nous léguer une tradition musicale tellement riche que nous en avons encore pour des siècles à l'explorer. C'est aussi pour cela que nous n'avons pas peur de tester de nouvelles sonorités, rock, blues, pop ou reggae. Je sais que la base est solide : il y a la kora, le ngoni, ce sont les instruments mères. Tu touches une note, ça t'amène dans un univers, ça te fait voyager. Tu dois juste faire confiance à ces sonorités et te laisser guider. Ne pas avoir peur d'aller à la rencontre d'autres sonorités. Ma musique peut être arrangée par Damon Albarn qui vient d'une toute autre culture, mais je ne me sens pas du tout fragilisée. Je considère cet héritage comme une musique mère, et une mère ne doit pas avoir peur de ses enfants. Le rock, la pop, le jazz, tout cela vient de cette musique mère, et elle peut aller à la rencontre de ses enfants avec bienveillance.

Peux-tu revenir sur l'évolution musicale entre tes trois albums Fatou, Fenfo et London Ko ?

Le premier album Fatou n'a quasiment pas été produit, c'est ma maquette que tu entends. On a essayé de le réenregistrer, le producteur a mis beaucoup d'argent pour inviter les meilleurs musiciens, mais ça ne sonnait pas pareil. "Sowa" n'a été jouée qu'une seule fois, c'est la version de la maquette. Cet album était une très bonne manière de me présenter au monde, qu'il aime ou qu'il rejette. Et à partir de ça j'ai pu évoluer, surprendre les gens.

Tu vas avoir une année bien chargée...

Oui, absolument.  Je sors un album que je viens de terminer ! Le premier single sort fin février et je suis en train de tourner le troisième clip. L'album a été produit par Mathieu et c'est très beau. Là on est en train de monter le spectacle pour la tournée qui commence en mars et qui m'amènera à l'Olympia en novembre. J'ai hâte de vous y retrouver.

Plus d'infos sur Fatoumata Diawara et son Epiphone :

- Chaîne YouTube
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- Fatoumata Diawara sort la SG la plus cool de l'année chez Epiphone
- Voir le prix de la SG sur Thomann

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