[Scène Ouverte] Angel Fall - L'Empreinte

Maritta Calvez - Le 15 Mai 2018

Telle la concordance des temps, tout se doit d'être en symbiose autour de vous et en vous pour apprécier pleinement et à sa juste valeur cette "Empreinte" d'Angel Fall. Comme l'illustre si bien Antoine Gaslais sur la pochette, le trou noir se distille discrètement vers la lumière le long des 13 titres. Cette voix toute particulière, sensible, légère et pénétrante, tire un fil du bout de ton âme perturbée qu'elle va dérouler, dérouler, dérouler encore. Elle t'invite à t'élever, à prendre de la distance... Mais non, pas si haut, pas si loin... là, c'est bien... ton voyage intérieur va se dérouler sous tes yeux, comme si Folon avait repris ses pinceaux... Le rock de nos Yvelinois se répand et s'immisce dans le moindre chaos, la moindre fragilité, les moindres battements de cils et de coeur avec une précision déroutante. "L'Empreinte" que nous laisse Angel Fall se dessine entre Radiohead et Pink Floyd, entre force et agitation, finesse et subtilité. Tout finit en apothéose sur "Show", enrobé du gris cotonneux de cette même pochette, ébranlé, en apesanteur, surpris... tu ne t'attendais pas à une telle expérience dans le paysage musical français. Angel Fall, comme un secret d'alcôve que l'on désire garder pour soi, mais mon rôle étant ici de partager mes découvertes, je vous le souffle, prenez-en soin...

Bonjour à tous et bienvenue ! Angel Fall, 15 ans d’existence, “Mon Vampire“, le premier album sorti en 2005 suivi de l’EP “Le Roi de la Piste“ en 2007, puis “L’Empreinte“, second album dévoilé en septembre 2017. Dix ans de silence média ne signifie pas nécessairement 10 ans d’inactivité. Que s’est-il passé ?
Jules : Plein de choses ! Déjà, on a continué à jouer et à tourner un peu partout en France, des salles, des festivals, partout où on nous programmait, parce que le cœur du projet artistique Angel Fall, c’est la scène. Pour l’album, on a pris notre temps pour écrire, composer les chansons d’une part, et ensuite pour faire les préprods. On voulait vraiment faire notre meilleur album et du coup, on ne s’est rien refusé, on a testé des arrangements différents ;  pour certaines chansons, ce n’était qu’à la 4ème version qu’on était complètement convaincus. En fait, je crois qu’on peut dire qu’on a travaillé comme des acharnés sur ce disque.
Il y a à peu près 2 ans, on a accueilli un nouveau batteur, Seb, qui a un jeu et un son super, tout en nuances et en touché qui, en plus, est un mec génial.

Nico : Nous en avons profité pour expérimenter plein de choses, à base de machines, d'instruments virtuels, d'effets divers et variés. Nous avons également utilisé pas mal de percussions, un métallophone... Bref, nous avons pas mal bidouillé.

Le mieux, c’est de l’écouter, on est tous d’accord, mais avec quels mots définiriez-vous musique ? Quelles sont vos influences ?
Jules : C’est du rock, souvent en français et un peu en anglais, on essaie de bosser beaucoup les textes en français pour obtenir quelque chose d’original, de parfois un peu fragile et émouvant, et de varier les ambiances pour chercher de la dynamique, le calme et la tempête, le chaos et l’harmonie… Les influences sont variées selon les membres du groupe, mais en majorité des groupes anglo-saxons, on se retrouve à peu près tous sur Radiohead, les Beatles, Pink Floyd, Queen…
Nico : Sans oublier  Zouk Machine !

Qui fait quoi ? Comment travaillez-vous vos morceaux, de la composition à la réalisation ?
Jules : J’écris les textes et je compose l’essentiel des chansons dans le groupe, et le procédé est toujours le même : ça commence par un riff de guitare souvent, de piano moins souvent, que j’enregistre pour ne pas l’oublier sur mon téléphone ou sur mon ordi. Ensuite j’y reviens et j’essaie de faire une chanson à partir du riff, souvent je joue le titre au groupe sans texte, ou alors parfois avec le texte fini et selon leurs réactions, je poursuis ou je laisse tomber. Je suis super lent pour écrire les textes, je trouve ça plus difficile que la musique. Ça peut me prendre des mois pour une chanson, je peux parfois laisser de côté et y revenir des mois après aussi. Ou carrément abandonner quand ce n’est pas assez bien ou si le groupe n’aime pas.
Ensuite, on fait les arrangements ensemble, ça donne parfois des discussions et des débats qui peuvent être animés sur la façon dont on va arranger tel ou tel titre, sur la direction qu’il faut qu’on prenne. Ensuite on fait chacun des concessions et la synthèse, c’est Angel Fall ! Ensuite, on maquette assez vite les arrangements, chacun travaille dans son coin et fait écouter le résultat à tout le monde. On fait aussi des sessions tous ensemble bien sûr.

Nico : Comme l'explique Jules, il arrive en répétition avec des trames harmoniques et une première ébauche de ligne vocale mélodique, sur lesquelles nous improvisons en répétition pour  construire un premier jet d'une chanson. Tout cela évolue au fil des sessions.
La vraie galère : le home-studio. Nous sommes tous équipés d'un home-studio ; ce qui nous permet, une fois maquettées certaines idées de Jules, de se pencher chacun chez soi sur des idées d'arrangements. Seb – le claviériste – et moi, sommes adeptes du travail en home-studio, avec des instruments virtuels dans tous les sens, des pistes et des pistes d'arrangements diverses et variées, d'expérimentations... Chacun a sa propre idée du résultat final d'une chanson. Nous avons donc des tonnes de versions des morceaux : celles de Jules, celles de Seb, les miennes, les versions mixant une idée de Seb, une de Jules, une des miennes, etc. Parfois, les versions des uns et des autres sont radicalement différentes. Donc effectivement : discussions, débats à n'en plus finir... puis concessions, mais dans le bon sens du terme. La somme du truc plus forte que...


Où et dans quelles conditions a été enregistré l’album ; avec qui ? Dans quel état d’esprit êtes-vous arrivés au studio ?
Jules : Le réalisateur de notre disque, Julien Ravary, a pris en charge tout le projet, c’est lui qui nous a conseillé les studios, qui nous a coachés, encouragés, cadrés, soutenus, et c’est lui qui a enregistré et mixé l’album, bref, sans lui, on ne pouvait pas faire le disque. On a commencé par enregistrer les basses et batteries chez One Two Pass It, un très chouette studio à Bagnolet avec une belle acoustique et une très belle console Neve… Ensuite, on a fait des guitares et des voix chez un ami (Christian), dans son studio à la campagne, puis on a mixé dans le studio du groupe Alb (des potes de Julien) à Paris et enfin, c’est Seb chez Near Deaf Experience qui a masterisé, deux versions, une version CD et une version vinyle.
Concernant l’état d’esprit dans lequel on est arrivés au studio, je dirais un mélange stress / excitation !

Nico : Yep, excitation !! Nous avons travaillé tellement longtemps sur cet album que l'arrivée en studio fut une première forme de libération, d'aboutissement.

Côté guitares, amplis, effets, quel matériel a été utilisé et comment ? Auriez-vous des trucs et astuces à dévoiler ?!
Jules : Je joue sur une vieille Fender Jaguar un peu capricieuse (c’est dû à son âge), et sur un Mesa Boogie Triple Rectifier. Un choix d’ampli qui peut paraître un peu bizarre vu notre style de musique et de son, mais qui m’a été conseillé par un technicien quand on faisait le Chantier des Francos à La Rochelle, parce que je cherchais un ampli très profond dans les graves. Avec les 3 canaux, je peux varier le son et aller chercher des saturations vintage sur le canal 2. Je réserve le canal 3 à de rares interventions un peu plus nerveuses… Sinon, niveau pédales : un tremolo, un delay, un flanger (débranché…), et un accordeur.

Nico : J'ai longtemps joué sur une MusicMan de 88 que j'ai toujours et que j'utilise beaucoup, increvable, passe-partout... Mais pour cet album, je cherchais un truc plus vintage, plus typé. J'ai trouvé une Fender Precision de 72, entièrement d'origine, qui a tout de suite collé à l'esprit du projet. Nous sommes assez clients du son vintage : les vieux instruments, les vieilles consoles, les vieux effets et cette couleur particulièrement chaude que cela apporte.   
J'ai aussi joué sur une contrebasse NS Design à l'archet sur un morceau. En terme d'effets : pour le studio, diverses fuzz Electro Harmonix, dont une vieille version russe incroyable qui traînait au studio, une overdrive Ampeg, une synth-bass Boss. En live : la même chose, mais une seule fuzz, histoire de ne pas se perdre et de rester efficace. Après tout, même si nous avons poussé le travail sur l'album, nous sommes avant tout un groupe de rock. Donc, le maître-mot reste : efficacité. Ce qui donne des lectures plus Rock'n'Roll des morceaux en concert.
En terme d'informatique musicale, je travaille à la maison avec Cubase,  divers synthés virtuels allant du Hammond au Rhodes, en passant par des mellotrons, des Moogs... des émulations de vieilles boîtes à rythmes, des effets divers et variés, Reason, Ableton Live... Une liste longue comme mon bras, en attendant de pouvoir s'offrir les versions hardware.

Pour l'album, nous avons même fait appel à un trio de cordes (violon, alto, violoncelle) sur un titre que nous avons ensuite mixé avec des cordes virtuelles et un mellotron, car nous cherchions une texture particulière. Nous utilisons des loops en concert, que je gère via Ableton Live.

Quels sont les actus et projets ?
Jules : Des concerts, une résidence scénique pour bien caler notre set et les lumières, des showcases acoustiques dans des magasins qui distribuent notre vinyle à Paris, une nouvelle affiche en série limitée créée par notre ami Antoine Gaslais (qui nous a fait le bonheur de réaliser la pochette du disque), un nouveau clip à tourner cet été, et sans doute un nouveau single à la fin de l’année avec des invités surprise ! On commencera ensuite à travailler sur les titres de notre prochain album.


Il y a eu des temps d’accompagnements professionnels dont vous avez bénéficié au sein de dispositifs comme le Chantier des Francos ou le Zebrock pour ne citer qu’eux. Qu’en avez-vous retenu et en quoi était-ce important, voire nécessaire, de les suivre ?
Jules : C’était une grande chance, et à chaque fois une expérience hyper enrichissante, parfois très intense. C’est aussi le but, travailler beaucoup, douter, se remettre en question, réfléchir à son projet, mais que ce soit au Chantier des Francos ou à Zebrock, on est tombés sur des gens fantastiques, hyper talentueux, et qui nous ont énormément apporté. Je conseille à tous les groupes de le faire.
Nico : Une meilleure compréhension du milieu, notamment les histoires d'édition, les différents timing pour la presse, les single, les clips.

Vous avez été programmés sur de grands festivals tels que les Francofolies de La Rochelle, Solidays, La Fête de l’Huma notamment. Quel impact cela a-t-il eu sur votre évolution ?
Jules : Ça nous a appris à jouer sur de grandes scènes, ça a été un plaisir immense et intense bien sûr, beaucoup de trac aussi. L’impact le plus important aura sans doute été d’ancrer encore plus fort le live dans notre projet.


De qui, de quoi auriez-vous besoin aujourd’hui pour le bon développement du groupe ? Êtes-vous entourés actuellement et quelles sont les prochaines étapes que vous aimeriez franchir ?
Jules : On est accompagnés sur nos relations presse par Dominique Marie, et on est soutenus par Edgard Garcia chez Zebrock, par La Clef à Saint-Germain-en-Laye, ils nous donnent des conseils, ils nous aident dans nos démarches, nous présentent des gens. Nous avons pu tourner notre deuxième clip à La Clef. Un tourneur et / ou un manager serait bien. Aujourd’hui, c’est Nico qui gère et c’est beaucoup de temps.

Nico : M'en parle pas ! Le booking, c'est un vrai métier. Mais pour le moment, sans la personne qui va bien, il faut le faire pour pouvoir défendre cet opus sur scène, donc, je m'y colle. Il y a un côté extrêmement intéressant, car à force d'avoir les programmateurs/trices au téléphone, j'arrive à me faire une bonne idée de l'état inquiétant de la place faite aux Musiques Actuelles et notamment celle faite aux groupes en développement comme nous. Et de l'état également très alarmant du réseau des SMAC et salles de concert dû bien trop souvent à un désengagement des politiques pour la culture.

Pas de question, la voie est libre pour dire ce que vous voulez ! Quand les anges prennent la parole…
Jules : Merci à Guitariste.com, on espère que le disque vous plaira et plaira à vos lecteurs, et que vous viendrez nous voir en live ! Keep on rockin’ in the free world !


Dates de concerts :
2 juin : showcase, le Walrus, 34 ter rue de Dunkerque, 75010, Paris à partir de 19h30
9 juin : showcase, La Passerelle.2, 52 rue Popincourt, 75011, Paris à partir de 19h30
5 juillet : festival Contentpourien, au Collectif 12 - 174 boulevard du Maréchal Juin, 78200 Mantes-la-Jolie à partir de 20h

Liens Internet :
http://www.angelfall.fr
www.facebook.com/angelfallofficiel
www.youtube.com/user/000AngelFall000

Cette rubrique est aussi la vôtre, alors n'hésitez pas à envoyer vos productions pour être interviewé par Maritta Calvez à maritta[a]guitariste.com (remplacez le [a] par @).

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