[Scène Ouverte] Jessie Lee and the Alchemists (Music Box Publishing / Socadisc)

Maritta Calvez - Le 15 Octobre 2018

Une belle fille derrière le micro, jusque-là, rien d'improbable. Une belle fille derrière le micro, à la voix chaude et puissante, là encore, on en voit quelques-unes défiler (y-a-t-il quelqu'un ici qui suit l'émission The Voice ? Eh bien, elle l'a fait en 2016). Une belle fille derrière le micro, à la voix chaude et puissante qui joue de la guitare, ça commence à se raréfier dangereusement. Mais une belle fille derrière le micro, à la voix chaude et puissante, qui joue de la guitare sacrément bien, là, on commence à pouvoir les compter sur les doigts. Alors quand Jessie Lee Houllier rencontre le guitariste Alexis Didier et que d'une même veine ils se mettent à jouer ensemble, l'alchimie amorce son oeuvre. Et maintenant entrent en [Scène] Laurent Cokelaere à la basse, Julien Audigier à la batterie et Laurian Daire aux claviers... Applaudissements s'il-vous-plaît pour Jessie Lee and the Alchemists qui puisent leur énergie aux racines du blues-rock, brillamment enrichi de soul et de jazz. Des compositions subtiles, des jeux de haute volée, on ne va tout de même pas bouder ni leur plaisir, ni le nôtre !

Ça commence fort avec la composition du groupe ! J’invite nos lecteurs à découvrir le parcours de chacun, bien résumés sur le site www.jlta.fr. Comment s’est donc faite l’alchimie (facile…) pour monter Jessie Lee and the Alchemists ?
Jessie Lee : La naissance de Jessie Lee & The Alchemists est d’abord issue de notre rencontre, à Alexis et moi, en 2011. Au début, nous cherchions un terrain de jeu pour mélanger nos voix et nos guitares, car nous étions dans la même énergie et prenions beaucoup de plaisir à jouer ensemble sur scène. Nous avions envie de jouer avec des musiciens qui partageraient nos goûts, nos influences, mais également dotés d’une personnalité forte. Laurent Cokelaere et Julien Audigier se sont imposés comme une évidence pour nous. Quelques temps plus tard, Laurian Daire est venu apporter sa finesse au groupe, principalement au B3, mais aussi au wurlitzer, rhodes et clavinet.

Alexis : L’alchimie n’a pas été immédiate, il nous a fallu un certain temps pour forger notre son, processus qui s’est fait essentiellement sur scène.

Le mieux, c’est de l’écouter, on est tous d’accord, mais avec quels mots définiriez-vous votre musique ? Quelles sont vos influences à chacun ?
On pourrait parler de « modern blues rock » nourri de groove, de soul et de jazz.  Le tout puisé dans nos influences pour sortir une musique qu’on a voulue originale et relativement sophistiquée.

Jessie Lee : Mes influences sont vastes, allant de Koko Taylor à Trixie Whitley, en passant par Aretha Franklin, Etta James, Tina Turner, Janis Joplin ou encore Beth Hart, pour ne citer que quelques noms de femmes qui m’ont bouleversées. Bien évidemment, il n’y a pas eu que les femmes, loin de là. Je suis une très grande fan de Derek Trucks, Gov’t Mule, les 3 King, SRV et tant d’autres…

Alexis : Les grands noms du blues bien sûr, de BB King à Stevie Ray Vaughan, les grands stylistes tels que David Gilmour et Jeff Beck, et je suis un très grand fan de Robben Ford et de John Scofield.

Vous avez énormément joué ensemble sur scène avant de vous lancer dans l’enregistrement de l’album. Etait-ce une volonté de passer d’abord par le live pour travailler les titres ?

Oui, ça nous a paru indispensable, afin de forger notre son et trouver une énergie commune. Mais pas pour travailler les titres, pour les jouer. Ils ont énormément évolué entre les premières fois où on les a joués et aujourd’hui (et ils continueront encore de le faire, tant qu’on les jouera sur scène !) ; il faut du temps pour se les approprier entièrement et que chacun y trouve sa place. On a

senti qu’on était tous prêts après une résidence, notre son était là, on a donc lancé la réalisation de l’album. Le studio est un endroit où on ne doit pas se poser trop de questions, tout doit être en place pour n’avoir plus qu’à jouer.

Hormis une reprise de Robert Johnson « Come On In My Kitchen », tu as composé tous les morceaux Alexis. Comment s’est organisée cette partie créative, et l’appropriation des titres pour l’ensemble du groupe, notamment toi Jessie qui tiens le chant et qui partages les parties guitares avec lui ?
Alexis : L’idée de base est simple : les morceaux sont pour la plupart imaginés pour la scène et pour le plaisir qu’on prendra à les jouer ; mettre en valeur la voix et l’interprétation de Jessie Lee, et me permettre très égoïstement de faire la musique que j’aime, des parties de guitare qui m’éclatent et de pouvoir improviser, ce que j’adore faire depuis que j’ai commencé la guitare.
Pour la composition, je pense au groupe certes, mais surtout, je mélange dans ma tête deux artistes : Bill Withers et John Scofield, Tina Turner et ZZ Top, Trixie Whitley et Joe Bonamassa par exemple. Ça me permet un cadre, des codes, des grooves, une énergie. Le résultat ne leur ressemble pas ou peu à l’arrivée. Certains morceaux ont un temps de gestation long, des mois voire des années, d’autres arrivent très vite ; il n’y a pas de recette et je ne cherche pas la facilité. Je fais les démos, avec les imposés, on se répartit les parties de guitare Jessie et moi, et on se voit pour répéter en groupe. On répète peu, on laisse les morceaux s’installer d’eux-mêmes sur scène.

Jessie Lee : On fonctionne sur un système de « commande » : je donne à Alexis une liste de morceaux que j’aime (que nous aimons tous les deux), en lui précisant pour chaque titre ce qui fait que le morceau me plaît. Ça peut être un riff, un groove, une ambiance, une mélodie… Et lui, alchimiste effronté, pioche dans mes indications, mélange le tout en y ajoutant sa patte, et donne naissance à un morceau ! D’où les combinaisons farfelues d’artistes qu’il a cités précédemment ;)
Une fois qu’il a enregistré la démo, Charlotte Bizot (auteure avec qui nous collaborons) ou moi-même écrivons le texte, puis j’enregistre la voix. La suite du processus, Alex l’a déjà expliquée ;)


Où et dans quelles conditions a été enregistré l’album ; avec qui ?
Nous avons enregistré l’album aux Studios MidiLive, à Villetaneuse, dans le superbe studio A. Les prises de son ont été effectuées par Hugo Bracchi, ingénieur maison. Une grande partie de l’album a été enregistrée live, basse, batterie, guitares principales, B 3 et Wurlitzer. Les voix, les choeurs et les guitares additionnelles ont été enregistrées au 57 185 Studio par Roger Didier. Laurian a enregistré toutes les percussions de « In the Name Of… ». Fred Magnier s’est chargé brillamment du mix de l’album, en y ajoutant sa patte ! Le mastering est signé Raphäel Jonin.

Côté guitares, amplis, effets, quel matériel a été utilisé ? J’ai ouï-dire qu’il y a quelques particularités  paternelles sur tes amplis Alexis ?! Mais un mot de Laurent serait également bienvenu côté basses !
Alexis : J’ai utilisé principalement ma 335 de 1964, ainsi que ma Tele 59, ma Strat 61 et ma Martin D35 pour les acoustiques. J’utilise effectivement des amplis fabriqués par mon père Roger Didier. Pour l’album, j’ai utilisé ma tête « Fenshall », une tête 40W Fender et/ou Marshall swtichable, à lampes évidemment. Mon AC30 des années 60’s a été utilisé pour les rere. Sur scène, j’utilise actuellement un combo « Dumble » qu’il a également construit. Pour les effets, des Zendrive originales et ma Rdumbal (mon modèle maison) principalement, un peu de slap back et un peu de reverbe.

Jessie Lee : J’ai utilisé exclusivement ma Telecaster G&L qui ne me quitte jamais, branchée dans un Fender Tweed. Concernant les effets, j’en utilise de manière générale assez peu : une TS9 couplée à une TS8, ainsi qu’un peu de réverbe et de delay.

Laurent : La principale basse enregistrée est une Stevie-G P-Bass 54 avec un micro Stack Seymour Duncan.  Il y a aussi une vieille Fender Jazz Bass, une Rebel Relic Precision 51 montée en filets plats et une Musicman Stingray accordée un ton plus bas, D-G-C-F. Le tout via un preamp Adam Wolfaardt et un Ampeg SVT repris par un micro.

Question geek : Jessie Lee, Alexis, Laurent, quel rapport entretenez-vous avec vos instruments, et le matériel de manière générale ?
Alexis : Je travaille beaucoup sur le son et mon matériel. Une de mes priorités est de garder l’expressivité, les nuances et la dynamique du jeu de guitare.  J’utilise sur scène actuellement une Tele SVL que j’adore, qui respecte très bien mon style de jeu.

Jessie Lee : Je joue depuis quelques années maintenant quasi exclusivement sur Telecaster. J’ai également 2 Strat que j’aime beaucoup, une G&L et une Fender Deluxe. J’aime les effets et les amplis simples, avec peu de boutons, pour rester proche d’un son assez « roots ». Une TS9, un peu de réverbe, et roulez !

Laurent : J’aime les basses très simples, passives, style Fender Precision ou Jazz Bass. Avec un bon ampli à lampes style Ampeg. J’aime changer de basse pour me faire aller ailleurs à chaque concert, mais je pense que finalement, ceux qui m’écoutent entendent le même son ! Actuellement, on peut me voir souvent avec une Sire Marcus Miller p7 dont je me sers en mode passif, qui est une excellente basse avec un rapport qualité-prix incroyable !

 


Quels sont les actus et projets ? Après pas mal de belles dates cet été, encore quelques concerts à venir, entre autres…
Continuer à tourner pour défendre l’album sur scène ! La tournée 2019 est en pleine construction, avec de beaux festivals à venir et notamment une ouverture sur l’étranger : Suisse, Belgique, Espagne…
Nous nous sommes également remis à écrire et composer pour préparer tranquillement le deuxième album…

Musiciens chevronnés, certes, mais premier album pour JLTA, de qui, de quoi auriez-vous besoin pour le bon développement du groupe ?
Nous avons la chance d’avoir pu constituer une très belle équipe autour de nous, qui nous soutient et nous fait avancer. Nous nous occupons encore trop du booking nous-même à l’heure actuelle, ce qui évidemment prend le pas sur le travail artistique.

Pas de question, la voie est libre pour dire ce que vous voulez !
Alexis : On espère que vous serez nombreux à écouter et apprécier l’album ; et surtout on espère vous retrouver sur scène très vite !

Laurent : A table !



Dates de concerts :
17/11/2018 : Chauffailles (71)
23/11/2018 : Athena Blues Festival (Saint Saulve, 59)
24/11/2018 : Coppet Blues Festival (Suisse)
30/11/2018 : Aux Petits Joueurs (Paris, 75)
15/12/2018 : Auvers-sur-Oise (95)

Liens Internet :
www.jlta.fr
www.facebook.com/jessieleeandthealchemists/
www.youtube.com/channel/UCWGKe8ckdhR05WAyxUZwN8Q

Cette rubrique est aussi la vôtre, alors n'hésitez pas à envoyer vos productions pour être interviewé par Maritta Calvez à maritta[a]guitariste.com (remplacez le [a] par @).

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  • COMMENTAIRES (2)


    manu0708
    # Publié par manu0708 le 26/10/2018 à 18:17   Répondre
    Cette petite vidéo est très bien réalisée. J'ai déjà écouté leur album sur Qobuz, c'est très énergique. La voix de la chanteuse est envoutante. Un très bon album et c'est 100% français. Je prédis une belle carrière à ce groupe, plus qu'à les voir sur scène.
    Bravo.
    room135
    # Publié par room135 le 20/10/2018 à 19:40   Répondre
    Vu en concert cet été, du côté de Montelimar. C'est enormisisme. Quand autant de talent sont réuni cela devient culte.
    Un groupe à voir absolument. Je leur prédit un avenir planétaires. Quand les petits franchies font mieux que les ricains, de surcroît, sur leur terrain de jeu. C'est peu dire!!!
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