Brian May Guitars Red Special

Publié le 25/05/2012 par Gregory Priouret
La Red Special est l'une des guitares ayant marqué l’histoire du rock. Non pas par son omniprésence, comme la Stratocaster ou la Les Paul, mais par ses sonorités typiques et par le talent de son concepteur/propriétaire. Pour la légende, Brian May aurait construit cette guitare dans les années 60 avec l’aide de son père, à base de matériel de récupération (sa cheminée…), et pour une somme ridicule. Équipée par la suite de micro Burns Trisonic, LE son de Queen était créé (avec quelques autres accessoires).
Pour l’aspect industriel, il faut savoir que cette guitare a été plusieurs fois dupliquée. Pour les plus aisés, la RED SPECIAL a été précisément reproduite par divers luthiers (notamment Greg Fryers et Andrew Guyton). Pour les bourses les plus modestes, elle a été d’abord distribuée par Guild USA. Visiblement insatisfait du résultat, Brian May a mis fin au partenariat, et la fabrication a plus tard été récupérée par Burns. En 2006, la société Brian May Guitars a été crée par Brian, son guitar tech Pete Malandrone, et Barry Moorhouse de House Music afin de proposer à tous les guitaristes des versions de Red Special plus abouties (fabriquées en Indonésie), et ayant le meilleur rapport qualité/prix.

A la sortie du carton, nous avons la joie de découvrir que la guitare est livrée avec un gigbag assez luxueux : molletonné et bien pensé (avec plusieurs compartiments) et logoté BMG. C’est toujours agréable, surtout pour une guitare de ce prix !

Inspection technique de la guitare
Le corps de la Red Special est en acajou, avec des chambres acoustiques creusées ici et là. Cela se ressent tout d’abord au poids de l’instrument, mais également lors du jeu, vu la résonance à vide de la guitare. Le manche en acajou, traversé par une double barre de tension, supporte une touche en ébène et comporte 24 frettes (les deux dernières étant un peu limite d’accès).
L’instrument possède également une frette 0 (qui ne peut pas se jouer). Celle-ci permet de conserver la même typologie de sonorité entre les accords « frétés » et les accords « ouverts » (en haut du manche, incluant des cordes à vide). Le sillet en graffite résiste à l’usure et, couplé aux mécaniques bloquantes Grover GH305, promet une bonne tenue d’accord. Il est à noter que même si l’agréable vibrato Wilkinson (réglé flottant et très souple) n’est absolument pas le modèle original (un assemblage maison), la tige en est inspirée.
En main, cette guitare a ainsi un poids assez moyen, et ne pèse pas sur l’épaule. Pour le jeu assis, avec le corps posé sur la jambe, elle a tendance à partir un peu sur la droite, la caisse étant très ronde.

Electronique

Coté configuration, on semble à première vue assez proche de celle d’une Strat : 3 micros simple bobinage, deux potentiomètres (volume + tonalité). Les caches de ces 2 contrôles font par contre un peu ‘toc’, le plastique tentant en vain d’imiter le matériau de la guitare originale vraisemblablement en aluminium.

Une des caractéristiques principales de cette guitare est sans aucun doute la
présence d’un set de micros Trisonic fabriqués par la société londonienne Burns. Ces micros légendaires, au format simple bobinage, ont en réalité un peu plus de chaleur et de coffre qu’un micro standard. Ils ont également une plage de fréquence plus large dans les aigües, et permettent ainsi d’avoir un « gros » son mais très détaillé, corde par corde. Selon Brian May, ces micros « chantent »….et il n’a pas tort ! Le son est rond, se distord (très progressivement) d’une belle manière. La guitare placée devant l’ampli, les micros partent en larsen instantanément, sans besoin de trop pousser le gain!
Le potentiomètre de volume est très progressif, et permet de nuancer subtilement le niveau de sortie, permettant de passer d’un « presque son clair » à une saturation chaleureuse. Le seul hic par rapport à une guitare ‘standard’, est l’emplacement du potard de volume, en bas de la caisse, et donc assez loin de la main postée au dessus (ou pas loin) du chevalet. Il faut donc être très rapide et faire un mouvement assez ample pour « jouer du volume » et les adeptes du violoning seront un peu déçus...

On ne peut parler de la Red Special sans la configuration très spéciale des TriSonic. Lors de sa réflexion « pré-construction », Brian May voulait une guitare extrêmement versatile. Il n’a ainsi pas implanté l’habituel sélecteur 3 (ou 5) positions, mais 6 mini-switchs 2 positions. La rangée supérieure est destinée au contrôle On/Off des micros. On peut ainsi sélectionner indépendamment chacun des Tri-Sonic et les utiliser seul, ou en série par deux ou trois (si vous suivez bien, vous avez déjà 7 configurations différentes). S’ajoutent à cela 3 switchs supplémentaires qui permettent de gérer l’état phase/hors-phase de chaque Tri-Sonic. Très grossièrement, les micro en phase se complètent et fournissent un son puissant, tandis qu’en hors-phase, certaines composantes du son s’annulent et créent un son plus maigre.

Cette configuration électronique est de prime abord déconcertante. Matériellement d’abord car il faut réapprendre les gestes habituels concernant le sélecteur : il sera un peu plus difficile de passer rapidement d’un micro à l’autre pendant un solo (cela nécessitant le déplacement de 2 mini-switchs: éteindre un micro et en allumer un autre). Ensuite au niveau de son, car cette guitare est très typée (même si on oublie « l’Histoire ») : la Red Special a une réelle personnalité, liée à l’alliance des cavités du corps et des Burns Trisonic. Cependant, c’est une guitare polyvalente, les micros permettant d’obtenir des sons clairs cristallins (chevalet + hors phase) mais également très jazzy (manche + centre). Les saturations sont douces et agréables, et les micros permettent une réelle progression, très bluesy, mais également très appropriée au rock. L’aspect hors phase est un atout intéressant et élargit grandement la palette sonore. Il faudra cependant un temps d’adaptation aux différentes sonorités pour optimiser leur utilisation).



Conclusion
La Red Special est disponible dans plusieurs finitions autres que le Antique Cherry Red. Cela paraîtra étrange aux yeux du puriste, mais il s’agit d’une logique industrielle permettant de proposer une gamme et non pas un unique produit (même si on se doute de la répartition des ventes…). Ainsi, la « Red » Special est proposée en 3 Tone Sunburst, Vintage Gold, Gold & Black, Baby Blue, Blanc et tout nouvellement Metal All Black. Le modèle a également été décliné en version Basse, en un modèle de voyage la Mini-May et en acoustique !

Pour 950 € T.T.C. (prix public généralement constaté) vous toucherez du doigt LE son de Brian May. Certes, pour être au top du top, il vous manquera 3 Vox AC30, le Deacy, le treble boster, et le toucher du gars en question…et surtout une pièce de monnaie en guise de médiator (c’est une réelle constante de ce son !). Mais en branchant simplement cette guitare dans un Fender Hot Rod Deluxe, on s’y croit quand même ! La palette sonore est là, les TriSonic qui chantent, le phase-hors phase, et le vibrato ! La guitare est agréable à jouer, à vide ou branchée, et malgré sa forte personnalité et son caractère inhabituel (forme & son), on la prend très vite en mains et on se retrouve à tenter de reproduire le gimmick de We Will Rock You ou le solo de Bohemian Rhapsody…
A acquérir pour tout fan qui se respecte, et à essayer par tout guitariste amoureux des beaux sons atypiques.

Prix Public : 950 euros

Les plus
Très objectivement, on branche, et c’est LE son.

Les moins

Le fan ne notera aucun point négatif
Le guitariste lambda sera peut-être effrayé par l’importante personnalité et l’historique de ce modèle.

www.brianmayguitars.co.uk

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