Lundi 2 février 2026
Comme ce 21 juillet 2025 me paraît à la fois si proche et déjà si lointain. Si proche par tous les souvenirs si vivaces.
Si lointain par ces nombreuses journées qui ont vu des exercices quotidiens, qui ont été les témoins de mes plaisirs.
Si j'étais condamné à l'exil, sur une île déserte, à cause de toutes mes pensées subversives, j'emmènerais Yamaha.
Aucune autre guitare. Pendant plus de soixante ans, j'ai cru posséder des guitares. Et j'en étais vraiment convaincu.
Hors, depuis ce 21 juillet 2025, je suis l'heureux possesseur d'une vraie guitare. Nos sens se jouent de nos certitudes.
Je m'installe confortablement dans un des deux fauteuils de mon atelier de peintre. La guitare déposée dans l'autre.
L'Adirondack n'avait pas mes faveurs avant Yamaha FS 9R. Cette essence est plus dure et s'ouvre plus lentement.
Du moins, je le pensais. Seule l'exception déroge à la règle. J'avoue humblement m'être trompé sur cet épicéa.
En effet, au bout de six mois, sa sonorité générale commence à prendre de l'épaisseur et une nouvelle dimension.
C'est à la fois plus "charnue", plus "dessiné" et plus subtil. L'invraisemblable douceur quelque soit l'attaque du jeu.
L'incroyable facilité. Il m'est arrivé plusieurs fois, durant des après-midi froids et pluvieux, d'en jouer cinq heures.
Cinq heures sans ne jamais ressentir la moindre fatigue. La moindre contrainte. Pour cesser je me fais violence.
La touche. Ce bois d'ébène est d'un contact velouté. J'en oublie les frettes. C'est comme jouer sur un coussin d'air.
Le contact du manche. Cet acajou que le vernis mat rend d'une douceur sensuelle. Oui, je le sais bien, je suis lyrique.
Mais il me faut l'être pour décrire l'indescriptible. Un manche taillé dans un seul bloc d'acajou. Sans pièces rapportées.
Au-delà de trois milles euros, l'acquéreur peut légitimement exiger un manche d'un seul bloc. Au diable les théories.
Au delà de ce prix, la notion d'économie devient un concept abstrait. Théorie que l'on peut laisser aux escrologistes.
Tout comme Martin, à ces prix là, le géant Asiatique Yamaha ne propose que des manches d'un seul tenant. Parfait.
La "boîte", constituée d'un palissandre aux teintes d'un ébène discrètement moiré, est une vraie caisse de résonance.
Ce qui est très agréable c'est le contact de cet instrument contre le corps du guitariste. Deux corps qui s'harmonisent.
Un format hybride entre le triple zéro et le double zéro de chez Martin. Mais avec la profondeur qui manque aux Martin.
Je peux faire n'importe quel accord. Et n'importe où sur le fingerboard, l'aisance et la justesse sont déconcertantes.
Si une dénomination devait qualifier ces qualités, ce serait le mot "velours". Sur cette guitare tout n'est que velours.
Entre deux pièces jouées dans la jubilation on se surprend à caresser les cordes, le manche, parfois même les éclisses.
Un autre phénomène étrange, on "trébuche" rarement dans l'exécution d'une interprétation. Là aussi, une vraie facilité.
Pour commettre un "pain" dans l'interprétation d'une œuvre, il faut presque le faire exprès. Sensations réconfortantes.
Jouer sur cet instrument n'est pas seulement vivre des instants surprenants et étonnants, c'est également extatique.
Extase. Oui, ce mot n'est nullement exagéré. Car c'est de cela dont il s'agit. C'est étourdissant. On en ferme les yeux.
Combien de moments d'enchantements, d'ensorcellements ! Je ne les compte plus puisqu'ils sont tellement fréquents.
L'équilibre parfait entre les différents registres. Partout. Aucune chute dans le spectre sonore. Nulle part sur la touche.
L'action est bluffante. Fou ! Je tiens ici à partager avec le lecteur une anecdote toute aussi épatante que surprenante.
À la reception de cette guitare, les cordes (Elixir) étaient détendues. Doucement, je les ai monté au diapason A 432.
Cela faisait sept mois, depuis l'usine, qu'il n'y avait aucune tension sur le manche. Je pouvais m'attendre à le régler.
Que nenni. Je n'ai jamais touché au trussrod. Le manche est parfaitement droit. Je le contrôle souvent. Avec une règle.
Au-dessus de la douzième frette, sur la corde basse, 2 millimètres. Au-dessus de la douzième frette aigue 1,8 mm.
Du premier jour de tension jusqu'à aujourd'hui, ce sont exactement les même hauteurs. (Vérifiées avec la réglette)
Je continue avec une autre anecdote. À ce jour, ce sont toujours encore les mêmes cordes. Oui ! Les cordes d'origine.
Je déteste la sonorité des cordes neuves. Et là, je dois relater un autre étrange phénomène. Est-ce propre aux Elixir ?
Je les montais pourtant parfois sur ma Martin OM-28. Ces cordes commençaient à se "faner" au bout de quatre mois.
Là, sur FS 9R, elles continuent à sonner de manière majestueuse. Le luthier qui est derrière ce secret est un "Maître".
La douceur, la facilité, la sonorité, l'amplitude de la musicalité se conjuguent dans une seule entité. De la magie pure.
Il m'a fallut jouer sur la fibre lyrique pour décrire ces sentiments élégiaques que peuvent inspirer les jours de grisailles.
Très certainement qu'aux beaux jours, j'aurais utilisé un registre plus dithyrambique pour décrire l'indescriptible...