Quand on est guitariste, on aime avoir des possibilités sonores. Au-delà des instruments (dont nous sommes aussi de grands consommateurs), la chaîne audio est vitale. Elle permet de définir notre son, mais aussi une ergonomie d'utilisation, chaque technique ayant ses pour et ses contre, ses côtés positifs et ses contraintes. Nous allons faire ici un tour d'horizon du panorama actuel du son pour les guitaristes.

Je me rappelle mes premiers enregistrements guitare, vers 1992 (ça fait loin maintenant). Un ami m'avait prêté un Mark IV. J'avais adoré, et possédant un petit home-studio (Teac A3440, un compresseur, une petite table), j'avais trouvé des sons sympas que je voulais enregistrer.

A l'époque, chez mes parents, seules les salles de bain et cuisines avaient des prises de terre, dont j'avais dû mettre l'ampli dans une salle de bain et y faire mes prises avec mon matos d'enregistrement dans la chambre. Le Mark IV ayant besoin d'un peu de niveau pour sonner, je ne pouvais pas non plus faire trop de prises, car c'était assez bruyant ! À l'époque, c'était quasiment la seule manière de s'enregistrer à la guitare. Certes, il existait le sans amp et des Zoom (le POD est arrivé bien plus tard), mais franchement, ça n'était pas vraiment accessible, c'était vraiment cher et encore marginal. A l'époque, on s'enregistrait avec son matos "live".

Le son de la Guitare : une suite de révolutions

Cette petite histoire mise à part (je ne suis pas là pour vous raconter ma vie), on se rend compte, 35 ans après que l'écosystème a connu de véritables révolutions.

J'avais le premier POD, acheté à sa sortie en 98. Et on a été bluffé à l'époque. Comment ce petit haricot rouge arrivait à sonner aussi bien !! Tout petit, facile à utiliser. Il ne prenait pas de place et ça faisait le travail.

La révolution informatique, à partir de l'an 2000

Et puis, courant des années 2000, une autre révolution est arrivée : l'informatique musicale. On pouvait enfin obtenir un son de guitare plus que correct avec son ordinateur. Je me rappelle avoir testé pour un autre média (Audiofanzine), en 2007, le plugin Amplitube Jimi Hendrix et avoir pris une bonne claque. Pourtant, j'étais loin d'être convaincu avant de l'essayer ! On était là sur les premiers softs vraiment bons et bien aboutis.

L'informatique musicale a commencé à être incroyablement performante entre 2000 et 2015. A l'époque, je travaillais pour RME et la Fireface avait été une des premières interfaces offrant un son studio de référence pour les home-studistes.

Les pedalboards : la grande époque de la modélisation 2006-2015

La modélisation sonore a fait une percée incroyable fin 90 et début 2000.

Avec des pédaliers multi-effets (Digitech, Boss, Line 6, Korg, etc.) plus ou moins réussis, plus ou moins réalistes et plus ou moins solides. Mais cette vague a été conséquente. Et il faut dire la vérité, c'était super pratique, on avait un tout-en-un facile à transporter et assez simple à utiliser. Et moins de câbles. Pratiques, ergonomiques, faciles à transporter, ces produits n'ont cessé de s'améliorer au fil du temps, et de remplacer nos pedalboards traditionnels. Entre 2006 et 2015 la qualité sonore a fait un bond exceptionnel, vraiment remarquable. D'ailleurs, les pros ont adopté tardivement cette technologie. C'est surtout vers 2010 que certains produits ont été des "game changer" : Line6 Helix, AXE FX, Kemper, Eleven Rack. Là, on était dans de la modélisation haut de gamme.

La modélisation est devenue une norme adoptée par bon nombre de guitaristes. Le marché était énorme. La modélisation rivalisait enfin avec le matos traditionnel (ampli à lampes, pédales).

Le retour des amplis à lampes et des pédales : l'accélération de la vague boutique 2008/2020

Quel paradoxe ! En s'améliorant, le numérique a fini par redonner de l'intérêt à l'analogique... Quand le numérique était médiocre, tout le monde voulait du meilleur numérique.

Quand le numérique est devenu excellent, les guitaristes ont commencé à rechercher :

 • L'expérience physique
 • Le plaisir de manipulation
 • L'objet
 • Le caractère imparfait.

Profitant de cette vague, de nombreuses marques ont surfé sur le mouvement "boutique" : Fulltone, Zvex, JHS, Strymon, etc. Les marques sont nombreuses. Plus qu'une mode, on peut parler de lifestyle.

Vers 2010/2015, ce mouvement de retour à l'analogique est devenu assez notable.

L'IA et la "neuralisation", depuis 2020

Depuis quelques années nous sommes rentrés dans une nouvelle ère technologique assez  complexe, plus proche de la science-fiction que de la réalité, à bien des égards. Captures IR, captures d'amplis (technologies propriétaires, NAM), intégration de l'IA dans des softwares (Bias X, etc.), on a clairement franchi une nouvelle étape en matière de technologies du son. Mais aussi en matière d'utilisation, moins de réglages, plus d'usage immédiat. On devient un peu fainéant.

On a de quoi être un peu perdu dans la multitude de l'offre

Quel guitariste ne s'est jamais posé la question : sur quel matos je vais jouer ? Système analogique ? Pedalboard ? Soft ? Et le son que j'ai avec mes plugins comment vais-je faire en live ?

Car le sujet est là. On est gavé de produits, logiciels, matériels... qui tous nous promettent "l'ultime" de la technologie. Et on achète, et on revend. Au final, bon nombre de guitaristes sont perdus dans cette immensité. Aussi, on a du mal à "fixer" un équipement.

Car les usages diffèrent en fonction du profil de chacun, si, par exemple, vous jouez principalement en live, ou bien dans votre home studio, si vous avez besoin d'être mobile ou pas.

Analysez vos besoins et votre workflow : la clef

Un piège dans lequel bon nombre de guitaristes tombent, est de considérer que l'on doit être prêt à tout, dans toutes les circonstances. Cela amène souvent à se suréquiper, et la plupart du temps à posséder du matériel que l'on ne maîtrise pas.

Il faut donc savoir renoncer ; analysez vos besoins, aussi bien en matière de style de musique que de chaîne audio. 

Si votre activité musicale est concentrée sur les concerts, privilégiez du matériel compact et fiable, par exemple. Hier encore, je parlais avec un ami qui fait pas mal de concerts, dans des petites salles. Il utilise un combo avec un pedalboard Headrush. Ça lui va parfaitement. Et dès qu'il est dans une salle avec une sono assez puissante, il se passe même d'ampli. Au final ce qui lui importe c'est d'avoir ses trois sons et quelques effets.

Si votre usage est hybride live/studio, peut-être que la technologie neuronale est pour vous, ainsi vous créez des "images" de vos amplis, via l'appareil (ex : Neural capture), et vous pouvez ainsi aller en concert en utilisant une image fidèle de votre matériel, dans une petite boîte que vous pouvez brancher sur une sono, en vous aidant de quelques IR pour avoir un son vivant.

Si vous travaillez en (home) studio, chez vous, et bien c'est plus simple, vous pouvez utiliser des plugins, et vous servir de votre ordinateur et ainsi éviter d'accumuler du matériel. D'ailleurs avec la technologie Tone 3000 (fichier NAM), vous pouvez utiliser des modèles d'amplis que vous garderez pour des concerts éventuels, en fait c'est très pratique. Si vous avez de la place, vous pouvez aussi utiliser de vrais amplis, avec des loadbox (Two notes est reconnu dans ce domaine, Universal audio aussi, et également d'autres marques), qui vous permettent de plugger votre ampli sans bruit et d'émuler des cabinets.

L'idée à retenir ici est, qu'au final vous n'aurez jamais le matériel parfait pour tout. Chacun doit adapter son matériel à ses besoins, et limiter sa quantité pour l'utiliser au mieux. Mieux vaut peu de matériel bien utilisé que beaucoup de matériel que vous n'utilisez pas.

Et le plaisir dans tout ça ?

Au-delà des besoins, n'oublions pas que nous évoluons aussi dans un contexte artistique. L'inspiration vient parfois de peu de chose, une nouvelle guitare, un nouvel effet. Et ça, c'est quelque chose qui ne peut être nié, nous ne sommes pas des machines.

D'ailleurs, regardez, la plupart des plugins arborent un design sympa, attrayant, pour vous mettre dans l'ambiance. Normal, rien de plus froid qu'un logiciel, à la base. Et je vous assure que si un plugin n'offrait pas une interface utilisateur jolie, vous auriez la sensation que le son est moins bon. D'ailleurs, les éditeurs de logiciels rivalisent de design tous plus cools les uns que les autres pour vous "mettre" dans l'ambiance d'un ampli.

Pour en avoir discuté avec pas mal de guitaristes, dont certains très conservateurs, rien n'égale le plaisir de l'analogique : toucher les pédales, les brancher, avoir un ampli qui sent bon la poussière brûlée ( !), c'est quelque chose d'inégalable. L'expérience sensorielle c'est clairement quelque chose d'important dans le domaine artistique. D'ailleurs, c'est aussi valable chez les claviéristes. Le fait d'avoir un matériel change totalement la perception d'un musicien. Idem, le retour au vinyle marque une forme de culture du slow down, prendre à nouveau le temps d'apprécier l'objet et l'œuvre d'art.

Et le son ? Quid de l'analogique VS simulation(s)

Le grand débat ! Certains considèrent que rien ne vaut un ampli avec des pédales, d'autres que leur Neural DSP / ACE FX sonne aussi mieux, et certains qui ne voient pas la différence entre un plugin et un ampli.

Une chose est sûre : nous sommes arrivés à un tel niveau dans la modélisation et la neuralisation, que la qualité du son de "synthèse" est excellente. Il est indéniable qu'aujourd'hui nous avons à portée de main des outils incroyables, compacts et puissants à la fois. 

Alors une pédale "boutique" ou un ampli à lampes sonnent-ils mieux qu'une modélisation ?

Si l'on considère qu'une pédale est basée sur un schéma (câble ou PCB), on peut aisément penser que sa recréation numérique n'est pas très compliquée au final. Pour en avoir discuté avec quelques fabricants comme Mercuriall Audio, par exemple, ils utilisent le même procédé, et ils reproduisent les circuits, en les émulant. Le niveau de fidélité atteint est juste phénoménal.

Et une grande partie de la perception sonore est influencée par notre perception globale, visuelle notamment. Et cela ne veut pas dire que les amateurs de matériels analogiques ont tort, au contraire. Car encore une fois, nous sommes dans un contexte artistique. 

Et si jouer sur un plugin devant un PC ne vous inspire pas, c'est votre droit.

Et vous, êtes-vous plutôt ?

1 - Full analogique (je n'aime pas les outils numériques, je fais mon son de guitare à l'ancienne).

2 – Hybride (je joue à la fois sur des amplis et des logiciels, je prends un peu des deux mondes).

3 – Je suis passé au full digital, plus simple et flexible. 

La quête du son parfait : matériel analogique, logiciel ou hardware dédié ?