Interview John Petrucci (Dream Theater)

Laurent Reymond - Le 22 Septembre 2020
Dream Theater se produisait à la Seine Musicale de Boulogne-Billancourt le 26 janvier dernier dans le cadre d'une tournée célébrant à la fois les 20 ans de l'album culte "Metropolis Part 2: Scenes From a Memory" et le dernier album en date du groupe "Distance Over Time". Nous en avions profité pour nous entretenir avec John Petrucci au sujet de ces deux albums et d'évoquer également avec lui le matériel qu'il utilise tout en concluant avec un bel hommage au regretté Neil Peart de Rush. A noter que John Petrucci vient de publier son deuxième album solo intitulé "Terminal Velocity" (déjà disponible en numérique, sortie en format "physique" le 30 octobre 2020), quinze ans après "Suspended Animation" et qui matérialise les retrouvailles du guitariste avec le batteur Mike Portnoy !

"Distance Over Time" (2019) est votre album le plus concis depuis "Images And Words" (1992). Est-ce en réaction à son prédécesseur "The Astonishing"(2016), un double album conceptuel, ou est-ce simplement du à la tournée de 2017 où vous avez interprété "Images And Words" en intégralité pour en célébrer son 25ème anniversaire ? 

John Petrucci : Ces deux aspects ont eu une influence. La tournée des 25 ans de "Images And Words" nous a clairement ramené vers l'esprit particulier de ces chansons et à notre ancienne manière de composer. Le fait de nous isoler en tant que groupe, d'écrire et de jouer ensemble sans distraction extérieure a également eu un impact important sur ce nouvel album. Puis nous avons également eu une conversation avec notre label en leur disant que nous sortions d'un double album assez expérimental et que nous avions envie de revenir à quelque chose de plus direct. Nous voulions faire un album qui dure une heure et qui propose tout simplement des bonnes chansons que l'on peut écouter lors d'un trajet en voiture ou dans une salle de sport. Nous étions concentrés là dessus et s'il y avait un concept, c'était celui de ne pas dépasser cette limite d'une heure. C'était bon pour l'album d'avoir ce plan en tête.

Est-ce un défi pour Dream Theater de ne pas faire un album ou des chansons trop longues ?

Ça peut l'être parfois. Cela dépend des chansons. Il est facile de garder un titre comme "Paralyzed" concis car tu ne peux pas vraiment emmener ce genre de chanson très loin au niveau de son développement. C'est un style assez direct. Ce n'est pas la même chose pour des titres comme "Barstool Warrior" et "Pale Blue Dot" car ils sont beaucoup plus progressifs et expérimentaux et là tu ne sais jamais jusqu'où ils vont t'emmener et où tu vas t'arrêter (rires). Il faut consciemment stopper le développement de ce genre de chansons si tu veux aboutir à un résultat digeste. Mon job en tant que producteur est de m'assurer que nous gardions cela à l'esprit car nous pouvons facilement nous égarer dans ce genre de situations. 

Dream Theater a toujours fait deux types d'albums : d'une part des albums au style plus "classique" et d'autre part des albums plus expérimentaux. Au stade actuel de votre carrière, est-ce plus compliqué d'innover et de risque de froisser vos fans ou au contraire de livrer quelque chose de plus caractéristique du groupe tout en gardant une certaine fraicheur ? 

C'est une question intéressante et je ne suis pas sur de détenir la bonne réponse. Je regarde notre carrière comme une sorte de longue histoire et à chaque fois que nous créons quelque chose de nouveau, je repense toujours à ce que nous avons fait avant, les directions que nous avons prises et les endroits où nous pourrions aller. Tu peux toujours expérimenter mais le défi est que les éléments caractéristiques du groupe soient présents pour que les fans puissent adhérer et aimer les nouvelles chansons sans pour autant se dire qu'elles sont comme préfabriquées ou que l'on fait semblant de donner du neuf et qu'il s'agit au final toujours de la même chose (rires). C'est la pire remarque que l'on peut me faire sur notre musique car pour le coup nous ne faisons pas semblant, nous travaillons vraiment dur, nous prenons des décisions sur absolument chaque note, chaque accord, chaque signature rythmique et chaque riff ! Nous sommes conscients de tout cela et nous ne voulons pas nous reposer sur nos lauriers en nous disant en studio : "c'est bon, c'est suffisamment bien".  La question est toujours de se demander si ça fait simplement l'affaire ou s'il y a moyen de faire mieux. Une partie du job en studio est également due au son de l'album en lui même, les gens avec qui nous travaillons et les techniques d'enregistrement utilisées. C'est un aspect qui contribue grandement à ajouter de la fraicheur sur un album. Tu apprends toujours de nouvelles techniques, tu utilises du nouveau matériel, tu rencontres de nouvelles personnes et cela contribue grandement à insuffler de la fraicheur dans ta musique. Dans le cas de "Distance Over Time", on nous dit souvent qu'il s'agit d'un des albums de Dream Theater qui sonne le mieux et je suis parfaitement d'accord avec ce constat. Notre ingénieur du son Jimmy T et Ben Grosse au mixage sont vraiment parvenus à obtenir un super son pour "Distance Over Time" et c'était la première fois que nous les faisions travailler ensemble. La manière dont tu enregistres et tout le reste du travail en studio sont des éléments essentiels pour insuffler de la fraicheur, cela ne se passe pas uniquement au niveau de la composition.

Vous jouez l'intégralité de "Metropolis Pt. 2: Scenes from a Memory" (1999) sur cette tournée pour célébrer ses 20 ans. Vous le jouiez déjà en entier à l'époque mais y a-t-il eu certaines chansons qui ont été compliquées à réapprendre ? 

Oh oui bien sûr ! Il y a des chansons que nous avons souvent jouées dans notre carrière comme "The Spirit Carries On" ou "The Dance Of Eternity" et ce n'était évidemment pas compliqué pour celles-ci. En revanche, je me suis senti personnellement un peu rouillé en tant que guitariste pour certaines autres chansons. Je pense notamment à "Beyond This Life" qui est un titre super compliqué ! Lorsque je l'ai réécouté je me suis dit : "mais bon sang, qu'est-ce qui m'a pris de jouer comme ça à l'époque ?"  (rires). Réapprendre et m'entrainer sur les parties de cette chanson m'a demandé beaucoup de temps et c'était dur au début mais plus maintenant car nous avons joué cet album en entier un paquet de fois à travers plusieurs segments de notre tournée et je suis évident parfaitement à l'aise désormais. Mais au départ je me suis dit sur pas mal de ces chansons : "mais à quoi je pensais à l'époque ?" (rires). Ce n'était pas comme pour "Images And Words" en tout cas, bien que l'album soit plus ancien, car nous avions vraiment joué des millions de fois la plupart des titres de cet album. "Beyond This Life" ou "Finally Free" par exemple ont finalement été assez peu interprétés en live dans notre histoire. 

Nous venons d'évoquer des albums de Dream Theater très populaires. Si tu devais réhabiliter un album de Dream Theater passé plus inaperçu ou que tu considères comme sous-estimé, lequel choisirais-tu ? 

Je choisirai "Systematic Chaos" (2008) sans aucune hésitation. Pour commencer, j'adore le son de l'album et plus particulièrement celui des guitares que je trouve phénoménal ! Nous jouons d'ailleurs le titre "In The Presence Of Enemies - Part I" sur notre tournée actuelle. La direction que nous avons prise pour cet album est vraiment un bon mélange de tous les éléments qui constituent Dream Theater selon moi. Il y a le côté metal qui est assez prononcé avec des gros riffs de guitare mais il y a aussi un aspect vraiment épique dans cet album couplé à des parties instrumentales vraiment folles techniquement tout en étant très mélodiques ! J'ai toujours considéré cet album comme un parfait mélange de tous ces éléments et je trouve que le tout est bien équilibré. C'est notre album le plus sous-estimé selon moi. Je l'ai d'ailleurs écouté plusieurs fois avant de faire "Distance Over Time" car j'aimais l'état d'esprit que nous avions sur ce disque. Il a ce petit truc en plus pour moi. 

Tu es souvent reconnu pour ta vitesse, ta précision et ta technique avec parfois les éléments très mélodiques, expressifs et dynamiques de ton jeu qui passent au second plan pour certains fans ou pour tes détracteurs. Est-ce frustrant parfois d'être seulement vu comme un shreddeur  alors que tu es également un guitariste au jeu plein d'émotion et de touché ?

Déjà, merci pour ces compliments ! Non ce n'est pas vraiment frustrant, justement grâce à tout ce que tu viens de dire. Je sais que certains me voient uniquement comme un shreddeur technique, mais je sais aussi que beaucoup comprennent la globalité de mon jeu et ces derniers m'en font part. L'aspect mélodique est une partie très importante de mon jeu. J'ai été très influencé par Pink Floyd ou Journey en grandissant et plein d'autres choses très mélodiques et j'ai toujours trouvé que la guitare est l'instrument le plus expressif dans ce contexte, dans le fait de jouer comme s'il s'agissait d'une voix. La dynamique est ce qui rend la musique intéressante. Je suis content d'avoir tous ces différents outils à ma disposition car parfois un titre réclame de la technique spectaculaire et d'autres fois tu as davantage besoin d'une mélodie comparable à une ligne vocale et il ne s'agit pas du tout de la même discipline car tu vas avoir besoin dans un contexte mélodique de jouer davantage sur les phrases, sur le touché de ton vibrato, sur tes bends et sur ta capacité à jouer les bonnes notes au bon moment. J'ai toujours eu une sensibilité naturelle pour ces choses là. Cela a une résonance particulière chez moi et lorsque j'entends un guitariste s'exprimer de manière très mélodique, je fonds tout simplement ! C'est un des sentiments les plus cools ! J'ai donc conscience que certains pensent que je ne m'intéresse qu'à la technique, mais cela ne me frustre pas du tout car je sais aussi que beaucoup savent que la mélodie est vraiment mon truc !

Une question qui peut paraître bête. Ta musculature s'est considérablement développée au fil des années. Est-ce que cela affecte ton jeu ? 

Les gens me posent souvent cette question! Je dirai que cela n'affecte pas les muscles sollicités pour jouer de la guitare et cela n'affecte pas non plus mon endurance. J'ai de bien plus gros biceps qu'avant et des épaules beaucoup plus développées, mais à part peut être frapper les cordes plus fort, cela n'a pas vraiment d'impact sur mon jeu. La différence principale est la manière dont tu sens la guitare contre ton corps. J'étais plutôt maigre quand j'ai commencé et mon corps est désormais bien plus épais et je ne sens plus la guitare de la même manière, mais il en aurait été de même si j'avais tout simplement grossi ! La guitare m'a l'air plus petite et plus légère qu'avant. C'est la principale différence. Après je sais que pas mal de guitariste font du fitness comme moi et je leur conseille de faire attention à certaines choses. Je fais toujours très attention à mes mains, mes poignets et mes avant-bras. Je ne fais aucun exercice qui pourrait potentiellement endommager ces parties de mon corps. J'étire toujours mon canal carpien, je mets des straps sur mes poignets et je ne porte pas de poids trop lourds sur mes avant-bras. J'ai également conscience de mon âge et je ne fais rien qui puisse m'abimer le dos. Le bon aspect du fitness est que cela fait de toi un individu plus fort et mieux dans son corps. Tu te sens tout simplement mieux de manière générale en fait, mais aucun intérêt particulier pour la guitare.  

Tu as sorti avec Music Man de nouveaux modèles de ta guitare signature Majesty en 2019 et 2020. La première nouveauté sont tes nouveaux micros signature DiMarzio, le Dreamcatcher et le Reignmaker. Peux-tu m'en parler ?

Je suis vraiment très intéressé par le fait d'aider à développer de nouveaux instruments de musique et par le fait de continuer de mieux faire sonner la guitare ou d'améliorer son confort. Il en va de même pour les amplis, j'ai adoré partir d'un ampli classique de Mesa Boogie et aboutir à toutes les possibilités qu'offre mon ampli signature. Le fait d'améliorer les outils que j'utilise est une quête permanente. C'est la même chose lorsque je fais un album de Dream Theater, je me demande toujours comment améliorer les choses et cela passe aussi par mon matériel. Pour "Distance Over Time" le principal changement a justement été mon nouveau set de micros signature. La conception de la guitare Majesty n'a pas évolué depuis longtemps, il y a toujours des nouveaux modèles qui sortent, et c'est le cas pour cette année 2020, mais il s'agit plutôt de nouvelles couleurs ou de variantes d'essence de bois utilisées pour le corps et ce genre de choses. La seule chose qui a vraiment changée depuis 2019 ce sont les micros. J'ai déjà eu plusieurs micros signature chez DiMarzio mais la Majesty fût ma première guitare basée sur un manche traversant en acajou et nous avons opté dans un premier temps pour mettre certains de mes micros signature comme les Illuminator et les Sonic Ecstasy. Puis j'ai commencé à me dire que ces micros n'avaient pas été conçus pour une guitare à manche traversant en acajou puisque ce n'est pas ce que j'utilisais à l'époque. Je me souviens d'ailleurs de me trouver en France le jour où j'ai appelé Steve Blucher pour lui dire : "Steve, nos micros n'ont pas été développés spécialement pour une guitare à manche traversant en acajou. Que dirais-tu si je t'envoie ma nouvelle guitare et que de ton côté tu te mettes à ma place en connaissant mes besoins pour imaginer des nouveaux micros spécialement conçu pour cette guitare ?". Steve a du faire seulement 3 sets différents de micro et je jure devant Dieu que lorsque j'ai branché la guitare qui était équipée par le set qui allait devenir le Dreamcatcher et le Reignmaker, j'ai joué un accord et j'ai immédiatement été soufflé par la qualité vocale, par l'expression et la vibration que ces nouveaux micros donnaient à la guitare. Steve a parfaitement réussi le pari ! C'est vraiment un exemple sur la façon d'amener les choses au niveau supérieur. Ne jamais être satisfait et réfléchir à comment améliorer les choses. La guitare Majesty était un super instrument, mais ces micros spécialement conçus pour elle l'ont encore améliorée ! Je me dis tous les soirs sur scène en jouant toutes ces nouvelles Majesty que nous sommes vraiment parvenus à mieux faire sonner les choses. La guitare fait aujourd'hui tout ce dont j'ai envie. 

Laisses-tu les anciens micros sur tes anciennes guitares signature ? 

Oui je les laisse en l'état, le Dreamcatcher et le Reignmaker ont vraiment été fait avec le manche traversant en tête. Maintenant quelqu'un pourrait toujours expérimenter et les installer sur une ancienne guitare. Je dirai que le Dreamcatcher et le Reignmaker ont un niveau de sortie un petit plus faible, ce qui leur confère plus de dynamique et un côté expressif plus prononcé, même s'il ne s'agit vraiment pas de micros vintage. Mais ils sont un poil moins puissants et ont un son plus ouvert.  

Les contrôles sur tes guitare signature sont toujours placés sur un arc ergonomique semblant suivre parfaitement l'arc de la main et c'est étrangement assez rare. Ce n'est pas un hasard n'est-ce-pas ? 

Absolument, c'est un design ergonomique auquel je tiens beaucoup ! Il y a tout un tas de choses qui m'ont toujours gênées sur d'autres guitares. Lorsque je joue une Les Paul, j'ai mal à la paume de ma main car le chevalet est trop tranchant, les pontets ne sont pas assez arrondis. Lorsque je joue une Strat, je trouve toujours que le potard de volume est trop près de mon auriculaire. Puis il y a plein de guitare où je trouve les switches ou autre sélecteurs trop loin sur le corps de la guitare. Comment puis-je les attraper en plein milieu d'un morceau ?! J'ai donc toujours eu la philosophie de placer les contrôles de toutes mes guitares dans le sens logique de l'arc de la main de manière ergonomique pour ne pas avoir à lutter pour les manipuler. Je veux qu'ils soient à portée de main immédiate dans l'esprit d'une performance scénique. Je veux que tout soit utilisable lorsque tu te trouves en plein cœur de la bataille et que tu t'efforces de jouer de ton mieux devant des milliers de gens ! J'ai 2 sélecteurs, un pour alterner entre les micros magnétique et le système piezo, et l'autre pour alterner entre les différentes configurations micro comme sur n'importe quelle guitare. Nous avons volontairement placé ces sélecteurs avec un angle qui suit l'arc logique de la main au lieu de le placer de haut en bas. Ce sont de petits détails mais ils sont importants pour moi. 

Quelles sont les fonctions supplémentaires sur tes potards de volume et de tonalité ?

J'utilise des potards push/push car je déteste les push/pull ! C'est tellement inconfortable de devoir soulever un potard vers le haut lorsque tu te retrouves en plein milieu d'un solo (rires) ! Un push/push à l'inverse convient beaucoup mieux lors d'une performance scénique car tu n'as qu'à taper dessus pour l'activer ou le désactiver. J'ai donc un boost pouvant aller jusque 20db sur le potard de volume. On peut choisir le niveau du boost désiré, rien n'oblige à aller jusque 20db. Cela peut permettre d'obtenir un son qui tord un peu plus sur un canal clair et sur un canal saturé cela fait simplement office de clean boost, c'est très transparent. Lorsque l'on se trouve sur la position centrale, le potard push/push de tonalité permet d'utiliser les 2 micros en configuration simple en parallèle. Ce sont alors les 2 bobines situées vers le centre de la guitare qui sont activées. Il y a beaucoup de sons et de possibilités différentes sur cette guitare. On peut bien sur passer la majorité du temps sur le humbucker en chevalet ou en manche, mais le son splitté en position centrale avec le boost activé sur un canal clair est un son assez cool par exemple. 

Il y a beaucoup de combinaisons de bois différentes pour le corps des Majesty. Est-ce seulement un élément esthétique ou y entends-tu des différences sonores ? 

Pour moi c'est surtout une différence au niveau du son. Les versions en tilleul avec finition opaque ont un son plus metal, elles sont plus précises avec un mordant particulier qui me rappelle toutes ces guitares des années 80. Celles comme la Tiger Eye qui ont les ailes du manche traversant en aulne possèdent un son plus complexe, un peu comme s'il s'agissait d'un vin de Bordeaux aux arômes complexes (rires). Les versions tout acajou ont plus de punch et un son plus épais.    

Peux-tu également me parler des versions asiatiques de Sterling By Music Man ? 

Les versions qui sortent chez Sterling By Music Man sont des versions sous licence de mes guitares fabriquées par une usine en Corée Du Sud. Elles ont un prix plus abordable. En dollar je dirai que mes Music Man s'étalent entre 2500 et 5000 dollars tandis que les Sterling By Music Man se situent entre 899 et 1200 dollars. Il y a justement une nouvelle ligne de mes guitares signature chez Sterling By Music Man en 2020 qui proposent pour la première fois mes micros signature (ndlr : le set Crunch Lab/Liquifire), la touche en ébène et les frettes en acier inoxydable, qui font de ces modèles les plus proches à ce jour de mes modèles Music Man. Ce sont de superbes guitares plus abordables et accessibles pour plus de gens, elles ne sont pas au niveau de mes versions américaines mais elles demeurent de très bonnes guitares. J'ai récemment tourné des vidéos promotionnelles avec ces guitares et lorsque j'ai joué la première que j'ai eu dans les mains, je leur ai dit : "vous vous moquez de moi ? Ces guitares sont géniales !". Elles sonnent vraiment bien et sont très confortables. Presque trop en fait !

Mesa Boogie est très peu coutumier des amplis signature mais tu disposes depuis quelques années du tien avec le JP-2C. Tu as utilisé plein d'amplis Mesa Boogie dans ta carrière et il semble que le Mark IIC+, autour duquel ton ampli signature est basé, soit ton préféré. Le dernier Mesa Boogie de série que tu as utilisé était le Mark V sur lequel tu pouvais obtenir le son du IIC+ sur le canal 3. On peut imaginer que le point de départ de ton ampli signature était d'obtenir le son du IIC+ sur le canal 2 pour ton son "crunch" principal et de laisser vraiment le canal 3 dédié à ton son "lead" n'est-ce pas ? 

Effectivement le Mark IIC+ était mon ampli Mesa Boogie favori et lorsque je jouais sur le Mark V j'ai vite pensé qu'il serait cool de le modifier afin que les canaux 2 et 3 soient identiques. Mais lorsqu'est venu l'opportunité de créer le JP-2C, ma demande a surtout été d'en faire une réédition du Mark IIC+ avec plusieurs améliorations. Ce n'est pas à proprement parler un ampli moderne comme le Mark V, il s'agit vraiment d'un IIC+ avec un circuit identique et le même type de transformateurs que celui d'origine mais nous l'avons décliné sur 3 canaux et l'avons agrémenté de pas mal d'options utiles. Au lieu de proposer un simple panneau de contrôles communs aux 2 canaux et une égalisation graphique comme sur le IIC+ d'origine, le JP-2C propose quant à lui 3 canaux totalement indépendants et 2 égalisations graphiques ainsi qu'un mode intitulé "shred" que l'on peut activer et qui donne un voicing différent à l'ampli. Il y a également une interface MIDI et un CabClone intégré avec une résistance de charge (loadbox), une sortie casque, une reverb à ressort, une boucle d'effets. Nous avons vraiment murement réfléchi cet ampli pour en faire un IIC+ ultime doté de plein d'options utiles ! Il s'agit évidemment pour moi du meilleur ampli Mesa/Boogie jamais crée. Tout ce dont j'ai besoin dans un ampli se trouve dans le JP-2C et il sonne de manière incroyable !

Mesa/Boogie vient d'actualiser son simulateur de haut-parleur en sortant le CabClone IR. Est-il prévu d'actualiser le CabClone du JP-2C à l'avenir du coup ? 

Peut-être, il faudrait que je leur en parle mais au moment où nous faisons cette interview je n'ai pas encore essayé le CabClone IR (ndlr : John l'a essayé depuis et semble l'adorer à en croire cette vidéo).

Les simulations de haut-parleur avec IR (ndlr : réponse impulsionnelle) ont d'ailleurs plus que jamais le vent en poupe. Si l'on regarde les sorties du NAMM 2020, beaucoup prédisent la fin des amplis avec tous les modélisateurs disponibles sur le marché. Je n'irai personnellement pas jusque-là, mais à part pour les pros comme toi, il serait bien possible que les simulations de HP signent la fin des baffles pour la plupart des guitaristes. Suis-tu tout cela de près ? 

Oui je vois tout cela et les amplis à modélisation ou les simulations sont clairement la tendance du moment. Personnellement je me sers à la fois des baffles et du CabClone. En live je continue de repiquer mes baffles avec de vrais micros mais j'envoie également le son du CabClone en direct si bien que notre ingé-son en façade dispose des deux signaux à la fois et peut les mixer à sa convenance. Je n'ai plus vraiment de baffles sur scène, ils sont cachés à l'arrière et repiqués par micro là-bas et j'utilise un système "in-ear" combiné avec des retours dans lesquels nous envoyons un son de guitare vraiment fort (rires) ! C'est vraiment une combinaison que j'adore. Je dispose à la fois d'un mix de très grande qualité et digne d'un album studio dans mes oreillettes tout en ayant la puissance, la sensation et le mouvement d'air généré par mes retours, c'est une combinaison absolument géniale que je recommande chaudement ! C'est vraiment super d'avoir à la fois un son net et précis dans les oreilles et de pouvoir malgré tout toujours ressentir dans mes jambes la puissance procurée par un gros riff joué sur une guitare 7 cordes ! En studio, j'ai composé "Distance Over Time" en utilisant uniquement le signal du CabClone en direct sur des enceintes de monitoring et ça sonnait franchement bien. J'ai fait toutes mes démos ainsi et j'étais assez impressionné par le résultat. Ceci étant dit, lorsque nous avons fini par placer un micro devant un véritable baffle… c'était le jour et la nuit (rires) ! Nous avons donc gardé l'approche traditionnelle pour enregistrer l'album, mais je n'ai aucun problème à me servir du CabClone pour la composition ou l'enregistrement des démos et j'essaierai donc le nouveau, le CabClone IR pour voir ce que cela donne.

 

Il est de notoriété publique que tu as renoué ton amitié avec Mike Portnoy depuis quelques années. Il serait évidemment assez irrespectueux pour Mike Mangini d'alimenter des spéculations quant à un retour de Mike Portnoy dans Dream Theater, mais y-a-t-il une possibilité de vous revoir activer votre autre groupe Liquid Tension Experiment ? 

Il y a toujours une chance pour que les choses se produisent dans la vie. Nous en avons déjà parlé ensemble à vrai dire et avec Jordan Rudess aussi d'ailleurs. Ce serait vraiment cool de refaire quelque chose avec Liquid Tension Experiment et je sais que Mike peut avoir plein de projets en même temps, mais même si nous sommes tous partants dans l'idée, nous sommes également tous très occupés. Dream Theater est tout le temps en tournée, il en va de même pour Mike avec tous ces différents projets. Puis il ne faut pas oublier que Tony Levin a lui aussi une carrière très prenante. Il y a donc une possibilité pour que cela se fasse, la porte est clairement ouverte, mais il faudra trouver le bon moment, celui où nous aurons tous les quatre en même temps quelques mois de repos hors de nos différents projets pour consacrer du temps à Liquid Tension Experiment. Mais c'est un projet qui nous tient à cœur, nous avons passé tellement de bons moments à faire ces deux albums et cela a également été un moment décisif dans la carrière de Dream Theater car c'est à partir de ce projet que Jordan Rudess a intégré le groupe. Ces albums ont donc été très importants pour moi (ndlr : depuis cette interview, John Petrucci a mis en boite pendant le confinement son nouvel album solo "Terminal Velocity" avec Mike Portnoy à la batterie !). 

Neil Peart est décédé le 7 janvier dernier et la musique de Rush ayant considérablement influencé Dream Theater, nous avons pensé que tu voudrais peut être lui rendre hommage.

Plus nous vieillissons et plus de musiciens que nous aimons disparaissent et c'est vraiment triste et cela nous fait vraiment mal lorsque nous aimions leur musique. Mais il y en a certains pour qui cela fait encore plus mal, tant leur musique a eu du sens et de l'impact sur ta vie, et c'est exactement ce que j'ai ressenti pour Neil Peart. J'étais dévasté, je ne savais même pas qu'il était malade à vrai dire. Rush est tout simplement mon groupe favori, toutes époques et genres confondus. C'est ma plus grande influence musicale et c'est également grâce à Rush que j'ai connu John Myung et Mike Portnoy à l'école de Berklee. Nous nous sommes rencontrés parce que nous étions tous les trois fans de Rush. J'allais les voir à chaque fois qu'ils passaient sur New York, j'achetais tous leurs albums, leurs t-shirts, je vénérais les chansons et j'essayais d'apprendre à les jouer en émulant leur son de guitare. Mais il y a un autre aspect des choses à considérer avec le fait qu'écrire des paroles pour nos chansons est mon autre passion et Neil Peart est ma plus grande influence en tant que parolier. Je suis tellement fan de ces textes, sa capacité à raconter des histoires, sa créativité et les messages qu'il fait passer. C'est le truc qui rend Neil si unique. Il était déjà tellement bon et créatif à la batterie, lorsque tu l'écoute tu ne peux pas t'empêcher de faire du "air-drumming", cela aurait pu s'arrêter à ses talents de batteur qu'il serait déjà un immense artiste, mais tu ajoutes encore à cela le poids immense de ces paroles sur l'univers de Rush, sur les messages qu'elles font passer dans leurs albums et leurs prestations scéniques. Le discours était profond, ça allait beaucoup plus loin que de simples histoires d'amour et de drogues. Il avait des paroles qui pouvaient te faire réfléchir, des histoires fictionnelles absolument passionnantes, il savait te stimuler l'esprit et même écrire des choses touchantes comme dans la chanson "Mission" par exemple. Voir et entendre Rush a eu un impact émotionnel tellement fort sur moi que lorsque Neil est parti j'ai ressenti un énorme vide et je me suis dit que le monde artistique venait de souffrir d'une énorme perte. Mais Neil nous a laissé un héritage incroyable !      

Tous nos remerciements à Nidhal Marzouk pour les photos de Live.

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