Comparatif de 6 nouvelles pédales d'effets Fender

- Le 08 Juin 2018
Fender n'en est pas à son premier coup d'essai en matière de pédales d'effets pour la guitare mais rares sont celles qui sont passées à la postérité. La nouvelle série d'effets lancée en début d'année va-t-elle changer la donne ? La marque va-t-elle enfin prendre pied dans ce marché qui se refuse à elle ? Quoiqu'il arrive, ils se sont donné les moyens en allant dans la diversité avec une série de 6 pédales d'effets comprenant une reverb, un delay, une overdrive, une distorsion, un compresseur et un buffer... De quoi se faire un pedalboard totalement Fender ?

Pensées pour le studio et la scène ? 

Loin de la tendance à la miniaturisation, le format des pédales d'effets Fender est plutôt costaud ! Même les deux plus petites pédales de la série, le Level Set Buffer et le compresseur The Bends, sont plus massives que des pédales au format Boss par exemple. 

L'équipe qui a conçu cette série d'effets a semble-t-il compris que le nom seul de Fender ne garantirait pas le succès. Exit le look et la construction cheap des plus récentes tentatives, ici on n'a rien à craindre du côté de la robustesse de ces pédales dont le châssis en aluminium pourra encaisser les outrages de la scène. Même visuellement, on sent qu'ils ont lorgné du côté de ce qui se fait de mieux - c'est subjectif, j'en conviens - en matière d'esthétique de pédales d'effets. On pense vaguement à Strymon au premier coup d'œil.

En parlant de scène, on appréciera le petit switch qui permet de rétro-éclairer les potentiomètres par une LED bleue permettant ainsi de visualiser directement les réglages de la pédale en condition de luminosité faible. L'autre plus qui facilite la vie sur scène, c'est le logement de la pile 9 Volts qui est accessible via une trappe aimantée en bas de la pédale. Pas besoin de tournevis, ni de retourner la pédale... Tout est facilement accessible au cas où votre alimentation tomberait en panne. 

Du côté des fonctionnalités, ces pédales ne sont pas avares en réglages pour travailler le son au mieux. Ceci peut rendre l'usage live de ces effets un peu plus complexe mais en fait des outils plutôt intéressants pour le studio. Le compromis est loin d'être idiot ! 

Santa Ana Overdrive

Le monde de la guitare avait-il besoin d'une nouvelle pédale d'overdrive ? Vu l'offre pléthorique, on peut se poser la question et je n'ai pas de réponse ferme à y apporter. Par contre, il est clair que Fender avait besoin d'une bonne overdrive au risque de ne pas paraître sérieux. La bonne nouvelle, c'est que la Santa Ana Overdrive ne déçoit pas.

La Santa Ana Overdrive procure un son granuleux très agréable et très équilibré en terme de fréquences lorsque tous les potards sont réglés à midi. Les basses ne bavent pas et les aigus ne sont pas agressifs. Pour moi, le point fort de cette overdrive est de permettre un bon travail sur les fréquences médium d'abord, via le potentiomètre Middle de l'EQ, mais aussi via le potentiomètre de Presence. 

Mais l'action sur les fréquences médium ne s'arrête pas à ces deux contrôles. Le switch Voice permet par exemple de les atténuer en passant sur le voicing B, ce qui fait ressortir un peu plus les basses. Par ailleurs, le footswitch boost peut opérer soit en boost de gain ou boost de volume. Le boost de gain donne un caractère plus mordant au son en faisant ressortir les fréquences médium. 

Sans être d'une originalité incroyable - est-ce encore possible en matière d'overdrive ? - la Santa Ana Overdrive n'est pas une énième copie de clone de Klon ou de Tube Screamer. Et ça, c'est très bien, d'autant que c'est une overdrive aux sonorités assez polyvalentes pour accompagner le guitariste un peu où il veut. 

Prix public : 180€ TTC

0'00'' à 0'04'  : Son de base sans overdrive – Guitare de type Telecaster

0'04'' à 0'08'' : Son overdrive tous les réglages à midi

0'08'' à 0'55'' : Overdrive Voice a puis Voice B – Guitare en position inter micro chevalet + manche

0'55'' à 1'42'' : Variation du niveau de drive puis drive boost - Guitare sur le micro chevalet

1'42'' à fin : quelques sons en micro chevalet puis manche à différents niveaux de drive

Pugilist Distortion

Les deux circuits de gain indépendants font que cette pédale de distorsion mérite bien son nom de pugiliste. Son utilisation est simple. Chaque circuit a son propre réglage de tonalité et de gain, rien que de très classique pour une pédale de distorsion. La Pugilist Distortion peut fonctionner avec les deux circuits en mode Series ou en mode Blend (les deux circuits en parallèle). En mode Series, on obtient un son bien gras avec une très grosse réserve de gain qui permet d'aller chercher des saturations très épaisses. En mode Blend, le son est plus brillant et brut qu'en mode Series, à savoir moins gras et plus ouvert dans les fréquences aiguës. 

En mode Blend, le potentiomètre de Blend permet de faire varier le mélange des deux circuits. Le rendu de chacun des circuits indépendamment se rapproche plus de celui d'une overdrive. On peut ainsi passer d'un son entièrement produit par le circuit A relativement sombre à un son entièrement produit par le circuit B beaucoup plus brillant, en passant par toutes les possibilités de mélange des deux circuits. 

La Pugilist Distortion est une pédale très polyvalente qui permet de couvrir à peu près tous les besoins du guitariste moyen en terme de distorsion, à savoir du léger overdrive à une distorsion bourrée de gain, le tout avec pas mal de flexibilité. 

Prix public : 100€ TTC

0'00'' à 0'04'  : Son de base sans distorsion – Guitare de type Telecaster

0'04'' à 0'20'' : En mode Series – Tous les réglages à midi

0'20'' à 0'34'' : En mode Blend – Tous les réglages à midi

0'34'' à 1'08'' : Circuit A gain au 1/4 et Circuit B au 3/4 d'abord en mode Series puis en mode Blend

1'08'' à 2'07 : quelques sons à différents niveaux de gain en mode Series sans puis avec Bass Boost

2'07'' à 2'35'' : Circuit A gain au 3/4 et Circuit B gain au 1/4 d'abord en mode Series puis en monde Blend

2'35'' à la fin : Mode Blend potentiomètre de Blend à Midi puis tout A (gauche) puis tout B (droite) puis mode Series.

Marine Layer Reverb

Au pays des reverbs, il y en a pour tous les goûts, de la reverb analogique émulant une reverb à ressorts aux pédales complexes avec X modes de réverbération différents. Les concepteurs de chez Fender ont fait le choix de couper la poire en deux pour proposer un effet qui puisse être utile et plaire à un maximum de guitaristes. 

La Marine Layer Reverb propose 3 modes : Hall, Room et Special. Les modes Hall et Room sont très classiques et il n'y a rien à signaler dans la mesure où ils font le boulot sans surprise. Le mode Special est une shimmer reverb à savoir une reverb qui produit des harmoniques à l'octave supérieur grâce à un pitch-shifter. Le petit plus de la Marine Layer, c'est la fonction Dry Kill qui permet de ne garder que le signal traité sans le signal dry. On entend la reverb sans l'attaque sur les cordes. C'est déjà intéressant sur les modes Hall et Room. Sur le mode Special c'est excellent pour tous les adeptes de nappes sonores faites à la guitare.

Par ailleurs, ils n'ont pas été avares en réglages pour tirer le maximum de la Marine Layer Reverb. On retrouve les traditionnels réglages de Time et Damping qui permettent de régler la diminution du signal traité (decay) ainsi qu'un Pre-Delay qui permet de donner un peu d'espace et de clarté au son. Et enfin, les switch Variation et Filter permettent de donner encore plus de flexibilité à chacun des modes Hall, Room et Special. Avec autant de réglages et de modes à disposition, attendez-vous à passer un peu de temps pour tirer le maximum de la Marine Layer Reverb. Ceci dit, c'est toujours amusant de faire joujou avec une reverb, alors on ne va pas se plaindre...

Prix public : 130€ TTC

0'00'' à 0'08'' : Son de base sans reverb – Guitare de type Telecaster

0'08'' à 1'07'' : Reverb Hall – Pre-Delay court – Passage de Time court à long sur les types de Variation 1 et 2 – Filtre ON sur la fin

1'07'' à 1'45'' : Reverb Room – Même séquence que précédemment

1'45'' à 3'34'' : Reverb Special – Méme séquence que précédemment

3'34'' à fin : Quelques sons supplémentaires en shimmer, dry kill et room. 

Mirror Image Delay

Pour la conception du Mirror Image Delay, les ingénieurs de Fender se sont probablement posé les mêmes questions que pour la Marine Layer Reverb. On sent qu'ils ont dû faire des choix pour que ce delay soit utile au plus grand nombre. Du coup, sa conception est assez proche de celle de la reverb. 

Le Mirror Image Delay est une pédale de delay numérique qui permet d'avoir trois types de delay : Analog, Digital et Tape. On retrouve les réglages classiques Depth, Rate, Feedback et Time ainsi qu'un switch Dotted 1/8 (croche pointée) et un switch Variation proposant deux types de variations pour chaque type de delay.  

Avec tout ça on peut toucher tout un tas d'effets que les guitaristes affectionnent, du slapback delay à des sons plus aériens, utiles pour créer des ambiances sonores planantes. Le delay Tape a un côté lo-fi assez intéressant, surtout quand on pousse certains réglages pour dégrader le signal traité. Je n'ai regretté qu'une chose avec cette pédale de delay : qu'on ne puisse pas la faire partir en auto-oscillation... Je sais, c'est un peu un effet tarte à la crème mais j'aime bien ! Le Mirror Image Delay est une pédale qui peut demander pas mal de temps d'exploration pour trouver les sons qui vous conviennent bien. 

Prix public : 130€ TTC

0'00'' à 0'08'' : Son de base sans delay – Guitare de type Telecaster

0'08'' à 0'50'' : Les 3 types de delay Digital, Analog puis Tape - Réglages : Delay Time 3/4 – Dotted 1/8 off - Variation 1

0'50'' à 1'45'' : Quelques sons en delay Digital

1'45'' à 2'34'' : Quelques sons en delay Analog

2'34'' à 3'10 : Quelques sons en delay Tape

3'10'' à 3'45'' : Quelques sons en Time court et Feedback long en passant de Digital à Analog puis Tape

3'45'' à la fin : Quelques sons supplémentaires

The Bends Compressor

La pédale The Bends Compressor m'a laissé quelque peu perplexe pour deux raisons. D'abord, je ne suis pas un utilisateur forcené de compresseur que j'apprécie surtout pour jouer des cocottes funk. Ensuite, j'ai mis du temps à trouver un réglage qui me plaise, essentiellement parce que j'ai pas mal tâtonné pour trouver le niveau de Drive qui me convienne. Ce réglage, qui contrôle la quantité de compression appliquée au signal le sature beaucoup quand il est poussé et agit de façon très - voire trop – subtile, en-deçà de la moitié de la course du potentiomètre. 

Au final, c'est un compresseur qui peut altérer le son de façon très subtile ou de façon plus extrême, presque comme si on ajoutait une overdrive dans la chaîne*. C'est probablement ce qui m'a perturbé à l'essai. Sur les réglages plus classiques - pour moi en tout cas - le contrôle de Blend est un ajout intéressant qui permet de mêler signal compressé et signal dry afin de garder un son plus vivant. 

Au rayon des fonctions anecdotiques, la LED du compresseur passe du blanc au rouge suivant votre jeu, la durée de la luminosité indiquant le temps durant lequel le signal est compressé.  Ça a tout d'une option gadget - à moins que vous ne poussiez le vice jusqu'à contrôler visuellement ce que vous entendez - mais ça égaie un peu le pedalboard !

Prix public : 115€ TTC

Level Set Buffer

Je ne m'étendrais pas longuement sur le Level Set Buffer, essentiellement parce que la nature même du buffer est d'agir subtilement pour réajuster le signal et non pas pour créer un nouveau son. C'est d'abord utile lorsqu'on multiplie pédales et câbles dans la chaîne, ce qui peut avoir comme conséquence de perdre du signal dans le haut du spectre le plus souvent. C'est aussi utile lorsqu'on change de guitare pour passer d'une guitare à faible niveau de sortie à une guitare à haut niveau de sortie… Et vice-versa. 

La plupart des buffers du marché sont de simples boîtes sans boutons de réglage qu'on branche et qu'on oublie sur le pedalboard. Ce n'est pas le cas du buffer de Fender. Le Level Set Buffer a un réglage de niveau (Level) et un réglage Hi-Freq qui permet d'ajuster au mieux les fréquences dans le haut du spectre. En outre, il possède un footswitch qui, une fois enclenché, agit comme un mute. À l'usage*, il n'y a rien à signaler !

Prix public : 100€ TTC

Essai transformé ?

Seul l'avenir nous dira si Fender va enfin s'installer dans le marché des pédales d'effets. De mon point de vue, ce serait mérité, ne serait-ce que pour la Santa Ana Overdrive et la Pugilist Distortion qui réussissent à être assez originales dans le paysage déjà bien saturé des overdrive/disto. La Marine Layer Reverb et le Mirror Image Delay sont assurément de bonnes pédales d'effets mais m'ont un peu plus laissé sur ma faim parce qu'elles se distinguent moins de ce qui existe déjà sur le marché. Enfin, le compresseur The Bends et le Level Set Buffer proposent quelques fonctionnalités originales pour des effets souvent méconnus.

Quant à savoir s'il est possible de se constituer un pedalboard cohérent entièrement équipé de pédales Fender, je crois que la réponse est oui ! Un tel pedalboard couvrira à peu près tous les besoins du guitariste lambda. 

* Dans ce test, je n'ai pas mis d'extraits sonores du compresseur The Bends et du Level Set Buffer parce que du fait de la nature de ces effets, il est assez difficile de capturer ce qu'ils apportent au signal.

Les Plus :

 - Fonctionnalités.
 - Beaucoup de possibilités de travail du son.
 - Robustesse.

Les Moins :

 - Les partis pris pour le Mirror Image Delay et la Marine Layer Reverb un peu tièdes. On aurait aimé qu'ils aillent plus loin dans les choix qu'ils ont faits.

Notes :

 - Santa Ana Overdrive : 9/10
 - Pugilist Distortion : 9/10
 - Marine Layer Reverb : 7/10
 - Mirror Image Delay : 7/10
 - The Bends Compressor : 6/10
 - Level Set Buffer : 9/10

Distribution
Produit Fender distribué par Fender.