Le sociologue allemand Götz Eisenberg qui a analysé les massacres dans les écoles en Allemagne souligne que les tueurs ne proviennent pas de "quartiers difficiles" ou de milieux prolétaires ou sous-prolétaires où une certaine violence fait partie de la vie, mais des classes moyennes, des familles "sans histoires", où toute expression des tensions sous forme de violence est taboue. Les jeux vidéo violents y fleurissent et peuvent aboutir au désir de les transposer dans la réalité.
Le public ressent obscurément que ces tueries, appelés
amok, nous indiquent une vérité cachée et que les massacreurs expriment cette pulsion de mort qui hante, plus ou moins, tous les sujets de la société marchande.
On peut lire à ce propos deux livres d'Eisenberg dont
damit mich kein Mensch mehr vergisst ! Warum Amok und Gewalt kein Zufall sind [ainsi, personne ne m'oublie plus ! Pourquoi l'amok et la violence ne sont pas dûs au hasard].
chix4free a écrit :
En tous cas, le background politico-intellectuel de Breivik révélerait
un individu complexe : islamophobe et anti-marxiste mais aussi pro-sioniste et pro-gay avec une admiration pour Winston Churchill et le fameux résistant norvégien Max Manus...
On est loin du néo-nazi de base...
Complexe je ne sais pas, je dirais plutôt confus et perdu. Breivik se réclame aussi du manifeste anti-technologique de Theodore Kaczynski (Unabomber) qui lui est remarquable, contrairement au pensum de 1500 pages du Norvégien. Le texte de Kaczynski va droit à l'essentiel et atteint le centre du système universel de la dépossession : l'extinction de toute liberté individuelle dans la dépendance de chacun vis-à-vis d'une machinerie technique devenue nécessité vitale.