Deux grands photographes japonais sont à l'honneur en ce moment à Paris : Daido Moriyama à la Fondation Henri Cartier-Bresson et Kazuo Kitai à la Maison de la Culture du Japon.
"Moriyama Quartet" réunit en un seul volume quatre de ses photolivres les plus importants : Japan: A Photo Theater, A Hunter, Farewell Photography et Light and Shadow.
Kazuo Kitai, sans être aussi connu que Shomei Tomatsu, Araki ou Hiroshi Sugimoto, reflète dans son œuvre les mouvements sociaux des années 1960-1970, les manifestations étudiantes et la vie rurale japonaise en voie de disparition.
D'autres livres sur le Japon qui me semblent intéressants :
Les feux, de Shohei Ooka, un roman dur et intense, l'un des plus grands récits sur la déchéance humaine engendrée par la guerre. Adapté au cinéma en 1959.
Un passage très évocateur du livre récent de Philippe Pons, Tokyo-Bohème (page 77) :
Nombreux sont les artistes et écrivains qui ont évoqué la vie et les mœurs de la capitale. En particulier le quartier d'Asakusa. Kawabata (1899-1972) et Tanizaki (1886-1965) furent fascinés par l'effervescence de ce grand "bastringue" des années 1920, de même que le poète et romancier Takami Jun (1907-1965), auteur de "Haut le cœur", fresque sur les bas-fonds nourrie de son expérience personnelle. Ce livre fut salué comme un chef-d'œuvre par Kawabata et Mishima.
Nagai Kafû (1879-1959), écrivain difficile à classer à bien des égards, occupe une place particulière dans le cœur des lecteurs japonais. De même qu’Ihara Saikaku fut le chantre d’Osaka, il fut celui de Tokyo. Jusqu’à sa mort, il parcourut inlassablement les méandres de la ville basse, à l’instar de Francis Carco qui, à la même époque, arpentait le Paris populaire et interlope. Kafû fut un témoin mélancolique qui, au fil de promenades baudelairiennes, assista à la disparition d’un monde s’effaçant sous ses yeux.
Les lieux décrits par Kafû avaient pour la plupart disparu au début des années 1970, lorsque je commençai à les rechercher. Et pourtant, quel meilleur guide pour l’étudiant découvrant cette ville que les écrits de cet infatigable promeneur ? Une mine que vinrent compléter, des années plus tard, les récits de celui qui fut son émule : Edward Seidensticker (1921-2007). Il consacra son ouvrage "Low City, High City" à la mémoire de Kafû, auquel il avait déjà dédié une biographie accompagnée de traductions de plusieurs de ses textes.
Ce grand spécialiste de la littérature japonaise savait transmettre l’émotion que lui inspirait la disparition de la ville basse. Chez Edward Seidensticker, une vaste érudition se conjuguait à un profond attachement au « terrain ». Promeneur infatigable, curieux des secrets de Tokyo, il me conduisait à travers les quartiers qu’il affectionnait, faisant revivre l’histoire de la ville au rythme de déambulations qui s’achevaient souvent dans les tavernes d’Asakusa ou de Negishi.