Je me suis sentie libre…
Quand j’ai appris la mort de mon père - Quand les gens qui savaient comment je devais faire se sont barrés - Quand je suis tombée en panne et que j’ai dû décommander mes rendez-vous du jour - Quand j’ai passé l’après-midi en visite dans cette maison de retraite sans radio, sans TV, sans portable, sans panneaux publicitaires, sans cigarettes - Quand j’ai décidé que je ne me marierai pas - Quand les entretiens d’embauche n’aboutissaient pas
Je me suis sentie libre…
Quand j’ai dormi dans du foin - Quand j’ai jeté mes piles de papier à garder - Quand on m’a parlé de cette fête branchée où je ne pouvais pas aller - Quand j’ai décidé que je ne laisserai plus personne avoir d’emprise sur moi - Quand j’ai renoncé à me tenir au courant - Quand j’ai arrêté de m’intéresser aux gens que je n’intéresse pas
Je me sens libre…
Quand je ne suis pas à la mode - Quand je mange à 17h et non à 20 - Quand je vais en septembre sur une plage nettoyée des piscines en plastique, flotteurs, drapeaux, baraques à beignets et cabines - Quand je ne prends pas la route le week-end de pentecôte - Quand je n’appelle pas Trucmuche à tel numéro comme me l’ordonnent les affiches murales ou les messages “personnels” - Quand je m’exprime dans un média libre
Je me sens libre…
Quand je fais ce que j’ai envie de faire sans que la maladie ou l’épuisement ne m’en empêche - Quand je peins chez moi en couleurs au lieu de “tout en blanc, ça fait clair” - Quand le silence règne autour de moi - Quand on m’invite à un mariage et que je dis “Non, merci” - Quand je n’ai pas peur - Quand je sors du cinéma les mains libres pendant que les autres cafouillent dans les priorités d’allumage du portable et de la clope
Je me sens libre…
Quand je ne vais pas au cimetière le 1er novembre vérifier que la cousine a mis une plante moins chère que la mienne - Quand le jour se lève - Quand j’apprends des choses - Quand je respecte un code respectable (celui de la route, par exemple) - Quand je croise des êtres gais et heureux
Je me sens libre…
De ne pas me soucier de la météo, de mon horoscope, des statistiques, des meilleures ventes et de l’opinion du psy - De ne pas me sentir appartenir à un sexe, une classe, une région, une corporation ou un clan quelconque - De ne pas me soucier de “faire mon deuil”, “construire mon identité” ou “faire un travail sur moi” - De fumer une cigarette sans envie d’une deuxième, de boire un cognac sans en faire autant le lendemain, de regarder la télé avant de l’éteindre pour des mois, de converser avec quelqu’un en le laissant repartir - De me nourrir et de me vêtir sans utiliser de cadavres - De renoncer à jouer “mon plus beau rôle, maman” - De ne pas me mettre avec quelqu’un à tout prix “pour ne pas être toute seule” - De ne pas regarder l’émission “qui est archi nulle mais qu’il faut quand même voir ce que c’est”
Je me sens libre…
Quand je ne suis pas à la mode - Quand je mange à 17h et non à 20 - Quand je vais en septembre sur une plage nettoyée des piscines en plastique, flotteurs, drapeaux, baraques à beignets et cabines - Quand je ne prends pas la route le week-end de pentecôte - Quand je n’appelle pas Trucmuche à tel numéro comme me l’ordonnent les affiches murales ou les messages “personnels” - Quand je m’exprime dans un média libre
ca vient de
là...
Il ne faut pas confondre faire feu sur le gibier et tirer la chasse. (André F.)