Le PDG de Gibson répond aux rumeurs de banqueroute

Judicaël Tribillac - Le 28 Février 2018
Le PDG de Gibson répond aux rumeurs de banqueroute
Dans le cadre d'une interview parue sur le site Billboard, le PDG de Gibson Henry Juszkiewicz explique les raisons qui d'après lui font que Gibson se trouve dans la tourmente avec 375 millions de dollars à rembourser ou refinancer dans les 6 mois. Et si vous êtes revendeur ou amateur des guitares des années 50, genre Les Paul par exemple, bonne nouvelle avec les températures actuelles car vous allez être rhabillés pour l'hiver !

Le feuilleton Gibson continue...

Pour ceux qui ont raté les épisodes précédents je vous invite à consulter l’article que nous avons consacré à la délicate situation financière de Gibson qui doit comme expliqué en introduction rembourser ou refinancer une importante partie de sa dette à hauteur de 375 millions de dollars sans quoi des pénalités de 145 millions supplémentaires viendront s’y ajouter mettant potentiellement en péril l’avenir de l’entreprise. S’agissant d’une des rares marques de guitares connues du grand public, les médias généralistes ont eux aussi relayé l’information. Gibson s’est attaché les services de la banque d’investissement Jeffries pour trouver des solutions et Henry Juszkiewicz a choisi de s’exprimer dans une interview accordée à Bilboard pour d’abord se montrer rassurant puis pour partager sa vision des problèmes du marché de la vente de guitares dans son ensemble.

Pour commencer Henry Juszkiewicz indique que les ventes de Gibson à son réseau de revendeurs lors de la fin d’année 2017 ont dépassé les objectifs élevés que le groupe s’était fixé. Il souligne que les ventes aux consommateurs seraient également en hausse, ce qui est une bonne nouvelle pour les revendeurs puisque Gibson offre généralement de bonnes marges et pour les utilisateurs puisque les ventes traduisent une satisfaction du produit. L’article souligne tout de même une baisse de chiffre d’affaire de 2.1 à 1.7 milliards de dollars sur les 3 dernières années.

Alors la faute à qui ? Réponse simple : aux autres ! 

Juszkiewicz pointe fort logiquement du doigt la crise financière de 2008 qui a vu la plupart des marchés de vente perdre 30%, un phénomène dont l’industrie de la vente d’instruments de musique peine encore aujourd’hui à se remettre. Le E-commerce est un autre coupable qui voit Amazon devenir le second plus important employeur aux Etats-Unis, au détriment des magasins « en dur » qui craignent pour leur avenir. D’un côté il décrit les guitares comme des pièces uniques fabriquées à partir de pièces de bois ayant toujours même une infime différence qui pourra être ressentie par l’utilisateur, ce qui est plutôt un bon argument pour les magasins et le test d’une guitare avant l’achat. Puis d’un revers de la main, il balaye son propre argument en disant envisager vendre directement en ligne aux consommateurs !  

Les revendeurs en prennent ensuite pour leur grade, puisqu’on apprend d’abord que les magasins de musique sont implantés dans les quartiers peu fréquentables décrits comme « pornography district » ce qui dissuaderait à la fois les parents d’y emmener leurs enfants et les femmes de s’y rendre seules. D’où la perte d’après lui de bon nombre de clients potentiels… Il utilise aussi l’exemple d’un vendeur (ou d’un stagiaire ?) qui aurait laissé un client en plan dans le magasin manquant ainsi une belle opportunité de vente, ce qui selon lui la preuve du manque de compétence des vendeurs en général… Juszkiewicz estime également qu’il n’y a nulle part où s’assoir dans les magasins et que les plus belles guitares sont inaccessibles pour éviter le vol, offrant ainsi une mauvaise expérience aux consommateurs… Et tiens en parlant des guitaristes, ils ont eux aussi leur part de responsabilité puisque les puristes défendent les produits des années 50 au détriment des innovations… Un comble pour une marque comme Gibson dont le succès commercial repose en partie sur le design de la Les Paul, sortie pour rappel en 1952…

Et les solutions alors ?

Bref autant d'accusations gratuites et infondées pour la plupart qui font regretter qu'il n'y ait aucune remise en question dans les propos de Juszkiewicz sur les différentes stratégies qu'il impose depuis des années que ce soit dans le développement des gammes de produits où l'on se perd parfois, les investissements dans les marques grand public d'audio ou encore les coûteuses innovations telles que le système G-Force imposé sur tous les modèles 2015, un accessoire qui comme l'évoquions à l'époque, s'adresse plutôt aux débutants… Rien non plus sur la politique commerciale imposée d'une main de fer aux revendeurs contraints à de lourds investissements pour avoir et surtout conserver les différentes marques Gibson, Epiphone, etc.

On aurait préféré que Gibson prenne la parole pour envoyer un message positif avec des solutions encourageantes et fédératrices. Le catalogue Gibson regorge de guitares acoustiques et électriques que beaucoup de guitaristes rêvent de posséder un jour pour peu que les contrôles qualité s'améliorent. Alors pourquoi vouloir sans cesser réinventer la roue plutôt que d'écouter et répondre aux désirs du client final ? Puisqu'il évoque à juste titre cette fois le besoin de séduire de nouvelles générations de guitaristes, pourquoi ne pas créer une nouvelle marque sur laquelle ces innovations et autres coloris détonants sortis récemment pourraient trouver leur public pour des tarifs plus en rapport avec les moyens financiers des aspirants guitaristes ? La situation est grave mais pas désespérée... Et vous, que feriez-vous pour relancer Gibson ? 

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