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Le 26 juin 1995, un mystérieux commando armé a failli assassiner le président égyptien Hosni Moubarak en visite officielle à Adis Abeba. Le « raïs » s’en est tiré de justesse mais l’on a compté douze impacts de Kalachnikov sur le flanc droit de sa Mercedes blindée.
Cette affaire oubliée depuis longtemps est pourtant à l’origine de l’une des opérations les plus secrètes du Mossad (les Renseignements extérieurs israéliens) qui, pendant plusieurs années, réussi à infiltrer l’entourage direct d’Oussama Ben Laden sans arriver toutefois à le « liquider ».
En effet, incapables de trouver une piste les menant aux auteurs de l’attentat contre Moubarak, les services de sécurité éthiopiens ont rapidement demandé l’aide des Moukhabarat (services secrets) égyptiens, qui n’ont pas davantage fait progresser l’enquête même s’ils avaient rapidement découvert que l’attaque avait été préparée au Soudan.
Le Caire s’est alors tourné vers Washington où une équipe spéciale a été formée. Dans la foulée, les Américains ont demandé l’aide du Mossad. Itzhak Rabin, alors Premier ministre, a également autorisé l’Aman (les Renseignements militaires) à participer à l’opération par le biais de l’Unité 504, une structure qui ne porte plus le même nom aujourd’hui mais qui est toujours chargée de recruter et de manipuler des sources dans les pays arabes. Y compris au Soudan où Oussama Ben Laden avait basé son « Front islamique contre les Juifs et les croisés », l’ancêtre d’Al Qaeda, et y menait déjà des opérations anti-occidentales.
Certaines des sources israéliennes étaient déjà en contact avec des membres du Jihad islamique égyptien, un groupe également basé au Soudan et dirigé par Ayman Al Zawahiri, un Egyptien appelé à devenir l’idéologue d’Al Qaïda, ainsi que des milices composées de musulmans ayant combattu en Afghanistan. C’est d’ailleurs grâce à leurs tuyaux que le Mossad a découverts que l’activité de ces jihadistes était partiellement financée par une entreprise de construction basée en Arabie Saoudite ou dans un pays voisin et baptisée « Al Qaida ».
Cette firme était gérée par une jeune femme apparentée à Ben Laden. Voilée des pieds à la tête, dynamique et multilingue, elle passait pour la femme de confiance du terroriste. En tout cas, elle gérait ses rendez-vous téléphoniques et son agenda. Encore fallait-il la convaincre de collaborer avec les services israéliens. Pour cela, le Mossad a d’abord recruté certains de ses proches qui ont, moyennant monnaie sonnante et trébuchante, « travaillé » la secrétaire afin qu’elle livre des informations. Une bonne tactique puisque la jeune femme a finalement livré de bons tuyaux mais sans vraiment se douter qu’elle les donnait à Israël.
Jusqu’en 1998, soit trois ans avant l’attentat du 11 septembre 2001 à New York, le Mossad qui transmettait des notes rédigées en anglais à la CIA et au Moukhabarat égyptien, a donc été informés du moindre déplacement de Ben Laden, de la couleur et des numéros de plaques des 4X4 dont il changeait régulièrement.
Grâce à l’Unité 8200 de l’Aman (chargée des interceptions électroniques), le téléphone satellitaire « Iridium » de Ben Laden a été placé sur écoute permanente. Dans la foulée, la jeune femme a fourni des renseignements sur les contacts de plus en plus fréquents de son patron avec Al Zawahiri puis, plus tard, sur la préparation de son départ du Soudan et sur son installation en Afghanistan afin d’y créer des bases d’entraînement plus importantes que celles existantes
A l’époque, les services occidentaux connaissaient mal Ben Laden et le Mossad était l’un des rares services à s’y intéresser sérieusement à Ben Laden. Au point de préparer sa liquidation par un commando spécial. Pourquoi celle-ci n’a-t-elle finalement pas été ordonnée ? Par manque de moyens financiers parce d’autres services étrangers ne voyaient pas – encore- l’intérêt d’une collaboration avec Israël à ce propos. De plus, Ben Laden était méfiant au point d’en devenir paranoïaque. Lorsqu’Israël a vraiment été envisagé de passer à l’action, il était donc trop tard : le terroriste lui était devenu inaccessible et le Mossad n’était plus à même de le retrouver.
N'empêche, 10 ans que les Delta Force américains le traquent, dans une discrétion improbable à l'heure d'aujourdh'ui où tout se sait à la seconde près, je trouve ça impressionnant....