jules_albert a écrit :
l'excellent livre de michel bounan (ex-médecin de debord) est lisible sur google books:
http://books.google.com/
voilà un compte rendu de ce livre:
http://zapa.over-blog.com/arti(...).html
De cette invraisemblance, Bounan tire un constat : le terrorisme, loin d’être une inévitable malédiction du temps présent, est l’outil privilégié d’Etats ou de pouvoirs divers cherchant à (re)conquérir une légitimité. Les états modernes se comportent comme des mafias relookées. Avec un but : se poser en protecteur pour mieux régner, encourager la terreur tout en se posant en seul recours à cette terreur. Simple retour aux vieilles recettes de psychologie élémentaire : faire peur c’est dominer.
Agiter le chiffon du terrorisme, l’encourager de facto, permet de mieux enrégimenter des sujets effrayés (deux chiffres révélateurs : en 1995, juste après l’attentat d’Oklahoma City, 58% des Américains se déclarent d’accord pour renoncer à certaines libertés afin de faire barrage au terrorisme. Et en septembre 2001, juste après les attentats du 11 septembre, la popularité de Bush passe subitement de 55 à 86% dans les sondages). Raisonnement limpide mais dont on jugerait la systématisation un tantinet paranoïaque si il n’était étayé d’exemples nombreux autant que dérangeants. Zapa choisit ici de n’en aborder que quelques uns, en vrac. Les curieux n’auront qu’à lire le livre.
Fin 19ème / début 20ème siècle :
Un des exemples les plus probants d’utilisation du terrorisme par un pouvoir étatique réside dans le cas du très étonnant Yergheï Filipovitch Asev. Chef de la mouvance anarchiste russe, commanditaire de nombreux attentats souvent sanglants (meurtre de plusieurs grands ducs, d’une demi douzaine de gouverneurs, du ministre de l’intérieur, du chef de l’Okhrana…), il se révélera plus tard (ce que confirmera Stolypine, ministre de l’intérieur Russe) comme ayant été depuis le début un zélé auxiliaire de la police. Bounan cite Enzensberger (cf. Zapathèques 1, les rêveurs de l’absolu) parlant du terrorisme russe : « les agents secrets du tsarisme y jouent un tel rôle qu’il est impossible de séparer l’histoire de la révolution de l’histoire de leur provocations ».
27 février 1933 :
Hitler vient d’être élu chancelier. L’incendie du Reichstag lui permet de mettre en place rapidement un régime autoritaire et de mettre à sa botte les institutions démocratiques. Il a été prouvé que le militant gauchiste arrêté, n’avait pu agir seul. Que divers foyers d’incendie avaient permis la destruction totale du bâtiment. Et que l’incendiaire décapité avait été secondé, à son insu. Une telle occasion de tordre le cou à l’opposition étant évidemment précieuse...
6 décembre1941.
Les japonais attaquent Pearl Harbour. Le lendemain l’opinion américaine jusqu'à alors très défavorable à cette guerre se range en fanfares derrière la décision du commandeur en chef Roosevelt d’entrer dans la guerre.
Pour Bounan, pour les historiens aussi, Pearl Harbour est bourré d’incohérences. D’abord, contrairement aux autres bases américaines dans le pacifique, Pearl Harbour est très mal défendue. Ensuite, les services secrets américains et étrangers semblaient connaître de longue date le lieu d’attaque de l’armée japonaise, le code secret de l’armée japonaise ayant été déchiffré depuis longtemps. Comme pour le 11 septembre, le manque de réactivité (la base n’était même pas en état d’alerte) des responsables américains aux sonnettes d’alarmes tirées en tout lieux (l’ambassadeur américain au Japon ou l’amiral hollandais Helfrich, entre autres, avaient prévenu Washington de l’attaque) est effarante.
La catastrophe de Pearl Harbour aurait en fait été encouragée par l’entourage du président, soucieux de maintenir une industrie de guerre pléthorique et d’ouvrir à la libération de nouveaux champs d’expansion asiatiques à l’industrie américaine. Bounan mentionne cette réunion tenue le soir de l’attaque par Roosevelt avec quelques gradés, en attendant l’attaque. Et cite l’historien américain John Toland, rapportant les hallucinants propos de Roosevelt à ses affidés galonnés : « messieurs, ceci va au tombeau avec nous ».
4 ans plus tard, les bombardements de Dresde et surtout l’utilisation de l’arme nucléaire contre le Japon se chargeront de rappeler que le terrorisme étatique peut également être le fait de régimes démocratiques modernes. Le but réel d’Hiroshima et Nagasaki par exemple étant plus d’impressionner Staline lors du partage du monde en cours, que de faire plier un empire Japonais déjà largement à genoux.
1982
Trois séparatistes irlandais sont arrêtés en région parisienne, à Vincennes. Dans leur logement, la police française découvre quantité d’armes et d’explosifs destinés à une future opération terroriste. Quelques années plus tard, un gendarme français avoue avoir déposé de lui même le matériel terroriste, sur ordre venu de très haut. L’affaire sera évidemment rapidement étouffée.
Sur sa lancée, Bounan décortique de nombreux autres attentats, recelant tous des parts d’ombre assez étonnantes :
L’assassinat de François Ferdinand à Sarajevo en 1914, détonateur de la première guerre mondiale ? Habile manœuvre de l’empire austro-hongrois (laisser agir à leur guise les bouillants nationalistes serbes) pour se débarrasser d’un héritier peu conforme à la tradition impériale tout en obtenant une guerre désirée.
L’attentat meurtrier d’Oklahoma City en 1995 ? La résultante d’une machination gouvernementale dans laquelle l’homme arrêté, Mc Leigh, jouerait le rôle de « l’idiot de service », plusieurs experts du Pentagone ayant semble t’il déclaré absolument invraisemblable que l’explosion provoquée par son camion bourré d’engrais ait suffi à faire de tels dégâts (tout comme l’inventeur de la bombe à neutrons, Samuel Cohen, qui déclara tout de go : « il est absolument impossible qu’un camion rempli d’essence et d’engrais fasse s’effondrer le bâtiment »). Peu après, Clinton promulguait le très liberticide anti terrorism act.
Les mouvances d’extrême gauche des années 1970 tels que Bande à Baader en Allemagne ou Action Directe en France ? Des mouvances infestées par la police et bien utiles pour stigmatiser une opinion alors un peu trop libertaire.
L’accumulation des cas est plutôt fascinante. Et le faisceaux de présomption mis à jour par Bounan tentaculaire. Pour lui, ce n'est pas les états qui formentent les attentats. Simplement ces états laissent faire, voire encouragent.
A qui profite le crime ? a des états mafia, avides d'enrégimentement, mettant des citoyens lambda face à une équation des plus simples : le terrorisme, ou nous.