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Dans la vie quotidienne nous n’avons pas toujours recours aux raisonnements
logiques que nous sommes dans d’autres contextes tout à fait capables de
mettre en place. Nous mettons en oeuvre de nombreux raisonnements biaisés
souvent basés sur des heuristiques.
Le terme de biais renvoie aux distorsions entre la façon dont nous devrions
raisonner pour assurer le mieux possible la validité de nos conclusions et
la façon dont nous raisonnons réellement. Très souvent, ces biais résultent
de l’application d’heuristiques. Il s’agit de règles qui conduisent à des
approximations souvent efficaces, mais faillibles. Elles permettent notamment
de simplifier les problèmes (Yachanin et Tweney, 1982). Elles reposent en
général sur un traitement partiel des informations disponibles mais leur emploi
fréquent au quotidien tient à leur fonction de simplification des problèmes,
de réduction de l’incertitude et au fait qu’elles permettent de proposer des
réponses socialement acceptables (Drozda-Senkowska, 1997).
En guise d’illustration, on peut s’intéresser à la tendance à chercher à confirmer
nos hypothèses (biais de confirmation). Pour l’étudier, Friedrich (Friedrich,
1993) prend l’exemple du commerçant qui souhaite recruter un vendeur.
Ce commerçant pense que seuls les individus extravertis, qui entrent plus
facilement en contact avec les clients, sont de bons vendeurs. S’il privilégie
cette hypothèse, il négligera le fait que les clients puissent également apprécier
un vendeur introverti qui les laisse faire leur choix tranquillement. Pour choisir
son employé, le commerçant mettant en oeuvre le biais de confirmation
s’intéressera alors uniquement à la performance des candidats extravertis,
négligeant celle des introvertis même s’ils obtiennent de bons résultats. En
effet, l’erreur la plus coûteuse à ses yeux consisterait à embaucher un extraverti
faiblement performant. Vérifier que les introvertis peuvent être de bons
vendeurs n’entre pas dans ses préoccupations. Il ne cherche pas à mettre en
oeuvre la stratégie idéale pour tester son hypothèse (« seuls les extravertis sont
de bons vendeurs »), mais se focalise sur le type d’erreurs qu’il souhaite détecter
et minimiser (« embaucher un mauvais vendeur extraverti »). L’examen de
la réussite des vendeurs introvertis lui permettrait pourtant d’infirmer son
hypothèse et de découvrir qu’il existe deux types de clients : ceux qui aiment
qu’on s’occupe d’eux et ceux qui préfèrent qu’on les laisse en paix. Sa stratégie
l’empêche de découvrir que des candidats introvertis pourraient aussi bien
correspondre à ses attentes que des candidats extravertis. Dans une perspective
de recrutement rapide, la recherche de contre-exemples à son hypothèse ne
présente pas d’intérêt pour le commerçant ; elle peut en revanche occasionner
une perte de temps. En définitive, le commerçant recrutera un vendeur extraverti
et confirmera son idée que seuls les extravertis sont de bons vendeurs.