En fait ce que je voulais dire c’est premièrement que je suis en admiration des musiciens qui sont capables d’analyser un son avec une telle précision qu’ils identifient des aspects de construction de l’instrument. Mais deuxième, même si j’avais cette extraordinaire capacité, je ne pense pas que j’aurais la démarche de présenter au luthier une espèce de cahier des charges sonore. Je dirais presque que chaque instrument a sa propre personnalité : au musicien de la respecter et de la faire vivre au plus bel effet.
En lisant le livre du luthier classique José Ramirez (malheureusement pas bien fait du tout, d’ailleurs), il parle beaucoup de son client phare Andrés Segovia. Mais si Segovia est extrêmement exigeant sur certains aspects techniques (les fameuses « notes loup », ou effets de résonance inopportune), Ramirez ne parle jamais de cette notion de cahier des charges sonore. Sans aucun doute, le luthier fabrique l’instrument en fonction des besoins de son client prestigieux, mais on n’a jamais l’impression que ses besoins soient formalisés.
A mon avis (celui d’un guitariste pire qu’approximatif), la matière sonore est bien trop complexe pour être réduite à une espèce de fiche technique. En quelque sorte, je dirais que le luthier est toujours un petit peu magicien. Ce n’est jamais aussi simple que : « je rabote quelques dizaines de millimètre à cet endroit précis pour produire tel ou tel effet ».
Bien sûr, je ne parle que de la guitare acoustique. En effet, je continue à penser que la lutherie de la guitare électrique est d’une simplicité extrême, et que les prix pratiqués en haut de gamme sont exorbitants par rapport au travail réel de production. D’où le sentiment qu’il existerait bien une petite place pour une nouvelle marque française de lutherie électrique haut de gamme, remplissant la fonction que remplissait Lag il y a quelques années.