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Les incidents n'étaient pas encore terminés gare du Nord qu'Anthony Couderc, 20 ans, publiait sur Dailymotion – un site Internet de partage de vidéos – les premières images des émeutes, de qualité médiocre, filmées avec son téléphone portable.
Le jeune homme, titulaire d'un BTS commercial, habitant Cergy, était venu chercher sa copine à la gare. Vers 16 heures, dans l'espace d'interconnexion RER-métros-gare, il a entendu des cris et vu un mouvement de foule : un homme était violemment frappé par des policiers. "Il était à terre. Les gens se sont regroupés et ont commencé à protester. Les policiers sont arrivés de plus en plus nombreux." Anthony se trouvait sur une passerelle, un étage au-dessus. Il a commencé à filmer les événements.
Rapidement, en quelques minutes, la foule a grossi. "Certains ont commencé à crier : Libérez-le ! Libérez-le ! " Des premiers échanges de coups ont eu lieu, rapidement réprimés par des "charges" de la police et l'usage de gaz lacrymogènes. "Tout le monde était révolté. Les gens disaient que le jeune avait fait une erreur mais qu'on ne pouvait pas le traiter comme ça."
Vers 19 heures, les incidents ont repris. "C'était différent. C'était l'anarchie. Il y en a qui ont commencé à casser partout." Les policiers ont de nouveau fait usage de gaz lacrymogènes. Les violences ont débordé. "Ils se sont mis à crier : Foot Locker ! Foot Locker ! [un magasin de chaussures de sport dans l'espace commercial de la gare] puis ils ont cassé la vitre. Certains sont entrés dans le magasin et ont volé tout ce qu'ils pouvaient." Le jeune homme a également vu un magasin de sacs à main vandalisé. Des émeutiers ont récupéré des barres de fer dans la gare.
Des lampes ont été brisées, des pots de fleurs jetés d'un étage vers les policiers en contrebas. "Ça criait : Nique Sarkozy! Sarkozy, enculé! Police partout, justice nulle part!" L'arrivée des caméras de télévision et des photographes a encore tendu l'atmosphère. "Ça n'avait plus rien à voir avec le début, raconte Anthony. C'était des casseurs qui voulaient se faire remarquer. J'en ai entendu qui criaient Nique la France ! pour passer à la télé."
Lui a continué à filmer, comme des dizaines de témoins, jusqu'à ce que sa batterie rende l'âme. "J'ai voulu montrer ce qui se passait. Je voulais qu'il n'y ait pas d'amalgame : au début, il y avait un motif de colère pour tous ceux qui étaient là, des jeunes mais aussi des papas, des mamans. Après, c'est devenu n'importe quoi." Un peu avant 22 heures, Anthony Couderc a pris le RER pour rentrer chez lui. Juste après minuit, ses premières vidéos étaient en ligne sur Internet.
Je pense qu'on est dans le sujet, non ?