Josh43 a écrit :
Concernant le marché du travail, il y a un phénomène nouveau qui je crois n'est pas pris en compte, ou du moins pas évalué à sa juste valeur, ni par les politiques, ni par les employeurs.
J'ai l'impression que de plus en plus de jeunes (et de moins jeunes), souvent assez peu qualifiés( mais pas seulement) choisissent de s'extraire un maximum du système. Plutôt que de le contester ou d'en profiter, ils choisissent d'avoir affaire le moins possible avec lui. Il s'agit d'un phénomène difficilement quantifiable en raison de sa nature même, c'est pourquoi je crois qu'il est gravement sous estimé.
Je prends l'exemple d'un couple d'amis. Deux enfants lui n'a que le BAC et pas de diplôme, elle a un master d'économie (!) obtenu dans un institut assez bien côté. Aucun des deux ne travaille régulièrement. Ils cumulent petits boulots, si possible au black (chantier ou autres), et intérim quand ils ont vraiment besoin de fric. Ils ont choisi de refuser le RSA (ils touchent les allocs, mais bon à la limite Lilianne Bettencourt aussi) et surtout ils ont très très peu de dépenses: ils ont choisi de vivre au fin fond de la cambrousse, dans une commune qui se vide et qui multiplie les incitations aux jeunes couple pour s'installer: ils payent un loyer absolument ridicule pour un logement dont les parisiens n'oseraient même pas rêver, et on a même proposé à la Fille un job dans une assoce d'assistante maternelle locale pour les inciter à rester sur place.
Ils ont un jardin avec un potager, quelques lapins, bientôt des poules et quelques ruches disséminées dans la campagne.
Je ne dis pas qu'ils vivent bien matériellement car ce serait faux, ils ont des moments ou ils sont limites financièrement, mais ils ont une qualité de vie par bien des aspects supérieure à celle d'un ouvrier non qualifié moyen pris dans le système de la précarité et des petits boulots. Ils ont moins de fric, mais beaucoup beaucoup plus de temps libre que la moyenne.
On ne peut pas vraiment dire qu'ils vivent aux crochets de la société puisque les seules aides qu'ils touchent sont des aides "non sociales" attribuées sans conditions de ressources, et ils travaillent à temps partiel tous les 2. Par ailleurs, l'entretien de leurs petites cultures/élevages requiert quand même un travail non négligeable, et franchement je ne peux pas dire que ce soient de fainéants. Ils bossent autant sinon plus que nous, mais dans une configuration beaucoup plus libre.
Leurs 2 enfants ne manquent absolument de rien même s'il est évident qu'ils n'auront pas la dernière console de jeux à noël. Et au final, ils sont plutôt heureux. Plus que beaucoup de citadins en tout cas (car ce mode de vie n'est évidement possible qu'a la campagne)
Ce n'est pas un cas isolé: quand on fait un peu le tour des campagnes on voit que pas mal de jeunes ont choisi ce mode de vie ces dernières années. Cela contribue d'ailleurs un peu au repeuplement des campagnes, et ces jeunes commencent à s'organiser et à tisser un espèce de réseau d'entraide notamment par le biais associatif.
Naturellement il y a des penchants négatifs à l'affaire: isolement culturel (relatif grâce à internet, mais tout de même), alcoolisme et autres toxicomanies assez présente (mais dans les campagnes les vieux picolent encore plus, et dans les milieux précaires citadins on se came pas mal aussi alors...), et surtout une absence totale de sentiment d'appartenir à " La société".
Si on discute avec eux, le discours dominant c'est le rejet absolu de tout ce qui représente le système, un refus volontaire et assumé de s'intégrer au marché de l'emploi et de participer au système. "J'emmerde, l'État, j'emmerde Pôle Emploi, J'emmerde les Assedic, j'emmerde les employeurs. je ne dois rien à personne, je ne veut pas avoir affaire au système."
C'est un truc assez nouveau je crois, et qui pourrait un certain impact sur la société dans le futur...