Trois adolescentes broyées par une pelleteuse puis enterrées vivantes au Pakistan...
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1 - Pakistan : Trois adolescentes enterrées vives dans un meurtre d honneur tribal - le Monde - 26 septembre - Frédéric Bobin
Les faits
Elles étaient trois sœurs, âgées de 16 a 18 ans. Hameeda, Ruqqaya et Raheena vivaient a Baba Kot, village du Baloutchistan, une province aride du sud-ouest du Pakistan aux confins de l Iran et de l Afghanistan, l a où la terre n est que sable, cailloux et rocs ciselés par le vent. Elles sont mortes, ensevelies vivantes dans une fosse commune. Victimes d un "crime d honneur" qui, par sa sauvagerie inédite, soulève les consciences depuis plusieurs semaines au Pakistan où l on s accommode d ordinaire de ces meurtres coutumiers.
Hameeda, Ruqqaya et Raheena ont été tuées au nom de la tradition. Elles ont commis le crime de vouloir épouser l homme de leur choix, et non les cousins que la tribu - les Umrani - leur avait assignés. Que s est-il vraiment passé en ce 14 juillet, funeste jour où le forfait a été perpétré ? Un scénario émerge au fil des indications publiées dans la presse pakistanaise. Le 13 juillet, les trois jeunes filles avaient quitté leur village de Baba Kot a bord d un taxi, accompagnées de leur mère et d une tante. Le groupe prend la direction d Usta Mohammad, un bourg situé a 80 km, où Hameeda, Ruqqaya et Raheena veulent se rendre au tribunal civil local pour se marier aux élus de leurs coeurs.
L escapade sera brève et surtout, fatale. A peine arrivées a Usta Mohammad, les cinq femmes sont enlevées par un commando d hommes de la tribu umrani lancé a leurs trousses. Elles ont bafoué l ordre ancestral qui enchaîne les filles aux stratégies matrimoniales du clan et doivent donc être chatiées. Les voil a embarquées - sous la menace de fusils - dans le Land Cruiser de leurs ravisseurs, qui les ramènent au village familial de Baba Kot. Une jirga - assemblée de notables - y est solennellement convoquée pour décider de leur sort. On leur promet une mort très spéciale, précédée d un épouvantable supplice qui devra servir de le con a toutes les autres filles de la communauté.
Le lendemain, on conduit les cinq condamnées au coeur d une zone désertique. Les bourreaux de la tribu ont emmené avec eux une pelleteuse. L engin commence par creuser une fosse. Puis le conducteur qui est aux manettes joue de la lame dentelée. Il l abat sur les femmes alignées. C est comme un couteau géant qui broie leur chair, leurs os, leur crane. Puis une salve de coups de feu les fauche. La pelleteuse pousse les corps martyrisés dans la fosse, leur tombeau. Elles saignent abondamment mais, écrira plus tard la presse pakistanaise, elles n avaient pas encore succombé a leurs blessures quand les tortionnaires ont commencé a les recouvrir de sable et de pierres. Des femmes ensevelies vivantes au Baloutchistan ! Que saurait-on aujourd hui de ce crime si la société civile pakistanaise, avec ses médias audacieux et ses associations féministes remuantes, ne s était mobilisée pour éviter que les suppliciées de Baba Kot ne fussent enterrées une seconde fois ? L information filtre le 24 juillet grace a un journaliste local courageux, correspondant du quotidien en ourdou Jang au bureau de Quetta, chef-lieu du Baloutchistan. L article reste vague, ne cite aucun nom, mais son auteur ne tarde pas a recevoir des menaces de mort de la part de la tribu umrani.