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Ségolène Royal : ce que le 50% du parti socialiste est incapable de voir
Par Utica, dimanche 30 novembre 2008
J’ai lu un intéressant article écrit par l’un des artisans de la victoire présidentielle de Sarkozy. De surcroît, l’un des acteurs médiatiques centraux de la campagne présidentielle. Il s’agit d’Alain Minc, ex-président du conseil de surveillance du Monde. Mieux que quiconque, il sait de quels formidables moyens médiatiques Sarkozy avait bénéficié face à Ségolène Royal. Un esprit brillant, un conseiller économique qui a globalement une réussite personnelle peu banale. Je vous cite un passage :
« On va donc vivre une sorte de statu quo, avec la cohabitation bizarre d'une logique d'appareil à l'ancienne et de la candidature présidentielle virtuelle, en surplomb, de Ségolène Royal alchimie des contraires que je crois durable sans divorce. La logique présidentielle est orthogonale à la culture socialiste. Le PS est parlementariste dans son propre fonctionnement : la logique présidentielle née des institutions est donc un greffon artificiel. Pour autant, on ne saurait considérer le cheminement de Ségolène Royal comme une aventure particulière, dès lors que 47 % de Français s'y reconnaissent. Quelle que soit l'estime qu'on lui porte ou non, elle a acquis une légitimité. » (Figaro du 28.11.08, article intitulé : Alain Minc : «Vers une cohabitation bizarre»)
Orthogonal est un terme géométrique qui se dit de deux droites, lorsqu'elles sont perpendiculaires, d'où qu'on les regarde. Comme, par exemple, une verticale par rapport à une droite dans un plan horizontal.
Il y a la raison institutionnelle à ce terme orthogonal choisi par Minc. La hiérarchie présidentielle, le centralisme du pouvoir qu’elle implique, est un corps étranger au PS. Mais, si le PS est incapable de s’intéresser de plus près à ce pouvoir, il est condamné à être rejeté indéfiniment dans l’opposition, se privant ainsi des meilleures chances de promouvoir ses idéaux.
Ségolène Royal est dans autre logique, une autre dimension, que simplement gauche-droite. Déjà, une logique présidentielle doit rassembler un éventail bien plus vaste que l'extrême-gauche ou même la gauche qui ne dépasse jamais guère que 40% en France. Même, lynchée durant deux ans par les nombreux médias sarkozystes, même agressée et trahie par le TSS, son charisme reste impressionnant. Son contact avec le peuple, à chacune de ses apparitions reste un enchantement, un moment de bonheur partagé. Reims a apporté la démonstration éclatante que ni Delanoë, ni Hamon, ni Aubry, pris individuellement, n’ont un charisme suffisant pour rivaliser avec elle. Seule la combinaison laborieuse des trois est parvenue à l’égaler. A ce point de vue, le PS dispose-là une force peu commune qu’il ne parvient toujours pas à intégrer.
Une autre raison que Minc voie juste, lorsqu’il dit que la logique de Ségolène Royal est orthogonale par rapport à celle du PS , est que Ségolène Royal n'est pas inféodée à une idéologie, mais elle est dans un pragmatisme qui peut se résumer en une seule phrase :
Elle recherche le meilleur, au sens le plus universel.
Tout être humain, toute communauté peut adhérer à cet objectif. C'est celui d'une logique présidentielle digne de ce nom.
Les solutions peuvent apparaître tantôt d’extrême-gauche, à l’instar de la nationalisation partielle des banques prônée actuellement par Ségolène Royal. Elle le fait, parce que c’est actuellement dans beaucoup de pays la meilleure chance de préserver les places de travail, les entreprises, lorsque les banques refusent de prêter. L’Angleterre l’a fait. Les USA et Paulson y viennent. Tantôt elle privilégiera des solutions qu’on lui reprochera être de droite, tel l’encadrement éducatif de type militaire pour les voyous irrécupérables qui dévastent les banlieues. Là-aussi, lorsque le quotidien d’une personne est devenu le racket, l’abus de confiance, le trafic de stupéfiants et la violence, il est improbable de s’en sortir sans mesure contraignante. Un encadrement contraignant, capable de leur inculquer d’autres valeurs, d’autres compétences de survie, d’existence, plus utiles à la communauté et à eux-mêmes. Elle se démarque néanmoins de la droite, qui ne fait que les jeter dans des prisons surpeuplées.