Les plus attentifs d'entre vous ont déjà aperçu cette basse depuis quelques jours sur le site de Loïc
J'en suis l'heureux propriétaire et si vous le voulez bien, je vais vous en parler un peu.
Avant de devenir un instrument en tôle et en bois, un projet de Le Pape est une aventure. Des heures passées à fantasmer devant des photos, à lire ce que les propriétaires ont à en dire, écouter des samples... et imaginer : "et moi, si j'avais les moyens, qu'est-ce que je lui demanderais ?"
Puis vient le jour où on trouve un emploi, et où on décide de fêter ça en s'offrant un instrument. Pas n'importe quel instrument, un de ce type punk qui fait des trucs en ferraille, comment il s'appelle déjà ? Ah oui, Loïc !
Au moment où je l'ai contacté j'avais décidé au moins une chose : ce serait une basse, et plus précisément une Jazz Bass. Parce que je n'en avais pas et que parfois ce qu'on joue "appelle" ce son qui nous a bercé, tout comme la forêt appelle le loup... je m'égare.
Quelques heures de discussions plus tard, Loïc comprend mes idées, les intègre, les digère, les canalise parfois. Il me fait confiance quand je lui demande une électronique originale, je lui fais confiance quand il me dit qu'un d-tuner c'est pas nécessaire... il approuve quand je craque sur la touche en bocote d'un manche Warmoth (moi qui voulais du pau ferro à l'origine).
Avance rapide : presque un an plus tard, Loïc s'est transformé en détective privé pour me retrouver. Il avait perdu mes coordonnées mais il est prêt à attaquer ma basse. Cool
On discute de quelques détails : finition, micros, placement des potards... et là je lui envoie la photo d'une Ruokangas Steambass où le placement des potards me semble mieux pensé que sur une Fender.
Ca a dû plaire à Loïc parce qu'il m'a proposé de copier (pardon : s'inspirer de) leur design pour la partie corps/pickguard. Je me suis gratté la tête un bon coup avant d'envoyer un mail à Juha Ruokangas pour lui demander si ça le dérangerait. Il a donné son feu vert, et j'ai donné le mien à Loïc.
J'étais à Berlin pendant la construction proprement dite, ce qui ne nous a pas empêché de passer un temps fou au téléphone (suscitant la perplexité de mes amis allemands : "comment elle s'appelle ?"). J'ai découvert les photos au petit-déjeuner avec une tartine au roquefort à la main (n.b. : les allemands n'aiment pas le roquefort, encore moins au petit-déjeuner ; en revanche ils aiment bien les guitares en métal). Et j'ai finalement pu poser mes pattes sur ma Steelmbass - puisque c'est son nom - le week-end dernier.
Ouverture du carton, puis du flight. L'ayant déjà vue en photo (contrairement aux potes avec qui j'étais), j'ai été frappé tout d'abord par l'odeur très particulière qui s'en dégage. Et bien sûr c'est brut, c'est massif, c'est... plus lourd que ce à quoi je m'attendais (4,4kg sur ma balance).
Première prise en main et consternation : elle n'est pas du tout réglée. En plus le truss rod est au talon (au risque de me répéter : saloperie de manche Warmoth !)
L'arrière du manche n'est pas vraiment reliqué ce qui n'est pas super cohérent, mais c'est de ma faute : à l'origine j'avais demandé un reliquage soft et je n'ai manifestement pas assez su dire "lâche-toi" quand Loïc m'a dit que trop soft = pas bien. De toute façon c'est un vernis nitro donc ça va se faire naturellement assez vite.
Je joue 3 notes sur un Markbass (avant d'aller prendre la batterie pour une jam ; y'avait déjà un bassiste ce jour-là), ça a l'air de sonner. La corde de mi sonne même un peu trop d'ailleurs.
Aujourd'hui, après avoir démonté et remonté 7 fois le manche pour régler le truss rod, enlevé le pickguard pour rajouter un peu de mousse sous le côté aigü du micro manche, abaissé les micros surtout du côté grave et ajusté un tantinet le chevalet, je suis enfin content des réglages. Je m'attendais à devoir faire quelques retouches - après tout, on a tous nos préférences. Mais là, ça a dû bouger sévère pendant l'envoi. Enfin j'ai plus ou moins l'habitude de faire ce genre de trucs et du coup je connais intimement mon instrument, ça renforce encore le sentiment d'avoir participé à sa création.
Les deux micros en série envoient un gros son bien rock avec lequel je me sens chez moi, en parallèle c'est plus creusé (un régal pour le slap, si je savais bien slapper). Le micro chevalet seul a un joli son "coin-coin" pour les trucs pastoriesques pleins d'harmoniques. Le micro manche est presque un peu sage mais en creusant le tone on atteint des territoires feutrés très exploitables (pas plus tard que tout à l'heure je déchiffrais des lignes de Jamerson sur Marvin Gaye et ça passait bien).
Au final c'est une belle bête avec un gros caractère qu'il me faut encore apprivoiser, mais que je suis en train d'apprendre à aimer.