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(...) On se souvient comment l’éditorialiste vedette de BFMTV, Ruth Elkrief, s’était étourdiment déclarée solidaire de Penelope Fillon (elle l’a publiquement regretté ensuite), et avait vivement interpellé le directeur du Canard sur la «feuilletonisation» de l’affaire Fillon. Elkrief indisponible (et pour cause, elle venait d’animer le débat), c’est une Elkrief junior, Anna Cabana, du JDD, qui prenait le relais sur le plateau à croire qu’ils les fabriquent, à BFMTV. A peine le «grand débat» terminé, Poutou était rhabillé pour le printemps. Quel grossier personnage! Pensez donc. «Il apostrophait les uns et les autres par leur nom de famille, sans même mettre ni madame, ni monsieur, ni un prénom.» Non seulement il était venu en sweat-shirt, mais «il s’asseyait derrière son pupitre, se retroussait les manches, se retournait pour parler avec son public, refusait de prendre place sur la photo collective». Quel «irrespect dans sa posture»! Quelle «indignité par rapport à la solennité d’un moment comme ce débat présidentiel». Heureusement que participait au grand débat une «bonne» trotskiste, la candidate de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud qui, «elle, avait de la dignité, une spontanéité, une éloquence. Elle était dans son couloir».
C’est fou, tout ce que peut dévoiler une simple rotation du buste. Ce corps indiscipliné nommé Poutou, ce corps ordinaire d’ouvrier ordinaire, revêtu d’un sweat-shirt ordinaire, ce corps de gavroche déplumé baguenaudant au milieu des mannequins en vitrine, c’était le manifeste le plus lisible, le plus éclatant, un manifeste par l’image, contre la pompe empesée de la Ve République, et la sacralisation de son souverain. Non, le candidat n’est ni omnipotent ni omniscient. Oui, il travaille en équipe, prend conseil. Quant à la «photo de famille» : au nom de quoi faudrait-il faire famille avec Le Pen qui «pique l’argent de l’Europe» ? Avec Fillon «la corruption et la triche» ? Au nom de quelle solidarité?
Quelques jours avant le fameux débat, Poutou avait pareillement, et sans rien faire, dévoilé la nature vindicative de Ruquier, furieux que le candidat souffre-douleur préféré de l’équipe se soit rebellé hors antenne. En s’affichant comme un candidat amateur, un ouvrier de passage et qui retournera ensuite à l’usine, sans aucune intention de «faire président» ni de se présenter à quelque autre élection, sans aucun intérêt à ménager les pros qu’il côtoie, il dévoile en creux la professionnalisation de la classe médiatico-politique, ses codes de bienséance devenus invisibles, l’hermétique entre-soi du milieu, sa fermeture aux non-professionnels. Le cumul éhonté, la politique ou la télé à vie, les pactes de non-agression, les limites infranchissables : c’est tout ceci, que dévoile l’irruption d’un amateur.