le jounal Le Monde a écrit :
Une manifestation était organisée en fin d'après-midi lundi 13 juillet à Montreuil (Seine-Saint-Denis) pour protester contre les "violences policières"
après qu'un jeune réalisateur de 34 ans, Joachim Gatti a été sérieusement blessé à l'œil le 8 juillet. Après avoir essuyé des tirs de fusées de feu d'artifice dans leur direction, les forces de l'ordre ont dispersé cette manifestation sans ménagement. La maire (Verts) de Montreuil, Dominique Voynet a dénoncé une "démonstration de force totalement inutile" de la part de la police.
Adrien Morin, stagiaire à la rédaction du Monde, qui couvrait la manifestation, a été interpellé et placé en garde à vue, malgré le fait qu'il ait mentionné à plusieurs reprises sa qualité de journaliste. Voici son récit: "J'ai été interpellé vers 21 h 15. La manifestation était en train de se disperser, j'ai soudain été plaqué au sol et j'ai entendu un policier dire : 'Toi aussi, tu viens avec nous'. Ils m'ont attaché les mains dans le dos. J'ai répété à plusieurs reprises que j'étais journaliste, mais ils n'écoutaient pas. Dans le fourgon, il y avait trois policiers qui traitaient les deux manifestants interpellés avec moi de 'sales gauchos'.
Nous sommes arrivés au commissariat de Montreuil et nous avons été regroupés à onze dans une petite pièce de quatre ou cinq mètres carrés. Ils nous ont envoyés dans une salle de fouille où il y avait deux policiers : nous avons été déshabillés, caleçon sur les genoux, et fouillés, ils nous ont enlevé nos lacets et celui qui tenait mon pantalon de jogging et ils nous ont pris nos montres. J'ai redit que j'étais journaliste mais ils n'ont rien répondu.
Nous avons été placés à cinq dans une salle de garde à vue avec deux caméras au plafond et des graffitis sur les murs peints avec du sang et des excréments. Il était sans doute 23 heures, nous n'avions rien mangé ni bu. Nous avons été transférés vers le dépôt de Bobigny, menottés dans le dos. J'ai redit que j'étais journaliste mais personne ne m'a répondu.
Au dépôt, les policiers m'ont proposé de voir un avocat : j'ai rencontré Dominique Tricaud, dans une pièce à part, sans caméras, sans policiers. C'était la première fois que quelqu'un m'écoutait. J'ai ensuite été convoqué par un policier qui m'a dit : 'Si tu es le petit gentil du lot, ils ne vont pas te laisser partir comme ça.' Pendant l'interrogatoire, le policier disait que j'avais un casque lors de l'interpellation, ce qui était faux. J'ai vu une deuxième fois l'avocat, qui m'a dit qu'il avait fait son possible auprès du procureur et qui m'a un peu remonté le moral. Je suis sorti à 6 heures 30 du matin."
Sur le traitement médiatique de "l'incident" qui a couté un oeil à un manifestant :
Selon les premières dépêches de l'AFP, il s'agissait d'un jeune squatter d'une vingtaine d'année. Problème, selon le père de la victime, qui s'est exprimé sur Rue89, ces dépêches sont inexactes : la victime a 34 ans, et ne faisait pas partie des squatters.
La toute première dépêche de l'AFP, envoyée vendredi 10 juillet à 15h36, s'intitule "Un jeune squatter perd un oeil après un affrontement avec la police". Elle précise que la victime est âgée "d'une vingtaine d'année". Une demi-heure plus tard, une nouvelle dépêche confirme les faits, et ajoute que "le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d'un groupe d'une quinzaine de squatters", et qu'il "fait partie du mouvement autonome - un réseau militant d'extrême-gauche - qui dénonce notamment la cherté des loyers à Paris et dans certaines banlieues parisiennes." L'AFP fait mention de "sources concordantes", sans préciser leur nature.
La dépêche est alors reprise par des sites d'information, tels que Le Parisien ou Libération.
Stéphane Gatti, le père de Joachim, exprime sa colère dans une lettre ouverte publiée dimanche sur Rue89. Selon lui, le jeune homme blessé n'a pas une "vingtaine d'années", mais 34 ans. La dépêche l'a décrit comme un squatteur, mais son père affirme qu'il est caméraman et réalisateur, sympathisant du mouvement, mais qu'il n'habitait pas dans le squat en question. "La police tire sur l'image d'un jeune de 20 ans qui essaye de reprendre son squat. Et pour la police et les médias, cela vaut pour absolution, et c'est le premier scandale", écrit Stéphane Gatti. Il estime que l'on devrait "pouvoir réécrire le faux produit par l'AFP en leur réclamant de le publier".
La revue politique et culturelle Vacarme, quant à elle, évoque sur son site internet la possibilité que l'AFP se soit contentée d'une seule source, policière : "L'AFP, sans souci de croiser les sources, reproduit le communiqué de la préfecture".
L'AFP n'a produit jusqu'à ce jour aucun démenti ou erratum à proprement parler. Quelques heures après la publication du texte de Stéphane Gatti sur Rue89, une nouvelle dépêche a simplement été envoyée par l'agence. Dans cette dépêche, intitulée "La police des polices saisie après une plainte pour blessure au flash-ball", il est bien écrit que Joachim a 34 ans, et qu'une enquête a été ouverte après qu'il a reçu un tir de flash-ball "lors d'un rassemblement de soutien à des expulsés d'un squat à Montreuil". Il n'est plus question de squatter.