Biosmog a écrit :
rapideyemove a écrit :
Mis à part le «
donc pas religieux».
Oui oui, le contexte est bel et bien le système religieux. Le terme est mal arrimé, j'aurais dû préciser "donc pas dans l'au-delà décrit par certaines religions". J'essaie de faire comprendre par ici depuis plusieurs messages, que la transcendance existe bel et bien, pas dans un au-delà mythologique, mais ici-bas, entre les vivants, dans nos rapports éthiques, dans nos systèmes politiques, dans nos dispositifs techniques. Mais c'est difficile, les guitaristes par ici me paraissent très étroitement physicalistes. Aucune place pour le monde de l'esprit, ce monde qui nous charme. A ce propos, ton développement sur le placébo est intéressant: le futur comme un non-existant à séduire (l'intransivité du "je plairai"). La suite de ton message, je n'y ai rien compris, je mets ça sur le compte de
ton propre emportement
Eh,
non, pas d'emportement.
La volonté de faire bref !
Incroyable, non ?
L'analyse du "
chahid" / "
martyr" était je crois assez limpide , en tout cas suffisamment (faire bref...aïe-aïe-aïe !), pour offrir un lien entre cette économie (étymologiquement, cette loi du foyer) psychique dont tu évoquais les linéaments et l'efficace de ce souffle (
pneuma) qui fait tenir l'âme, l'homme ou sa peinture, son effigie debout (
stabat...).
L'âme–souffle,
psukhê-pneuma (grec ancien), parce que je voulais élargir ce couple symbolique, voire métaphorique, à des rapprochements à construire avec d'autres mots ou réseaux du souffle : "
spiritus" (latin), "
rouah" (souffle, esprit, en hébreu), "
ātman" (principe du soi se reconnaissant comme sujet autonome, dans la philosophie védique / brahmanique), et l' "
atmen" (respirer en allemand : cf. notre "
asthme" ou "
atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère !")...
Mais cela raffine trop l'analyse, ou cela la résume exagérément, au point de la rendre caricaturale.
Pour être caricaturale, ainsi abrégée dans sa liste comme dans son commentaire, cette lignée de mots n'en faufile pas moins les sociétés, donc les mythologies et les inconsciences, au bas mot celles du plateau eurasien (et encore je la ferme sur la mythologie Dogon, avec le Renard–pâle...), qui est, bien au-delà d'un sol originaire (
Urgrund), un temps-origine (
Urzeit).
La conclusion de mon message, encore une fois trop elliptique, entre
pneuma et les différentes versions de la
psukhê (âme, princesse mythologique, et le reflet de soi dans le face-à-main : la kataptromancie, la connaissance par les miroirs dans les sociétés de la Grèce antique) avec cette économie psychique agissante dont tu ébauchais finement les marges et qui m'a "soufflé" ces brouillons d'idées.
D'où le retour à mon point de départ, peu s'en faut, lorsque je liais la notion de "
chahid" à ce terrible spectacle apologétique du
martyr (l'homme) en
martyre (l'acte miroitant, médusant et médusé).
Gorgone et Persée, en somme, dans la même poigne.
Au fait, on est bien d'accord sur le sens à donner à la transcendance (voir notamment, le néo–hégélianisme avec Feuerbach et
L'Essence du Christianisme, 1841, sa
Préface, par exemple, sur l'aliénation de l'essence de l'homme, son déplacement.)
Alors, comme ça, tu n'y avais pas compris le reste ?
Allons donc !
La partie sur le “
placébo” était, à mon avis, de loin la plus complexe.
Elle valait, en outre, un peu comme une alternative assez effroyablement hiérarchisée, à mon avis encore, dans la mentalité terroriste, entre le "
Je plairai." intransitif (voir, encore un coup, du côté du solipsisme, composant le terroriste et la relation (clivée ?) qu'il nourrit ou affame avec son acte...) et, secondairement selon moi, le "
Je plairai à...." transitif (la transcendance, l'extériorité, et leurs fantasmes ou plutôt leurs fantasmagories...).
D'ailleurs, les terroristes–bouchers
se mirant dans les mercures sans tain de You Tube, FaceBook ou Twitter sont coupés de la langue du Coran, l'arabe classique. Ils sont parfois également coupés de l'arabe dialectal de leurs parents, ou pire de leurs grands–parents restés au bled. C'est aussi ce qu'on nomme l'acculturation dans les sciences sociales. Cet arabe classique dont la "grammaire" est précisément le texte "saint" qui ne doit pas être traduit (le couple conflictuel en ethnologie, notamment, ésotérisme contre exotérisme, et vice versa).
Ils ne savent pas le lire, ou plutôt pas le comprendre, dans cet arabe classique qu'ils ne savent, a fortiori, pas écrire.
Des sourates, ils ne retiennent, dans le meilleur des cas, que le sens le plus pauvre du Coran, la récitation, sans absolument rien connaître du sens analogique et allégorique à donner à ce beau mot de récitation comme
ex–périence du souffle, cette
traversées des périls, et comme parole à mâcher, la manducation de la parole chère aux mystiques dans leurs diversités (kabbale, chamanismes sibériens, soufis, Maître Eckhart, et j'en passe...). Ce qu'on peut comprendre alors comme la pleine et entière récitation, par cœur.
Voir là-dessus, pour l'énorme massif culturel musulman, les œuvres respectives des grands islamologues français que sont Henry Corbin et Louis Massignon, par exemple.
À ce titre, je me souviens avoir donné à deux jeunes filles voilées et à leurs frères, que je connaissais, tous adolescents, un assez long document, en plusieurs pages d'extraits du Coran que je leur avais choisis en version française (dans deux traductions mises en parallèle dans ce document que je leur avais produit : celle de Denise Masson et celle de Jacques Berque) parce qu'ils me demandaient ce qu'il en était de la création du monde dans ce Coran qu'ils ânonnaient, sans en comprendre les mots et la syntaxe, pour ne rien dire de la prosodie (Le Coran où il n'y a, à proprement parler, aucun récit de la création, aucune théologie de la création).
C'est aussi cela l'hospitalité de l'autre, si on veut bien se donner la peine d'y penser, ou donner à penser, au plus vrai, au plus simple.
Une véritable laïcité, j'espère.
Ce sont des adultes, maintenant, dont le cœur saigne aujourd'hui, avec bon nombre d'entre nous.
Ils ne sont évidemment jamais allés en Syrie, en Irak, ou en Afghanistan.
Nous nous saluons toujours, la main sur le cœur.
Ou sur la tête de leurs petiots quand ils me les "présentent".
Tu m'avais donc sans doute très bien compris.
En revanche, ton analyse initiale, fine et structurée quoique complexe, complexe, m'a donné du fil à retordre !
J'espère l'avoir à peu près suivie et respectée, voire prolongée, vu l'intérêt profond que j'y trouve.
À travers ce que j'ai pu en dire, on comprendra (j'espère aisément !) qu'il ne s'agit donc en rien de trop intellectualiser la démarche des terroristes, mais d'essayer de se donner quelques outils pour comprendre le nuage d'inconnaissance proprement effroyable dans lequel (et grâce auquel) ils agissent.
Pour Moshé Idel (théurgie et thaumaturgie, dans la mystique juive, la référence vaut le détour intellectuel et le travail qui va avec.
Avec tout ça, j'espère être élu
«Le con du jour».
Puisque tout doit bien finir en facétie et par le rire, laïc, divin comme hérétique, mieux vaut cela qu'être
court du jonc, ou même l'employé du mois...
Bon je file, fissa–fissa.
J'entends déjà siffler les balles au-dessus de ma tête.
«Wir leben unter finsteren Himmeln, und –es gibt wenig Menschen. Darum gibt es wohl auch so wenig Gedichte. Die Hoffnungen, die ich noch habe, sind nicht groß. Ich versuche, mir das mir Verbliebene zu erhalten. »
Paul Celan, 18 mai 1960, Lettre à Hans Bender.