Les faits d'actualité.

Rappel du dernier message de la page précédente :
Redstein
On est bien d'accord, l'autoflagellation, ça ne sert à rien.

Ce qui est fait est fait, et les anciennes générations sont le produit du monde dégueulasse que l'on sait... Perso je mets beaucoup d'espoir dans les nouvelles (sur lesquelles les anciennes prennent soin de dégueuler copieusement, bien sûr).

Concernant le texte que Despentes a sorti après les attentats, oui, il était dérangeant, oui, il a fait grincer des dents (y compris les miennes), mais c'était le but. C'était le cri de rage d'une femme qui a vu au plus près de sa chair cette masculinité toxique qui venait de s'exprimer de si belle manière dix jours auparavant, mais qui en vérité s'exprime en permanence, partout dans le monde, à des degrés de violence divers mais réels.

Elle ne tente pas de « justifier » quoi que ce soit à la fin du texte : tout dans ce texte est tendu vers cette imprécation que le réel justifie jour après jour.
'Human beings. You always manage to find the boring alternative, don't you?'


http://fermons-les-abattoirs.org

- Quand Redstein montre l'abattoir, l'imbécile regarde Redstein - (©Masha)
Invité
Redstein a écrit :
C'était le cri de rage d'une femme qui a vu au plus près de sa chair cette masculinité toxique qui venait de s'exprimer de si belle manière dix jours auparavant, mais qui en vérité s'exprime en permanence, partout dans le monde, à des degrés de violence divers mais réels.
sauf que c'était une idéologie qui s'est exprimée chez Charlie Hebdo, pas une masculinité.
TimeBomb
Redstein a écrit :
fifdefif a écrit :
c'est marrant ,je la trouve pas toujours inspirée Despentes surtout après Charlie dans les Inrocks (toujours aussi courageux ceux la aussi)

J’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir. Leur façon de dire – vous ne voulez pas de moi, vous ne voulez pas me voir, vous pensez que je vais vivre ma vie accroupi dans un ghetto en supportant votre hostilité sans venir gêner votre semaine de shopping soldes ou votre partie de golf – je vais faire irruption dans vos putains de réalités que je hais parce que non seulement elles m’excluent mais en plus elles me mettent en taule et condamnent tous les miens au déshonneur d’une précarité de plomb », écrivait-elle alors.

Et d'ajouter : « Je les ai aimés dans leur maladresse – quand je les ai vus armes à la main semer la terreur en hurlant “on a vengé le Prophète” et ne pas trouver le ton juste pour le dire. Du mauvais film d’action, du mauvais gangsta-rap. Jusque dans leur acte héroïque, quelque chose qui ne réussissait pas. Il y a eu deux jours comme ça de choc tellement intense que j’ai plané dans un amour de tous – dans un rayon puissant.»





Virginie Despentes, les César et le retour de bâton

Elisabeth Philippe a écrit :
C’est évidemment malhonnête et ne rien avoir compris à son texte post-attentats, dans lequel elle explique que pendant 48h, sous l’effet de sidération, elle a aimé tout le monde : les victimes, les dessinateurs de Charlie, « les crétins qui commençaient à radoter que les Arabes ceci ou cela », et les terroristes. Oui, c’est dérangeant, choquant. Encore une fois, Despentes n’écrit pas pour dorloter et lénifier. Ses mots sont comme les claques que l’on donne pour réveiller une personne inanimée.

Et surtout, son texte ne s’arrête pas là. Il n’est en rien une déclaration d’amour aux frères Kouachi. Il est, en revanche, une déclaration de guerre à la masculinité – eh oui, encore une fois – dans ce qu’elle a de plus toxique :
"« Parce que c’est ça, au final, ce que nous vivons depuis une semaine : les hommes nous rappellent qui commande, et comment. Avec la force, dans la terreur, et la souveraineté qui leur serait essentiellement conférée. Puisqu’ils n’enfantent pas, ils tuent. »"

On ne pourra pas reprocher à Despentes de manquer de suite dans les idées. En revanche, ses détracteurs, trop heureux de ressortir un vieux dossier qui n’en est pas un, n’hésitent pas à l’assimiler à aux terroristes.


Quelle pitié

Putain j'en peux plus de ces "raisonnements" (entre guillemets parce que c'est bien payé de qualifier ça comme tel) qui cherchent nécessairement à faire de misérables raclures de pauvres victimes.

Et ce besoin de caser chacun soit comme victime, soit comme oppresseur, c'est sûr c'est avec ça qu'on va fonder un monde meilleur...

On est des putain d'enfants gâtés, on a perdu toute conscience de la chance que nous avons d'évoluer ici et maintenant.
Mr Park
PP a écrit :
Juste pour relever le niveau : https://www.lepoint.fr/debats/(...)ox%5D


D'abord il faut comprendre que l'air du temps n'est plus pareil. Polanski "victime du systéme judiciaire américain" c'est fini. Il y a d'autres histoires, d'autres accusations qui méritent d'être d'abord entendues. Tant que ce ne sera pas fait chaque fois que son nom, celui de Ruggia, celui de Weinstein,... seront prononcées cela suscitera (au mieux) le malaise.

On accuse Despentes de complotisme, or, pour moi elle a raison quand elle dit que rassembler 25 millions pour faire un film montre qu'on est encore bien vu dans "le système".

Il y a un passage que je trouve dégueulasse dans ton texte:

Citation:
Il est incontestable que Polanski a commis un viol, qu'il a été condamné par la justice américaine il y a plus de quarante ans et qu'il n'a effectué qu'une partie de sa peine. Il se trouve que la cérémonie des César n'est pas un tribunal.


Bien sûr que si que la cérémonie est un tribunal! Les personnes qui constituent l'assemblée sont dotées de réflexion, et il me semble que la moindre des choses c'est qu'elles l'utilisent quand elles sont d'accord ou pas. Quand on donne les clés de la soirée à une humoriste, il ne faut pas s'étonner qu'elle fasse ce qu'on attend d'elle: de l'humour, de préférence qui râpe et qui pique un peu.

Enfin, la question en filigrane, "faut-il dissocier l'homme de l'artiste?", franchement perso j'en peux plus. Jeune adulte, moins renseigné que j'étais sur les questions de violence envers les femmes, je trouvais que Cantat avait le droit à le seconde chance. Ensuite j'ai relu l'affaire en détail, les fractures antérieures, la violence psychologique. Depuis je ne peux plus dissocier. Je n'écoute plus Cantat, je ne regarde plus Polanski, je ne lis pas Céline ou Hergé. Un connard est un connard, et un artiste qui est un connard dans la vie est d'abord pour moi un connard.

La meilleure phrase sur le sujet pour moi vient de Blanche Gardin: "on ne dit jamais du boulanger qui tripote des enfants qu'il fait quand même une baguette géniale".

Après, faudra voir les dégâts que ça fera sur la durée dans le milieu du cinéma français, ça paraît presque aussi clivé qu'ici, il y a beaucoup d'acteurs/actrices que je ne vois pas travailler ou retravailler ensemble pour le moment.
Saddakoh
PP a écrit :
Juste pour relever le niveau : https://www.lepoint.fr/debats/(...)ox%5D


J'avoue être mitigé.

Car écrire "Il est incontestable que Polanski a commis un viol, qu'il a été condamné par la justice américaine il y a plus de quarante ans et qu'il n'a effectué qu'une partie de sa peine. ", fait à mon sens s'écrouler toute sa démonstration, aussi bien écrite soit elle, et intelligente.

Ce constat stigmatise en quelque sorte cette différence ressassée entre faibles et puissants, ces seconds pouvant poursuivre sereinement leur vie, même sans avoir payé leur dette.

Elle parle de tribunal, mais la cérémonie n'a également été que le reflet d'un sentiment grondant sur ce type de sujet, bien entendu exacerbé par les dernières années de montée en puissance des mouvements féministes.

Et dans cette affaire, on parle beaucoup du droit, mais je pense qu'il convient surtout de mettre en avant un devoir moral.

Il n'y a pas de réponse parfaite, et tous sont à blâmer en quelque sorte dans leurs comportements, mais la vraie faute pèse selon moi sur les organisateurs, qui savaient parfaitement ce que cela susciterait.
damonp
  • Special Méga utilisateur
Mr Park a écrit :


La meilleure phrase sur le sujet pour moi vient de Blanche Gardin: "on ne dit jamais du boulanger qui tripote des enfants qu'il fait quand même une baguette géniale".



Sola
  • Special Top utilisateur
Je trouve que l'argument du boulanger relevé par Park est convaincant.

Je ne sais pas si c'est un élément de langage qui fait sa force mais je trouve cela marquant.

Bien vu Blanche Gardin.
PP
  • Custom Top utilisateur
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  • Publié par
    PP
    le
Mr Park a écrit :
PP a écrit :
Juste pour relever le niveau : https://www.lepoint.fr/debats/(...)ox%5D


D'abord il faut comprendre que l'air du temps n'est plus pareil. Polanski "victime du systéme judiciaire américain" c'est fini. Il y a d'autres histoires, d'autres accusations qui méritent d'être d'abord entendues. Tant que ce ne sera pas fait chaque fois que son nom, celui de Ruggia, celui de Weinstein,... seront prononcées cela suscitera (au mieux) le malaise.

On accuse Despentes de complotisme, or, pour moi elle a raison quand elle dit que rassembler 25 millions pour faire un film montre qu'on est encore bien vu dans "le système".

Il y a un passage que je trouve dégueulasse dans ton texte:

Citation:
Il est incontestable que Polanski a commis un viol, qu'il a été condamné par la justice américaine il y a plus de quarante ans et qu'il n'a effectué qu'une partie de sa peine. Il se trouve que la cérémonie des César n'est pas un tribunal.


Bien sûr que si que la cérémonie est un tribunal! Les personnes qui constituent l'assemblée sont dotées de réflexion, et il me semble que la moindre des choses c'est qu'elles l'utilisent quand elles sont d'accord ou pas. Quand on donne les clés de la soirée à une humoriste, il ne faut pas s'étonner qu'elle fasse ce qu'on attend d'elle: de l'humour, de préférence qui râpe et qui pique un peu.

Enfin, la question en filigrane, "faut-il dissocier l'homme de l'artiste?", franchement perso j'en peux plus. Jeune adulte, moins renseigné que j'étais sur les questions de violence envers les femmes, je trouvais que Cantat avait le droit à le seconde chance. Ensuite j'ai relu l'affaire en détail, les fractures antérieures, la violence psychologique. Depuis je ne peux plus dissocier. Je n'écoute plus Cantat, je ne regarde plus Polanski, je ne lis pas Céline ou Hergé. Un connard est un connard, et un artiste qui est un connard dans la vie est d'abord pour moi un connard.

La meilleure phrase sur le sujet pour moi vient de Blanche Gardin: "on ne dit jamais du boulanger qui tripote des enfants qu'il fait quand même une baguette géniale".

Après, faudra voir les dégâts que ça fera sur la durée dans le milieu du cinéma français, ça paraît presque aussi clivé qu'ici, il y a beaucoup d'acteurs/actrices que je ne vois pas travailler ou retravailler ensemble pour le moment.


Moi non plus parce qu’elle est stupidement posée.
On ne juge pas une personne, on juge ses actes. Un acte criminel. Un acte créatif. La personne n’est pas réductible à ses actes.
L’épuration artistique est la négation de l’art qui se nourrit de nos misérables failles et faillites humaines. Il faut être sacrément présomptueux pour oser juger qui que ce soit, lui intimer de se taire ou le foutre à la poubelle, derrière son clavier ou un écran de surcroit. Souvent ce que nous aimons vient du noir. Pour mieux apprécier la lumière.

Amen
Kandide
Mr Park a écrit :
la question en filigrane, "faut-il dissocier l'homme de l'artiste?", franchement perso j'en peux plus. Jeune adulte, moins renseigné que j'étais sur les questions de violence envers les femmes, je trouvais que Cantat avait le droit à le seconde chance. Ensuite j'ai relu l'affaire en détail, les fractures antérieures, la violence psychologique. Depuis je ne peux plus dissocier. Je n'écoute plus Cantat, je ne regarde plus Polanski, je ne lis pas Céline ou Hergé. Un connard est un connard, et un artiste qui est un connard dans la vie est d'abord pour moi un connard.

La meilleure phrase sur le sujet pour moi vient de Blanche Gardin: "on ne dit jamais du boulanger qui tripote des enfants qu'il fait quand même une baguette géniale".


On est bien d'accord !
damonp
  • Special Méga utilisateur
bob marley était un caid de son temps, john lennon n'étais pas tout beau tout blanc, gandhi a giflé au moins une fois sa femme........

mais pour moi ce qu'ils ont pu être avant d'être reconnu, a été balayé par ce qui a suivi, désolé
Saddakoh
La question est peut-être, est-ce que Polanski est si mémorable que ça ?

Comparé à ceux que tu cites en tout cas...
bjeje
  • Vintage Top utilisateur
Kandide a écrit :
https://www.francetvinfo.fr/meteo/particules-fines/la-pollution-de-l-air-reduit-l-esperance-de-vie-de-3-ans-en-moyenne-dans-le-monde_3850069.html


Merci pour cette note d'optimisme Kandide
De retour !

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