casseoreille a écrit :
Comment "Biosmog" tu trouves donc normal qu'une personne condamnée à 20 années d'emprisonnement n'en fasse que 10. Pense-t-on à la victime, à sa famille qui trouve la sentence bien injuste, aux amis qui pensent que la justice est trop clémente, aux citoyens indignés par une peine si légère!
La victime a été condamnée à perpétuité son assassin à une peine de quelques années! Pour Monsieur Tout le Monde, c'est bien difficile à comprendre, car la peine ne correspond pas au préjudice!
J'ai le sentiment de perdre mon temps à expliquer l'inexplicable!
Je réagissais au fait que tu nous expliquais qu'il n'y a qu'en France qu'on a des aménagements de peine. Je crois de moins en moins que tu aies fait une seule année d'études de droit. On a ces systèmes dans tous les pays modernes avancés.
La vraie raison est assez compliquée et assez peu glorieuse. C'est à peu près la même qui fait que les flic arrivent toute sirène hurlante, le torse bombé sur les lieux d'un délit. Les gens ont besoin que la force publique montre plus que ce qu'elle ne fait. L'objectif premier du système pénal est d'éviter que les gens fassent justice eux-mêmes. On parle de monopole de la violence légitime.
Mais derrière, on a la surpopulation carcérale, qui est bien plus préjudiciable à l'ordre publique que n'importe quelle libération conditionnelle: entasser n'importe comment pendant longtemps des délinquants, c'est le plus sûr moyen de renforcer les comportements asociaux, sans parler du risque intrinsèque de drames, de mutineries ou de détérioration des conditions de travail du personnel des prisons.
Donc il y a deux logiques qui se rencontrent. Il faut frapper relativement plus fort au moment de la condamnation, pour sanctionner, c'est-à-dire marquer les esprits, indiquer que "vengeance est faite", susciter la contrition, etc. Puis il faut "traiter le problème", administrer la peine. Et là, une fois que le couperet de la justice est tombé et qu'il faut passer à l'exécution, les apologues de la vengeance violente, on ne les voit plus! Et ceux qui s'intéressent au sujet après la glorieuse condamnation se rendent compte que la prison ne sert à pas grand chose, que les gens ne s'améliorent pas, en tout cas lorsqu'ils restent longtemps dans des conditions d'exigüité, sans formation ou occupation digne de ce nom.
Comme on a décidé que l'Etat devait montrer l'exemple d'une société humaine, on a arrêté les condamnations définitives plus ou moins cruelles (il faut être une vraie brute pour vouloir enfermer quelqu'un à vie). Comme on s'est dit que la justice devait se comporter rationnellement, on a modulé les peines avec les délits. Puis on a essayé de créer les conditions d'une réinsertion, après la purgation de la peine. Ces conditions, on les connaît, je les ai données brièvement plus haut. Elles sont en contradiction avec le besoin de vengeance irrationnelle et de cruauté infondée.
Mais de même que fabriquer des petits citoyens honnêtes et droits a des ratés, réinsérer ne fonctionne pas à tous les coups. L'équation est particulière en ce que, plus la peine est déstructurante, moins on a de chance que la réinsertion fonctionne. Et plus la peine est formulée comme une réhabilitation, une réformation de la personne, moins elle est perçue comme sanction. Il faut accepter qu'il y a plusieurs logiques qui ne coïncident pas. C'est impossible de gagner sur tous les tableaux. Et puis, corolaire, accepter la possibilité d'échec. Accepter que pour réinsérer avec succès des criminels, il faut prendre un risque. On a oublié la notion de risque, c'est peut-être le trait le plus frappant de notre époque.
Une société sans crime n'a jamais existé. Et, leçon de l'histoire, ce ne sont pas des millénaires de loi du talion, de justice aveugle et brutale qui ont diminué le nombre de crimes. Mais c'est bien la mise en place, très difficile (il n'y a qu'à voir ce qu'on lit en 2021 sur ce forum), d'une justice professionnelle, humaine et rationnelle, attentive à l'élévation de ses sujets et visant leur réinsertion, qui a permis de réduire la criminalité, depuis le milieu du XIXe siècle.
Vous battez pas, je vous aime tous