Le 28 juillet 2026, à Barcelone, Raoul Vaneigem s'est éteint. Il avait quatre-vingt-douze ans.
Mais on ne disparaît pas lorsqu'on a consacré toute une vie à combattre ce qui nous empêche de vivre. Vaneigem ne s'en est pas allé : il s'est fondu dans ce fleuve d'existence qu'il n'a cessé d'appeler de ses vœux, laissant derrière lui des mots qui continuent de fissurer l'ordre des choses.
Né le 21 mars 1934 à Lessines, en Belgique, il fut l'une des voix les plus singulières de l'Internationale situationniste. Avec Guy Debord, il formait un étrange duo : à l'un la critique impitoyable de la société du spectacle, à l'autre la célébration inlassable du désir, de la joie, de l'insolence et de la vie sensible. Debord dévoilait les mécanismes de l'aliénation, Vaneigem rappelait ce pour quoi il valait la peine de s'en libérer.
Vaneigem ne théorisait pas la révolution : il la rendait désirable.
Dans le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, il ne distribuait ni recettes ni programmes. Il proposait une insurrection du quotidien. Contre l'économie qui réduit chacun à une marchandise. Contre la morale qui mutile les désirs. Contre le temps confisqué, le travail comme destin et la résignation élevée au rang de vertu. À leur place, il opposait la souveraineté de la jouissance, la paresse créatrice, l'amour sans mesure, la poésie vécue, l'autonomie des êtres et le plaisir d'inventer sa propre vie. Tout cela constituait, à ses yeux, la véritable subversion.
Anarchiste au cœur païen, médiéviste hérétique, lecteur passionné des libres esprits et de Rabelais, Vaneigem n'a jamais cessé de rappeler que la plus grande des hérésies consiste à affirmer que la vie peut être pleinement vécue ici et maintenant.
Il rejetait les partis, les Églises, les idéologies du sacrifice. Il dénonçait la mort qui nous gouverne et nous appelait à nous en défaire par un geste d'amour insurrectionnel.
Il était un séducteur de la révolte, un poète qui fit de son existence un long et magnifique refus de la résignation.
Aujourd'hui que son corps repose, ses paroles continuent d'ouvrir des chemins.
Nous ne le pleurons pas : nous le célébrons. Car tant qu'il se trouvera quelqu'un pour préférer le plaisir au pouvoir, le jeu à la routine, la passion à l'obéissance, Vaneigem demeurera vivant, murmurant à l'oreille des insoumis : « La vie que nous désirons sans fin est déjà là, attendant que nous osions nous en emparer. »
Que sa mort soit donc une nouvelle invitation à la fête.
À la véritable.
À celle qui ne finit jamais.
Vaneigem n'est pas mort : il est allé rejoindre les rangs de ceux qui nous incitent à vivre !
Paroles de Raoul Vaneigem :