joeydeedeemarky a écrit :
Hello,
C'est moi qui vient d'acquérir cette merveille.
Bon, avec un peu de retard par rapport à la publication des photos, Je vous propose de raconter comment j'en suis arrivé là et de faire un CR aprés quelques heures de jeu.
Je n'interviens que trés ponctuellement sur les forums, toutes mes excuses par avance pour ce message sans doute un peu trop long.
Qui je suis:
Depuis longtemps, je traine dans le créneau tendance noisy-pop, experimental, shoegaze, aimant mélanger mélodies pop et instrumentations bruitistes. Mes guitares principales sont des Jazzmasters, guitares oh combien capricieuses, qui choisissent d'adopter le musicien tout autant que lui les adopte. Mais une fois les uns et les autres apprivoisés, c'est l'amour fou.
J'avais jusqu'à présent deux JM Fender japonaises pour lesquelles j'avais refait l'électronique, remplacé les micros par des Lollar (esprit JM vintage) et Novak (esprit Wide Range Humbucker) et passé des heures à les régler; aujourd'hui elles marchent parfaitement bien. Mon ampli est un Ceriatone cablé à la main et j'utilise plusieurs pédales boutiques. Au final, un ensemble de produits plutôts qualitatifs et qui fonctionnent bien ensemble. La qualité sonore est au rendez-vous.
Comment j'ai découvert les guitares Loïc Le pape:
Malgré mes JM upgradées, je voulais m'offrir "une belle guitare", mes 40 ans approchants. Au début je voulais prendre une JM Fender US, mais l'écart de qualité par rapport à mes japonnaises n'étant pas significatif, c'était bof, je n'ai pas franchi le pas. J'ai bien cherché quelques vintages à tarif raisonnable : rien de probant non plus. Tout en faisant mes recherches, je suis tombé par hasard sur ce fil sur les guitares de Loïc. A l'époque il n'y avait "que" 300 pages, que j'ai toutes lues, toutes déjà à la gloire du travail de Loïc. Je dois dire que j'ai été intrigué par une telle unanimité, par le coté atypique des guitares en acier, et par le personnage présenté comme trés charismatique. Quelques vidéo sur youtube ont accru cet intéret, notamment les démos de Corbobilly qui ont un son bien indé comme j'aime. De plus, Loïc avait déjà réalisé des guitares de forme Jazzmaster.
Et puis ça a été le coup de chance: un jour en ballade à Pigalle, il y avait une Steelmaster chez Oldies Guitar. Je suis entré, je l'ai essayée. Je suis revenu le lendemain et je l'ai essayée de nouveau. La guitare était branchée dans un Vox Pathfinder 15, petit ampli trés simple... mais quelle sonorité ! Ca jouait fort, ça jouait bien, c'était plein de chaleur et ultra attachant, cette guitare était faite pour moi. J'aurai pu la prendre, mais quitte à avoir une guitare de luthier, autant que se soit selon ses propres goûts.
La fabrication de la guitare:
Je prends alors contact avec Loïc. S'en suit une longue conversation téléphonique où l'on discute de guitares bien sur, mais aussi de musique -punk, no-wave, noise-, quand j'ai raccroché j'avais envie de me mettre à jouer sur le champ.
Pendant la conversation sont validés la forme Jazzmaster et l'installation d'un piezzo. Pour les micros, je décide de faire confiance à Loïc après qu'il ait joué dans le téléphone d'une steelmaster qu'il avait avec lui, et dont, contre toute attente, on entendait bien les nuances principales malgré le fait que celà soit par téléphone.
Je passe commande début juin 2011, avec une date de livraison estimée à avril 2012. Ça laisse tout le temps voulu pour préciser la finition.
Mi-avril, Loïc m'appelle pour me dire qu'il commence à travailler sur la Steelmaster. Il me rappellera ensuite plusieurs fois tout au long de la construction pour discuter de telles ou telles options, renforçant ainsi le coté unique de l'objet fait sur-mesure pour son futur propriétaire. L'impatience commence à grandir. Contrairement à beaucoup des productions de Loïc, et étant de nature plutôt discret, j'ai voulu une guitare elle aussi discrète, très peu reliquée, dont on puisse voir l'originalité de la construction en acier et qui soit en rapport avec le style musical auquel se destine. La finition est validée: le corps sera gris anodisé, le pickguard noir brossé, les caches des micros noirs brillants et l'accastillage chromé.
Puis vient le moment de la démo finale par téléphone. Loïc appelle et se met à jouer, et même si la communication n'est pas idéale, on sent que la guitare en veut, généreuse et plein de pêche.
Quelques jours plus tard la belle arrive à la maison.
Premiers CRs:
Une fois la hauteur des micros ajustée selon mon goût, je commence à jouer en son clair, branché en direct dans mon ampli. Le contact avec l'instrument métallique est inhabituel et surprend: la guitare est froide, on le sent à travers les vêtements, puis se réchauffe, et métal oblige conserve cette chaleur et la re-diffuse au corps ! C'en est presque agréable dans ma salle de repet à la cave, pas particulièrement chauffée.
Je joue au hasard sans forcer, le manche se révèle très agréable, la main glisse sans effort et les doigts se posent tout aussi facilement. Au passage, je remarque le beau bois blond du manche qui tire un peu plus sur le jaune qu'à l'accoutumée, et qui se marie parfaitement avec le gris anodisé de la caisse.
Les micros répondent instantanément au jeu de la main droite, avec une grande dynamique, les attaques sont très précises. La combinaison sans doute de micros de grande qualité et de la caisse en acier. Le piezzo apporte de son coté une touche originale permettant plusieurs sonorités allant en fonction du volume de ce que l'on pourrait rapprocher d'une électro-accoustique jusqu'à un bridge extrêmement tranchant. En combinaison des micros classique, il permet de faire percer la guitare du reste du groupe en lui donnant un coup de boost plutôt clair, ou bien utilisé avec une reverb en position infinite d'aller explorer de nouveaux horizons, comme par exemple une guitare perdue dans l'immensité d'un désert martien. Il permet également de bien capter tous les bruits de caisse ou lorsque les cordes sont jouées entre le bridge et le vibrato.
Je n'irai pas plus loin dans la découverte de cette guitare ce soir-là et un emploi du temps très chargé ne me laissera pas la possibilité d'y revenir avant la repet hebdomadaire avec l'autre guitariste et le bassiste 5 jours plus tard. A ce stade, je dirai que la guitare me plait bien et laisse entrevoir ses possibilités, mais la glace n'est pas encore rompue, et comme avec ses cousines de chez Fender, guitare et guitariste ont encore besoin de mieux faire connaissance.
Le soir de la repet enfin arrivé, il ne s'agit plus de gratouiller en solo, mais d'attaquer sérieusement, avec une palette sonore bien plus large faisant appel à plusieurs pédales et à un ampli, pas chauffé à blanc, mais bien chaud quand même (5w lampes). Au programme, de la noise et du shoegaze.
Je sens les critiques poindre: avec un tel attirail, la guitare va disparaitre au milieu d'un magma sonore et on n'entendra plus rien de ses spécificités. Ce à quoi je répondrais que la spécialité de ce type de guitare c'est justement de conserver une grande lisibilité en toutes situations. Et ce fut effectivement le cas. Le son est gros, chaud, avec une bande passante très étendue, on entend toutes les cordes, sans qu'un registre ne prenne le dessus sur l'autre. C'est très agréable au jeu, je ne sais pas comment le décrire, je dirais que l'on a une plus grande sensation de liberté, de facilité. Le son est très plein.
Avec les distos la guitare réagit au quart de tour, rugit ou se calme instantanément, avec des fuzz elle peut être tranchante et aboyer comme un pitbul en laisse ou bien totalement incontrôlable, générant des harmoniques erratiques.
Avec des delays, elle sait rester cristalline et si le delay est bon, ses répétitions accompagnées d'un filtre ou d'une pointe de modulation peuvent faire fondre, ou bien encore, en combinaison avec des disto et reverb, tisser des nappes et rester malgré tout lisible.
Plus tard dans la soirée, las de toute analyse, la guitare, habile servante, finit par s'effacer derrière la musique, rejoint par le guitariste faisant corps avec elle, tandis que tourbillonnent accords, riffs et murs sonores.
Voilà, après ce lyrisme final, je dirais que la guitare se révèle attachante, avec beaucoup de personnalité mais également très polyvalente. J'en suis parfaitement satisfait.
Merci Loïc.