Pour revenir à Juninho, un papier de Ménès sur le départ de l'artiste posté sur son blog
Citation:
Merci, Juni...
Salut à tous.
La 37e journée n'ayant pas livré ses différents verdicts samedi soir, finalement le véritable événement résidait bel et bien dans les très probables adieux à Lyon et à la Ligue 1 d'Antonio Augusto Ribeiro Reis, plus connu sous le nom de Juninho Pernambucano. Le Brésilien restera indéniablement comme le plus grand joueur de l'histoire de l'OL et comme l'un des tout meilleurs dans celle de notre championnat. Ca méritait bien un hommage appuyé et un post dédié même si, vous allez le voir, le personnage est plus complexe que l'image de gendre idéal parfois servie par la presse.
A l'heure d'évoquer le bilan de "Juni" après huit saisons sous le maillot rhodanien, le mieux c'est encore de laisser parler les chiffres : 344 matchs de Ligue 1, 100 buts inscrits, 7 titres de champion, 1 Coupe de France. Evidemment, la première chose qui vient à l'esprit, ce sont les coups-francs assez invraisemblables inscrits au cours de ces huit saisons. Est-il le meilleur tireur de coups-francs de l'histoire du jeu ? Je ne suis pas loin de le penser, même s'il faut pondérer ça par le fait que les ballons actuels permettent d'envoyer des caramels de 35 mètres, ce que les "cailloux" de l'époque Platoche ne toléraient pas. Mais il n'en reste pas moins que ses trajectoires de balle façon "boule de pétanque" étaient parfois hallucinantes.
J'ai d'ailleurs deux anecdotes personnelles à ce sujet. La première remonte à la saison 2004-2005. Je devais remettre le trophée L'Equipe du joueur du mois à Juni avant le match Lyon-Istres. J'étais arrivé grave à la bourre à Gerland à cause d'une rupture de caténaire sur le TGV, et là je croise Jean-Louis Gasset, l'actuel adjoint de Laurent Blanc à Bordeaux et coach d'Istres à l'époque. Je tenais le trophée - qui pesait une tonne - à la main, et Gasset me dit avec un sourire en coin : "Dis donc Pierrot, si tu pouvais lui laisser tomber ton machin sur le pied droit, ça m'arrangerait !" Le Brésilien avait marqué un coup-franc splendide lors de ce match...
La deuxième est beaucoup plus récente puisqu'elle date de mars dernier, quelques jours après le match aller de Ligue des Champions Lyon-Barcelone. J'ai eu Titi au téléphone et je lui disais que pour moi, Valdes était responsable sur le coup-franc victorieux de Juni à Gerland. Il m'avait alors surpris en me répondant ça : "Je crois que tu ne te rends pas compte de la vitesse de retombée du ballon. La trajectoire était vraiment impressionnante, il [Valdes] ne pouvait rien faire."
Mais Juni, c'était beaucoup plus que des coups de pieds arrêtés décisifs. Au fil des ans et des titres, l'ancien joueur de Vasco de Gama a étendu son influence sur le vestiaire et toujours joui d'un statut particulier du fait de son positionnement hybride sur le terrain. Ni milieu défensif, ni véritable meneur de jeu, le natif de Recife n'était jamais aussi bon que lorsqu'il jouait en position de meneur reculé, un peu à la façon d'un Xavi au Barça.
Une spécificité qui a fait sa force mais qui a aussi constitué un handicap certain. Car Juni fait partie de ces joueurs autour desquels il faut bâtir l'équipe. D'où le désormais fameux "4-3-3 à la lyonnaise", mis en place pour lui. C'est également l'une des raisons pour lesquelles Juninho n'a jamais été contacté par un gros club étranger. Parce qu'il est impossible de l'insérer dans un 4-4-2 et qu'à part peut-être à Chelsea dans le rôle d'un Ballack, je ne vois pas bien où ce joueur atypique aurait pu s'épanouir ailleurs qu'à l'OL.
Et puis il y a le coté sombre du personnage. Une certaine promptitude à se laisser tomber, et en certaines occasions un comportement très limite. Juni était un artiste, mais la frustration pouvait parfois le faire sortir de ses gonds et le pousser à mettre quelques taquets bien sentis. Quant à ses rapports avec la presse, ils étaient plutôt bons. Il prenait ses responsabilités et exprimait souvent ses états d'âme. Un bon client, quoi.
A 34 ans, et après une saison pendant laquelle il a été, avec Lloris et Toulalan, le plus régulier de l'équipe, il se dit que le Brésilien pourrait aller honorer un dernier (juteux) contrat dans un championnat exotique. Quoi qu'il en soit, j'espère que les dirigeants lyonnais auront la bonne idée de lui confier un rôle au sein de l'encadrement du club dans un avenir proche. Comme ils l'ont fait avec Sonny Anderson. Désormais, l'OL va devoir vivre sans Juninho. Et avec lui, c'est la plus belle page de l'histoire du club qui se tourne...
Pierrot