Je ne suis pas en train de tenir le discours symétrique à celui qui glorifierait sans recul la science et rejette la religion d'un bloc. Je ne crache pas dans la soupe, je suis un scientifique, pas un de ses grand prêtres qui l'enseigne, mais ceux qui la font, je suis chercheur. Je passe donc mon temps à publier des articles, donc je sais comment ça se passe. Cet aspect est un détail, un point technique, mais sur lequel on peut tenir une critique argumentée et "scientifique" de la science, de sa façon de progresser. Achetez un "pour la science", "science&vie" et analysez les objets de recherche contemporain. C'est pas facile, on baigne dedans, donc ça nous paraît normal. Mais pensez un moment à la Syrie par exemple. Puis repensez à ces objets de recherche... il n'y a pas un vague sentiment de futilité qui vous prend?
Je suis donc juste en train de dire que dans les problèmes fondamentaux, un siècle et demi de science, 500 ans de méthode ou 2500 ans de rationalisme nous ont pas tellement avancé. Et cette avancée, si tant est qu'elle existe, ce n'est pas nécessairement et uniquement la science qui en est responsable.
Deux exemples, peut-être les plus importants:
On dit: la science a permis de développer une maitrise technique de la nature! Magnifique. Aujourd'hui, on commence à envisager sérieusement d'abandonner cette planète qu'on a définitivement abimée, pour en coloniser/exploiter une autre, car la survie de notre espèce parasite, en dépens. Entre parenthèses, je pense que cela ne pourra jamais se faire, pour des raisons de physique fondamentale. Mais c'est une autre discussion.
On dit: la science a permis d'accroître l'espérance de vie humaine. Magnifique! On comprend rien à la vie et à la mort. On ne sais pas comment s'y prendre avec tous ces grabataires qu'on fabrique. Je vis dans un pays qui a légalisé l'euthanasie. Je n'ai rien à dire là dessus, je ne suis pas une exception: personne n'a rien à dire là-dessus. On est complètement démuni sur ces questions (certains font de belles théories, c'est sûr, je pourrais aussi en faire...). On sait aller sur la lune, mais on ne comprend rien à ces histoires de vie et de mort. On a inventé "l'éthique" pour se donner l'impression d'avancer sur ces questions. Mais en réalité, on est perdu.
On vit comme des bœufs, serrés dans une étable, notre seule perspective c'est de brouter davantage, côte à côte, mais sans se parler. On est dans le fonctionnement, on ne mange pas, on se nourrit. Ces derniers jours, j'ai traversé les alpes, j'y ai vu: des coureurs, des cyclistes, des randonneurs... un intense fourmillement vide de sens: très peu de gens contemplaient, se parlaient. Tout le monde est dans l'activité, car il faut soigner son corps. Ailleurs, j'aurais vu des expositions, des musées: il faut soigner son cognitif. On est dans l'entretien continuel d'une machine dont on ne sait même plus quoi faire, finalement (à part l'entretenir). On n'est pas pire, pas mieux que les hommes pré-scientifiques. Mais parler de progrès, pour moi, c'est une vision restreinte: tout un pan de l'être n'a pratiquement pas évolué. Et cette infime évolution, s'il y a eu, ne doit qu'une infime part à la science. La religion n'a pas beaucoup plus de mérite, mais elle n'en a pas beaucoup moins.
Voilà, c'était mon petit chapitre sur science et religion
Vous battez pas, je vous aime tous