Je commence à avoir pas mal écouté l'album donc j'y vais de mon petit (enfin, plutôt long en fait) avis. A noter qu'on peut l'écouter intégralement, reprises comprises,
ici.
Préliminaire : je précise que je dis ce que je pense, que cela n'engage que moi et que mon avis est susceptible d'évoluer avec le temps (généralement, avec DT, ça évolue sur le très long terme). Par endroit, je tacle un peu, ça peut ne pas plaire à certains. Vous voila prévenus
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C'est un bon album mais qui n'atteint pas les sommets du groupe en ce qui me concerne, à cause d'une qualité trop hétérogène.
Les morceaux les plus metal prog sont réussis, voire très réussis :
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A Nightmare to Remember peut sans soucis figurer à côté des classiques du groupe en ce qui me concerne. Je n'ai pas grand chose à redire sur ce morceau que je me passe en boucle. Les riffs tuent, Portnoy déploie une violence inconnue jusqu'alors, Petrucci et Rudess se livrent un duel de haut niveau qui atteint son apothéose avec le désormais classique unisson, c'est une excellente surprise.
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The Shattered Fortress me plaît bien également. Oui, c'est un patchwork d'anciens morceaux mais c'est un exercice fréquent dans les suites progressives, que ce soit en intro comme dans Six Degrees (l'intro instrumentale expose les thèmes majeurs des morceaux suivants) ou en final comme pour cette suite sur l'alcoolisme de Mike Portnoy. Pris séparément, ce morceau peut sembler une compo facile mais dans le contexte adéquat, elle apporte une cohésion nécessaire à l'ensemble. A noter que les solos claviers et guitares, pour une fois séparés, sont excellents.
DT montre globalement son excellence dans les parties instrumentales, complexes bien comme il faut, avec de la virtuosité de très bon goût qui rappelle l'époque de Scenes from a Memory et 6 Degrees. Petrucci, notamment, a soigné tous ses solos et délivre des plans redoutables. Je regrette juste que Myung ne soit pas plus mis en avant.
Là où ça pèche en revanche, c'est quand DT sort de ses parties complexes et veut composer la mélodie ultime, celle qui reste des heures dans la tête. Cette critique concerne à peu près l'ensemble des refrains,
A Rite of Passage en tête dont le refrain rappelle les paroles les plus kitsch du metal des années 80, genre Keepers of the 7 Keys de Helloween. Ca reste dans la tête mais j'aimerais mieux pas en fait. Le morceau est heureusement sauvé par son 2e couplet et sa partie instrumentale vraiment sympas. En revanche, je n'accorde pas le même salut à Wither et The Best of Times. Autant je concède à
Wither un petit parfum d'Awake agréable même si ce n'est pas ce que je préfère dans cet album, autant
The Best of Times me laisse dubitatif. Pour un morceau hommage au père de Portnoy, il ne me touche pas beaucoup : son thème culcul la praline et ses violons dégoulinants ne me plaisent guère et c'est une occasion manquée pour Portnoy de montrer un jeu plus fin que d'habitude. Le solo de Petrucci, à la fin, est le point fort du morceau et il parvient à rehausser un peu l'intérêt du thème grâce aux variations qu'il y apporte.
Reste
The Count of Tuscany. Très ambitieux, ce morceau a ses moments de perfection mais aussi ses faiblesses qui ternissent un peu l'ensemble. En l'occurrence, je trouve véritablement trop longue la partie en violoning de Petrucci et la partie acoustique qui la suite me paraît très, très faible (ça me rappelle du Raphaël, c'est dire). Le solo final de Petrucci, très inspiré, arrive un peu trop tard pour relever l'ensemble. C'est d'autant plus regrettable que toute la première moitié du morceau frise le 20/20 : mettre la partie instrumentale au début était plutôt inattendu, et il y a une vraie ambiance maîtrisée. Donc semi déception en ce qui me concerne sur ce morceau annoncé comme quasi le nouveau Change of Seasons.
Si DT s'était arrêté là, j'aurais sûrement été un poil déçu par Black Clouds and Silver Linings : excellent par endroits, mais avec des plages que j'aurais zappées systématiquement.
Mais DT ne s'est pas arrêté là. Il y a un cd de reprises qu'il serait débile de bouder puisque la différence de prix est minime. Et là, ça déchire le slip du début à la fin. Je ne vais pas faire une critique détaillée de chaque morceau mais DT montre sa capacité à reprendre à la perfection les classiques (ou moins classiques) des autres. Ceux qui les ont vus jouer Number of the Beast ou Master of Puppets le savent depuis longtemps. Sur ces 6 reprises, 2 instrumentales aux solos de violon électrique incroyables (surtout sur Odyssey). Sur les autres morceaux, Labrie assure vraiment et quant à Petrucci, c'est simple, il est partout et arrive à capturer l'essence de chaque guitariste repris, de Blackmore à Brian May.
En conclusion : un double album de 12 titres qui s'en sort plus que bien grâce aux 6 reprises et à quelques compositions exceptionnelles. Je m'interroge néanmoins : je trouve quelque part inquiétant d'être plus critique vis-à-vis des compos que des covers. Est-ce à dire que je considère DT comme de bien meilleurs interprètes que compositeurs, notamment en qui concerne le chant ?
Je place cet album derrière Scenes from a Memory et Six Degrees dont je ne jette pas une seule note. Il se bat avec d'autres pour la 3e place, ça dépend de mon humeur du jour (sauf qu'Octavarium reste au fond avec When Dream and Day Unite).
Les petits pains, ça fait du bien au ventre et les gros pains, ça fait du mal aux oreilles.