The Rolling Stones - Their Satanic Majesties Request - 1967
(
partie 3 - La musique)
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Cette photo, prise par
Michael Cooper durant les sessions de
Their Satanic Majesties Request est titré
11 hands.
11 mains, curieux en effet quand on sait que les
Rolling Stones étaient cinq !
- Est ce que Their Satanic Majesties Request est un bon album ?
En tenant compte des éléments précédents (le départ d'
Andrew Loog Oldham, les démêlés avec la justice, le (19th) nervous breakdown de
Brian Jones... ) je dirai que oui, clairement.
Il a trop longtemps souffert d'être considéré juste comme une mauvaise copie de
Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des
Beatles, certes la pochette a été réalisée par le même auteur (Michael Cooper) mais les Stones ont tenté eux aussi, certainement de manière plus maladroite, de réaliser un album psychédélique, ce qui de toute évidence n'est pas leur domaine de prédilection...
Ce n'était pas un album usuel pour eux, quelque part les
Beatles poussaient le monde entier au psychédélisme mais au jeu de "l'expérience psychédélique", de la créativité débridée, de l'improvisation, du lâcher prise, les Rolling Stones n'était tout simplement pas dans leur élément naturel, pour eux, c'était surtout au travers du blues et du rythm'n'blues (la British Invasion) que ce type d'expression passait, mais ces influences sont complétement absentes dans Their Satanic Majesties Request, preuve qu'ils ont osé sortir de leur zone de confort.
Je dirai qu'ils se sont plié à l'expérience avec succès, même si l'album a été longtemps décrié et a divisé la critique, parfois par les Stones eux même -
Keith Richards notamment, n'hésitant pas a en parler négativement - "the album was a load of crap".
Bill Wyman, le Stone qui prenait le moins de drogues, fut effaré du manque de rigueur, 1 a 2 mois avant sa sortie, l'album était encore loin d'être terminé...
Beaucoup de titres furent étoffés grâce aux effets spéciaux de studio (
Glyn Johns fit un super boulot, ainsi qu'
Eddie Kramer qui travaillait aussi sur
Axis: Bold as Love du
Jimi Hendrix Experience dans un studio adjacent...).
Heureusement, même si pour la première fois les Stones durent s'auto produire, les musiciens additionnels étaient talentueux :
John Paul Jones, le futur bassiste de
Led Zeppelin travaillât sur des orchestrations et le grand
Nicky Hopkins fit les parties d'orgue, de piano et de clavecin.
C'est a lui que l'on doit notamment la magnifique ligne mélodique de
She's a Rainbow au piano.
Nicky Hopkins, l’homme qui a joué avec les Beatles, les Rolling Stones et les Who...
Marianne Faithfull,
Anita Pallenberg, Steve Marriott et
Ronnie Lane des
Small Faces firent des chœurs, ainsi que
Lennon et McCartney sur le premier titre :
Sing This All Together.
Puis, après ce titre "de présentation", le titre
Citadel frappe directement par son riff énorme, les paroles sont étonnantes, a la fois descriptives de l'environnement de l'époque : (
Candy and Taffy étaient 2 personnes transgenres - dragqueens comme l'on disait plutôt à l'époque - que Jagger avait rencontré a la
Factory d'
Andy Warhol) mais le titre est aussi digne d'une science fiction visionnaire et dystopique dans le genre du
Metropolis de
Fritz Lang.
Citation:
In the streets are many walls
Here the peasants come and crawl
You can hear their numbers called
...
Screaming people fly so fast
In their shiny metal cars
Through the woods of steel and glass
Candy Darling avec
Andy
https://en.wikipedia.org/wiki/(...)rling
In Another Land est l'un des rares morceaux (le seul ?) écrit par
Bill Wyman qui produisait en parallèle
The End, excellent groupe psychédélic anglais avec qui il a coécrit
Shades of Orange et produit l'album
Introspection (page
168 post #2506)
Le clavecin est merveilleux et le titre a un côté "conte de fée onirique" dans le style de
Syd Barrett...
Puis vient
2000 Man.
Ma théorie est que l'album a plus qu'une valeur de capsule temporelle, il a étonnamment une valeur quasi prophétique pour un album réalisé en 1967...
Si c'était la perception de l'an 2000 que Jagger avait à l'époque... c'est incroyablement bien vu !
Il y avait déjà des préoccupations écologiques, environnementales, technologiques... voire une anticipation en 1967 de l'internet ( I am having an affair with the random computer)
Citation:
Well, my name is a number, a piece of plastic film
And I'm growin' funny flowers in my little window sill
Don't you know I'm a 2000 man
And my kids, they just don't understand me at all
Well, my wife still respects me, I really misused her
I am having an affair with the random computer
Don't you know I'm a 2000 man
And my kids, they just don't understand me at all
Oh, daddy, proud of your planet
Oh, mummy, proud of your son
Oh, daddy, proud of your planet
Oh, mummy, proud of your son
Oh, daddy, your brain's still flashing
Like it did when you were young
Or do you come down crashing
Seeing all the things you'd done
All was a big put on
Citation:
Yes, of course the album is a very personal thing.
But the Beatles are just as introspective.
You have to remember that our entire lives have been affected lately by social-political influences.
You have to expect those things to come out in our work.
In a way songs like 2000 Light Years from Home are prophetic, not at all introvert.
They are the things we believe to be happening and will happen. Changes in values and attitudes.
-
Brian Jones, 1967
Sing This All Together (See What Happens)
Le titre est un freak out psychédélic, un morceau "jam" apparemment sans structures pré-établies qui commence dans une ambiance de soirée, puis Mick Jagger demande "where's the joint ?" et l'improvisation commence pour huit minutes de sons, cris, bribes de riffs, rythmes et mélodies décousus...
Bill Wyman décrivait l'ambiance en studio comme totalement libre, avec chaque personne présente s'emparant d'un instrument étrange disponible...
Dans ce contexte,
Brian Jones était de toute évidence d'une polyvalence extraordinaire.
Je comprends que ce titre puisse énerver, particulièrement les fans plus "rock classique" des Stones mais personnellement j'aime bien, même si je ne l'écoute pas systématiquement, c'est le titre où les Stones jouent sincèrement le jeu de l'expérience musicale psychédélique avec tout ce qu'elle entend par improvisations, expérimentations, abstractions, mysticisme mais aussi répétitions de thèmes éreintants n'amenant nulle part, exercice puérile et aspects régressifs...
Charlie Watts aux tablas
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J'ai déjà posté de nombreuses fois le merveilleux
She's A Rainbow
Les arrangements des instruments à cordes sont dus à John Paul Jones, futur membre de Led Zeppelin.
La partie de piano est jouée par Nicky Hopkins, tandis que les parties de Mellotron sont de Brian Jones.
Je suppose une influence plus ou moins lointaine du titre de
Love -
She Comes in Colors sorti en 1966.
(page
88, post #1312)
The Lantern
Magnifique effet de tremolo...
Écrite par Mick Jagger et Keith Richards, la chanson apparait également en face B du single américain d'In Another Land, crédité au bassiste du groupe Bill Wyman.
Bill Wyman, Charlie Watts, Brian Jones durant les sessions
Gomper
Mick Jagger endosse le rôle d'un mage mystérieux relatant une romance imaginaire, est ce un rêve, une hallucination ou la réalité... ?
Le titre fera office d'alter égo au
Within You, Without You des
Beatles sur les influences orientales, capturant l'essence mystique d'une fantaisie onirique et psychédélique.
Brian Jones au dulcimer et nombreux instruments exotiques... Charlie Watts aux tablas.
Keith & Mick
2000 Light Years From Home
Un des meilleurs titres de l'album et l'un des meilleurs riffs de
Keith Richards sur un chef d’œuvre psychédélic magnifié par le Mellotron et le thérémine joué par Brian Jones.
On With The Show
Dans un coté théâtral et vaudeville, On With The Show vient clore l'album dans une sorte de cabaret ou de cirque bizarre.
La conclusion de Their Satanic Majesties Request a certainement pour but d'amener de la légèreté et de l'excentricité en affirmant finalement ne pas prendre trop au sérieux cette scène étrange, alors que le rideau se referme sur les sons d'un piano honky tonk...
Par la suite, les Stones ne produiront jamais plus d'album similaire...
Être plutôt que paraître, brouter plutôt que paître...