Satya Sai Maitreya Kali (Craig Smith) – Apache / Inca - 1972
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Attention
Cet artiste fait partie de ce que j'appelle les grands brulés : cette nébuleuse de compositeurs sous-estimés, tombés dans l’anonymat et dont les rares créations témoignent d’une expérience psychédélic s'étant révélée autant une désintégration psychique que l'expression d'une sensibilité artistique exacerbée.
Dans ce registre, je classe l'album de
Satya Sai Maitreya Kali alias
Craig Smith au même titre que les albums solos de
Skip Spence,
Syd Barrett,
Roky Erickson ou
Bruce Palmer.
https://maitreyakalicraigsmith(...)-inca
La tragique histoire de
Craig Smith commença pourtant sous les feux des projecteurs, avec diverses apparitions dans l’émission
The Andy Williams Show et une collaboration avec les
Monkees lors des sessions d’enregistrement de son premier groupe
The Penny Arkade.
Craig Smith (avec des lunettes) dans The Penny Arkade - 1967
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Sous son allure de golden boy, le teenager compose ses premières chansons, dont le fameux
I Care Babe sorti en 1966.
On distingue déjà sa signature vocale et les premiers ingrédients psychédélics qui se concrétiseront avec la rencontre de
Chris Ducey.
Les deux compères composent ensemble, et forment la mouture d’un groupe informel, The Penny Arkade, avec le soutien de
Mike Nesmith des Monkees. (voir
Penny Arkade -
Not The Freeze page
143 post #2132)
Plusieurs titres sont enregistrés dont le fameux
Voodoo Spell que
Frank Zappa considèrera comme l’une des meilleures chansons de 1967.
Mais l’album reste dans l’ombre (il ne sera finalement édité qu'en 2004
), et devant le peu de reconnaissance du public, le groupe ne lui donnera pas de suite.
Grace aux royalties des chansons qui deviendront l'album Not The Freeze, Craig part dans un voyage hippie vers l'orient, en Inde, avec quelques amis adeptes des religions exotiques, il fume de grandes quantités d'herbe et il prend sur une base quotidienne de nombreuses doses de LSD puis Craig poursuit sa route en solo jusqu’en Afghanistan…
C’est là que le mystère s’épaissit, car, de retour en Californie, c’est sous une nouvelle identité que Craig Smith refait surface : il devient
Satya Satia Maitreya Kali, persuadé d’être la réincarnation du
Christ, de
Buddha et de
Hitler.
A son entourage, il raconte avoir été victime d’une attaque à Kandahar et avoir été laissé pour mort.
Ses propos incohérents inquiètent la plupart de ses amis.
Satya Sai Maitreya Kali (Craig Smith) en 1969
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En proie à une folie rampante, il entre en studio dès 1969 pour enregistrer ses compositions.
Le résultat est d’une incroyable beauté, insaisissable, d’une fragilité déconcertante.
C’est aussi le témoignage d’une âme en pleine dérive.
Le destin semble ensuite s’acharner sur Craig Smith..., en proie à des délires mystiques et schizophréniques, il se fait tatouer une araignée sur le front, s'auto-proclame messie psychédélique et finit par agresser sa mère au couteau.
Il est écroué dans un centre psychiatrique où un traitement intense effacera sa mémoire.
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S’ensuivent des années d’errance dans les rues, avant que
Mike Stax, journaliste et critique à
Ugly Things Magazine, ne lui consacre un livre, le but était de reconstituer le puzzle et de retrouver Craig Smith.
https://feralhouse.com/swim-th(...)ness/
Il le sera, mais inanimé dans un squat ou il meurt le 16 mars 2012, après des années de vie sans domicile fixe.
Il reste que ses deux albums n’en forment en réalité qu’un, ils font l’objet d’un véritable culte, jusqu’à ce que Mike Stax retrouve les bandes originales pour les rééditer en 2019 : 500 exemplaires seront rapidement écoulés.
On parle ici d’un monument inclassable, d'une beauté fragile aux chemins des genres musicaux, d’un disque immersif au cœur de la solitude.
Un voyage dont on ne revient pas indemne.
Apache et
Inca ne ressemblent à aucune œuvre à ce jour, enregistrés sur le vif, dans l’urgence, à la manière d'
Oar de
Skip Spence ou de
The Madcap Laughs de
Syd Barrett, au moment où la folie projetait son ombre menaçante.
Playlist Complète :
Être plutôt que paraître, brouter plutôt que paître...