Bon , j’ai un peu de temps pour aller plus loin et répondre précisément aux propos pour le moins expéditifs de Beuc.
Alors point par point, revenons sur ces arguments lapidaires.
1/ "satriani sur un defi anonyme...Pfff!!! on le prendrait pour un med d'or classique"
Oui peut-être ou non peut-être pas. Personnellement j’aurai la modestie de dire que je n’ai pas la moindre idée de ce que cela pourrait donner. Mais affirmer qu’à coup sûr, sa prestation serait considérée comme classique (banale ?), çà relève simplement du don de voyance. Ami médium, si tu as les prochains N° du loto, je suis preneur.
2/ "il n’a aucune identité musicale"
On touche ici à un concept pas facilement mesurable. A partir du moment où un musicien compose, il s’exprime en véhiculant une part de lui même : son savoir, son histoire, ses désirs du moment etc. Que cette expression s’affine avec le temps, qu’elle se focalise ou qu’elle gagne en polyvalence, personne n’a jamais la même chose à dire avec la même façon de le dire. Les différences sont parfois ténues, mais elles existent !
Que tu ne reconnaisses,toi, aucune spécificité à Satriani ou que tu considères que son style se soit finalement perdu au milieu d’un marasme de copies galvaudées, tout cela n’enlèvera rien au fait que certains entendront dans son oeuvre un son, un sens de la mélodie, un toucher (...) personnel... et donc unique.
3/ "c’est juste un frimeur amerloque"
Intéressante association, avec un mot pour le peu connoté. L’utilisation de amerloque pour américain dénote un certain mépris si je ne m’abuse. Alors que doit-on comprendre ? Ces salauds d’américains sont tous des frimeurs ? Ou alors tous les frimeurs sont forcément américains ? Arguments étonnants à défaut d’être défendables.
4/ "si satriani arrive à me suivre sur une seule grille, je lui donne toutes mes guitares"
Ce à quoi j’aurai répondu très familièrement : "rien à branler, compose-moi des morceaux que j’écouterai en boucle pendant des années, çà me suffira !!!"
J’imagine un prof des beaux arts dire à un élève : "Picasso, un grand peintre ?! Laisse moi rire ! S’il me reproduit la fresque de la chapelle Sixtine je lui donne tous mes pinceaux !"
Fabuleux ! A ce compte là, Hendrix, Jimmy Page et tellement d’autres sont des pauvres merdes !
Pour être un grand guitariste faut aller à 100 à l’heure et maîtriser toutes les gammes du monde ? C’est le concours de celui qui à la plus grosse ? Quand est-ce qu’on crée les jeux olympiques des gratteux ? Pourquoi devrait-on choisir le meilleur ? On le sacre sur quel critères objectifs ? Des bons j’en connais. Je sais surtout celui ou ceux que je préfère. Mais le meilleur, personnellement je serai bien incapable de le désigner. Parlons de nos goûts, pas de nos classements !
On peut apprécier un mec qui joue lentement sur deux cordes et un mec qui exploite tout le manche à la vitesse de la lumière. J’aime les savants et les virtuoses qui par leur faculté d’exécution ne brident par leur créativité. J’aime aussi les ignorants et les laborieux qui par leur limitations contournent les obstacles pour finalement exploiter des terres nouvelles. C’est pas incompatible.
Voilà donc, je pense que nous serons tous d’accord pour ne pas réduire la qualité d’un guitariste (ou de tout autre artiste) à sa seule technicité. Dans le sens commun, un grand guitariste, c’est un gars qui vous parle, qui vous touche particulièrement, qui vous procure une vraie émotion et un plaisir renouvelé. Ils ne sont pas légion mais on connaît tous des guitaristes de l’ombre qui nous bouleversent. Des gars suivis dans les bars, entendus sur des CD auto-produits... parfois des voisins, parfois des amis. Les grands guitaristes des uns ne seront pas forcément les grands guitaristes des autres !
Depuis que le disque est devenu une industrie, la définition s’est sensiblement étendue. Un grand guitariste navigue dans une dimension où s’associent le succès, l’héroïsme et finalement la légende. Sous cet aspect, un grand guitariste, c’est un musicien qui bouleverse les habitudes, qui révolutionne un genre, qui influence une génération et qui cumule les grosses ventes. Le talent brute ne suffit plus. Il doit être épaulé par un certain charisme, un sens aigu du marketing et une chance insolente. Problème, on a les ingrédients mais pas la recette. Un musicien qui trouve un large public et qui le fidélise dans la durée, ce n’est rien d’autre qu’un miracle ! Cette rencontre improbable, peu la connaîtront.
5/ Intermède musical... pas de citation de Beuc ici.
Ce qui me permet de revenir aux interrogations sous-jacentes de Jeff. Aujourd’hui, et à la lecture de pas mal de commentaires, il ne fait nul doute que tu touches sur ce forum beaucoup de gens. Pour certains, tu es un grand guitariste... leur grand guitariste. Rien que çà, c’est énorme ! Si une seule personne est fan de toi, plusieurs millions peuvent l’être. Le passage du premier état de fait au second n’est qu’un incroyable concours de circonstances. C’est la que les deux définitions se rejoignent.
Quant à la notion de style, que dire ? Il est bien difficile de se faire une idée de ton univers à travers des défis trop courts et truffés de contraintes techniques. Je préfère les programmes libres aux figures imposées. Ton style, c’est naturellement au travers de tes compositions qu’il se détachera. Manifestement quelques auditeurs l’ont déjà appréhendé... d’autres pas. Mais ce n’est pas parce que ces derniers n’arrivent pas à le définir qu’il n’existe pas. Ton style, c’est ta façon de t’exprimer à un instant T. C'est une partie de toi, une empreinte, un prolongement naturel partiellement maitrisable... partiellement seulement. Alors évite de te prendre la tête et ne retiens que ce qui te fais du bien.
6/ "bah qui tu veux que j'ecoute ??? le plus grand, satriani evidement..."
Dans ton cas, puisque tu considérais Satriani comme un grand avant tes premiers cours, j’ose penser qu’il a contribué à ton éducation musicale, qu’il à porté sa pierre à ton imaginaire artistique. Que pour une part il a nourri ton envie de faire de la guitare. Et bien, c’est déjà un élément précieux ! Tu ne l’apprécies plus aujourd’hui... peut-être parce que tu as touché du doigt ses lacunes techniques. Ce sont tes critères et c’est ta liberté. Tu as depuis évolué, écouté et découvert des choses qui t’ont éloigné de tes premières amours. Je ne vois pas ce qu’il y a à y redire. Par contre, il faudra bien que tu admettes que certains découvrent encore Satriani avec engouement ou que d’autres y reviennent avec joie.
Pour finir sur une note positive, nous nous retrouverons peut-être sur un point, et c’était peut-être le sens de tes interventions maladroites. Personne ne devrait se satisfaire de la seule poignée de musiciens servie paresseusement par la presse, la radio ou la télévision. Il faut alimenter sa curiosité, chercher au delà de la simple consommation de masse. Cette exploration, pas forcément facile, amène à des découvertes émouvantes, indéniablement. Mais pas besoin que ce cheminement débouche sur du sectarisme. Non, un gamin de 14 ans ne devrait pas se contenter de clamer que Satriani est son guitariste préféré s’il ne connaît que lui. Et oui, il faudra accepter qu’il continue à clamer que Satriani est son guitariste préféré une fois qu’il aura entendu les autres !
Désolé, j’ai été très long !