Tenez, je me suis essayé à l'exercice de regarder les programmes des différents candidats sur le seul sujet que je connais techniquement : le nucléaire civil de production d'énergie électrique.
Ils ont tous à la fois des propositions sensées et foireuses selon moi.
De gauche à droite :
Mélenchon : Sortir totalement du nucléaire en 2050, fermer Fessenheim, enterrer l'EPR de Flamanville.
La sortie totale en 2050 est à mon sens inconcevable pour un pays comme la France, vu le nombre d'habitants et le tissu industriel et productif. Par contre, je le prends plus comme l'affichage d'une volonté d'aller très fortement vers les productions alternatives, ce qui fixerait un cap d'investissement et un engagement politique. En gros, afficher 0% en 2050, c'est un idéal permettant de mettre les moyens pour commencer à faire quelque chose d'offensif dans le domaine. Ca me semble être une bonne idée.
Fermer Fessenheim, je n'ai pas d'opinions partisane sur le sujet : l'Autorité de Sûreté doit selon moi être seule juge sur ce genre de décisions. Là encore, j'y vois la volonté d'amorcer les phases de démantèlement de nos réacteurs de Génération III, et ça peut se défendre y compris d'un point de vue technique : se mettre à plancher sur le sujet avec un "prototype" permettrait d'être prêt quand il faudra le faire à plus grande échelle, y compris pour vendre de l'expertise à l'export. En tous les cas, c'est cohérent avec le premier point de 0% de nucléaire en 2050.
Enterrer l'EPR de Flamanville me semble être une grosse connerie, par contre : à moins que l'ASN ne donne pas son feu vert au démarrage (problèmes de l'acier), on n'enterre pas comme ça un projet de plusieurs milliards qui n'a jamais été aussi près de tomber en marche. Tout en étant cohérent avec le premier point, c'est pour moi une décision déraisonnable et indéfendable. Il faudra démarrer Flamanville, sous peine d'enterrer définitivement la filière nucléaire française d'un point de vue commercial.
Hamon : comme Mélenchon, sauf sur le sujet de l'EPR.
Mêmes remarques, donc. J'ajouterais que Hamon propose des aides pour que les citoyens s'équipent en moyens de production individuels. Je suis partagé sur le sujet, depuis toujours : c'est bien du moment que tout le monde joue le jeu, pas comme les panneaux solaires installés sur les toits pour lesquels tout le monde se gave (constructeurs, installateurs), sauf au final le client (quand ton panneau commence à tomber en rade au bout de 12 ans, tu l'as dans l'os du point de vue de la garantie), et son voisin (qui finance la filière avec ses impôts et avec le coût plein pot du kWh).
Il y a toute une chaîne à mettre en place, et ça Hamon n'en parle pas.
Macron : doublement des capacités éoliennes et solaires d'ici à 2022, 50% de nucléaire en 2025, Fermeture de Fessenheim, fermeture des dernières centrales à charbon.
Là, il y a un truc incohérent et pas du tout explicité : doubler le solaire et l'éolien entre maintenant et 2022 revient à ajouter 18 GigaWatt de production possible - passer à 50% en nucléaire dans le même revient à retirer environ 30 GW. Et si dans le même temps on ferme les dernières centrales à charbon, et en sachant qu'on ne peut plus construire de barrages, il y a un gros manque de 12 GW. Une bagatelle.
Bref, il y a un gros trou dans le raisonnement.
Cela dit, en tout état de cause, il s'inscrit dans la Loi de Transition Energétique, ni plus ni moins, ce même trou est déjà présent actuellement. Mais bon, on continue le pipeau.
Sur Fessenheim, voir plus haut.
En fait, Macron fait du Hollande sur ce sujet.
Fillon : augmentation de la durée d'exploitation des centrales (sauf avis de l'ASN), ne pas fermer Fessenheim, focus sur un type de réacteurs plus petits (filière Small Modular Reactor - SMR), consolidation de la filière nucléaire française ("d'excellence"), renforcer les études sur les réacteurs de Génération IV, augmentation du recours au renouvelable.
Le programme de Fillon sur le sujet, c'est le rêve des ingénieurs du nucléaire : ça tape tout azimuth, à la fois dans la production et la recherche.
Objectivement, si on part du choix de continuer à baser majoritairement la production d'électricité sur le nucléaire en France, ça se défend.
D'un point de vue industriel et commercial, je suis par contre très sceptique sur les SMR : la France a pris énormément de retard par rapport à d'autres pays, et un tel retard dans un domaine aussi pointu que celui-ci ne saurait être rattrapé sans mettre des moyens colossaux. Les-dits moyens devront aussi être mis dans le parc plus "classique" pour pouvoir étendre la durée de vie, ce qui me fait dire que ce n'est tout simplement pas réaliste de prévoir de jouer sur les deux tableaux à la fois.
Sur Fessenheim et l'augmentation de la durée de vue des centrales, le choix est cohérent avec le reste, et techniquement jouable du moment que l'ASN reste seule décisionnaire.
Le Pen : affirmation du pouvoir de l'Etat sur EDF, ne pas fermer Fessenheim, modernisation et sécurisation des centrales, développements massif des filières des énergies renouvelables mais suspension de l'activité des éoliennes ("immondes" et "ne marchent pas").
Assez proche des positions de Fillon sur le parc existant.
Le coup des éoliennes, j'avoue ne pas trop comprendre sa position, si ce n'est pour se mettre le monde rural dans la poche (en tous cas ceux qui râlent contre le bruit et la vue de ces grand trucs tournants) : l'éolien a produit 4% de l'électricité en 2016, soit 20% du renouvelable. Donc ça me semble être un peu en contradiction avec le développement massif des énergies renouvelables qu'elle prône par ailleurs.
Cela dit, elle n'est pas à une contradiction près : il y a quelques années, c'est le nucléaire qu'elle jugeait "dangereux", et elle affichait clairement une position défavorable sur la filière. C'était après Fukushima, et chacun se fera son opinion sur les raisons qui lui ont fait tourner casaque.
Voilà, ça me semblait être un exercice intéressant à faire.