Comme si c'était si dur de s'abstenir ! La vraie force d'une démocratie, c'est l'abstention, et elle est toujours bafouée ! Mieux que le bulletin blanc, le non-bulletin ! Je trouvais déjà que voter était en soi d'une prétention puante bien avant l'affaire Le Pen, mais là, c'était le pompon de l'outrecuidance. En ce mois de mai 2002, les abstentionnistes étaient carrément des "fascistes". Car ne pas voter pour Chirac, c'était donner des voix pour Le Pen, selon leurs calculs !
Une qui s'en foutait, et qui poussait l'abstention jusqu'à s'abstenir de donner une consigne de vote, fût-elle de s'abstenir de voter, c'était Arlette Laguiller. Elle avait déjà été très bonne sur le 11-Septembre : pas question pour Arlette de verser une seule larme sur les chaussures en crocodile des traders du WTC ! [...]
Résultat sans aucune surprise : Chirac fut réélu à 82 %, comme un dictateur, sauf que ce n'était pas lui le dictateur, mais le peuple, un peuple de connards de gauche médiocre et de droite faux-cul, tout un tas d'imbéciles incapables d'assumer leur fascisme intrinsèque jusqu'au bout...
(Marc-Édouard Nabe, Les Porcs, 2017)