Je reviens de mon escapade bruxelloise. J'ai vraiment bien fait d'aller voir de mes yeux et n'ai pas perdu ma journée. Je fais un petit compte-rendu rapide:
départ en train avec mon frère (qui devait couvrir pour son magasine), sans gilet jaune (pour la bonne raison que je n'en ai pas), on tombe sur une dame d'une soixantaine d'années qui se rendait à la manif aussi. On ne l'a plus lâchée, elle était seule et c'était vraisemblablement sa première manif. Quand elle nous a demandé "j'ai vu sur facebook que si on recevait du gaz lacrymo dans les yeux il fallait mettre du citron, c'est vrai?", on lui a dit de rester près de nous, c'est plus sûr
Première provoc': à l'entrée de Bruxelles, une petite voix nous dit très gentiment dans l'interphone que pour ne pas perturber les visiteurs de la ville, le train ne s'arrêtera pas à Bruxelles-Centrale (point de départ de la manif), mais à la suivante, donc on vient de gagner un peu de marche dans le vent. Je critique pas la méthode, mais niveau fair-play y a à redire comme disait mr Constantin. Arrivés à la bonne gare on comprend (on s'en doutait, mon frère m'avait prévenu): un joli cordon bleu nous attend pour la fouille. Rien de dangereux, non, si on pouvait passer ce serait gentil, merci. Ah si, ils ont voulu garder ma bouteille d'eau. Dans le hall immense de la gare du Midi, déjà quelques gars menottés, peut-être avaient-ils autre chose des bouteilles d'eau? Bref.
On passe quelques coups de fil, pour retrouver des potes, prendre la température. On va vers la porte de Namur, et on voit le premier rassemblement, timide. C'est le seul que l'on verra avec des drapeaux, ceux du syndicat socialiste. Deuxième provoc': alors qu'on se tenait à l'écart, je vois que des gars dans une voiture nous prennent en photo. Ils baissent la vitre: "vous allez à la manif? Attention à vous hein, on a des photos de vous maintenant!". Merci...
On va vers le gros de la manif, rue Belliard, heureusement grâce aux coups de téléphone qui nous tiennent au courant car la manif est déviée, re-déviée,... La foule n'est pas très importante, 1000, 2000 personnes peut-être. Pas de drapeaux, un peu de tous les âges, c'est assez sympa et bon enfant. Il y a bien quelques gars masqués, mais on les connaît, ce sont les Black-Blocks. On s'en tient loin, je les ai vus à l'oeuvre plusieurs fois. On comprend vite qu'on s'est fait avoir comme des gamins: on est dans une rue en ligne droite à deux issues, et la deuxième vient de se faire refermer par les flics. Là ça commence à chauffer, comprenant ça des gens commencent à paniquer face au barrage de robocops, et d'autres sortent les pétards. On est toujours avec notre gentille dame, qui commence à regretter d'être venue. Ca commence à taper un peu, et il y a peu d'échappatoires. Je dis à mon frère "sors ta carte de presse, on se casse", il me répond qu'il veut encore prendre quelques photos. Je commence à flipper un peu, ça charge et on est pas loin avec une invitée surprise à protéger. Je vois des gens plus vieux commencer à vraiment avoir peur. On parvient à se tirer du chaudron grâce à la carte que mon frère montre aux flics. On retrouve quelques autres rassemblements mais ça commence à casser un peu partout, autant en rester là.
Je vois donc un peu mieux les choses:
- je n'ai pas vu de facho, sauf un, Max le Belge (je ne connaissais pas), youtubeur belge complotiste. Je n'ai pas entendu le moindre propos permettant de penser qu'il y en avait d'autres.
- par 3x les policiers ont provoqué. Ils n'ont à aucun moment tenté de calmer les choses et ont chargé les premiers. Sans compter le coup des photos et de l'intimidation AVANT d'aller à la manif.
- en causant et en écoutant ce qui se dit, c'est vrai que c'est dispersé au niveau des revendications, mais assez sensé en fin de compte: âge de la pension (67 ans chez nous, justice fiscale, fin des paradis fiscaux, sécu,... Je n'ai pas entendu le mot "migrants", mais "pauvre" plein de fois.
Là je suis dans le train, et apparemment on est partis au bon moment, il semblerait que ça chauffe bien plus maintenant. Mais je rejoins le mouvement.