J'ai vu Black Swan hier soir...
Comment peut-on rater un film qui a tout pour fonctionner ? Un sujet en or (revisiter un mythe) doublée d'un rapport transgénérationnel (la volonté de ne pas dépasser la mère qui est une danseuse ratée transformée en marâtre tortionnaire), une actrice superbe, des capacités à faire des effets spéciaux impressionnants, un réalisateur qui a su faire ses preuves dans un style dérangeant et intelligent dont il semble être le dépositaire (Requiem for a dream, Pi, The Wrestler, The fountain...).
Et pourtant. Black Swan fait tous les mauvais choix : une photographie laide, un cadrage convulsif,
(spoiler) un retournement de situation positive pour son personnage principal (elle n'est pas prise puis en mordant le metteur en scène, elle est prise... étrange quand même !) alors qu'il aurait été tellement plus riche de voir le personnage de Nina vivre son rôle à l'ombre d'une autre danseuse douée mais superficielle. fin du spoiler)
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Ensuite des effets spéciaux de type "grand guignol" dans l'auto-mutilation donnent un côté film d'horreur grand public franchement inutile et alourdissent le récit. Puis les métaphores visuelles ultra soulignées (clair obscure, l'autre soi-même dans le miroir). Enfin, une fin terriblement explicative qui achève l'approche "prêt-à-penser" du film, pour éviter de frustrer le public qui risquerait encore de se dire qu'il n'a rien compris. Il est pourtant tellement agréable de voir et de revoir un film en tirant différentes conclusions au fil des années.
Restent quelques beaux moments où Nathalie Portman se révèle très douée passant de la fragilité à la prédation, Vincent Cassel quand il ne s'autoparodit pas est relativement juste, Mila Kunis par contre est affublée d'un personnage monochrome. Peut-être s'agit-il là de consignes de production pour Aronovsky qui par le passé a su ne pas prendre son public pour une bande de sous-doués végétatifs. Au demeurant, c'est avec ce film qui pourrait s'appeler "la métaphore visuelle pour les nuls" qu'il décroche les oscars...