Les Fantasmes d'Assayas
Je finis par voir le film sur Carlos d'Olivier Assayas... J'avais déjà eu affaire à son frère, l'aussi mou Michka, un dingo de rock... Le producteur du
Carlos, c'était Daniel Leconte, le pote de Val et Malka à
Charlie Hebdo (début 1974, Carlos lui-même avait été informé que parmi les journalistes étrangers qui fréquentaient le restaurant qui se trouve derrière Il Banco di Roma, rue Hamra à Beyrouth, se trouvait l'
agent français Daniel Leconte)... Au générique, un panneau-avant-propos disait que le
Carlos d'Assayas était "avant tout une fiction". Des éléments avaient été "nécessairement romancés". Aïe !
Ça commençait en 1973, par les conséquences de Munich. Assassinat par le Mossad de Mohamed Boudia du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) à Paris, puis on se retrouvait à Beyrouth en pleine guerre, avec Carlos (pas mal dans le rôle, Édgar Ramírez, un parent très lointain d'Ilich). Musique, agitation, caméra désagréable... Il se croyait bon dans le
cut, Assayas : n'est pas Pialat-Dedet qui veut ! Un faux air de film d'espionnage, mais à la française, c'est-à-dire raté. La lumière, le cadrage, les images surexposées, les couleurs saturées... Carlos allait voir Wadie Haddad, chef du département des opérations extérieures du FPLP, qui lui déclarait qu'Arafat était un traître. Vraiment ?
Puis Carlos rencontrait Michel Moukharbal à Paris, le remplaçant de Boudia. Première mission : liquider Joseph Edward Sieff, le boss sionard de Marks & Spencer à Londres,vice-président du Congrès juif et frère cadet de Lord Seiff, le grand chef sioniste britannique (Sieff ne sera que blessé).
Carlos ensuite se regardait nu dans la glace, la queue à l'air (petite, bien sûr...), ou alors caressait une femme avec une grenade, tellement ce pédé d'Assayas voulait le montrer en narcissique "petit bourgeois égocentrique"... Toujours le point de vue du gauchiste parvenu qui méprisait par jalousie l'anar bohème resté lumineux... On connaît.
1975. Moukharbal était interpellé à l'aéroport de Beyrouth. De retour à Paris, il était filé, et donnait Carlos et l'adresse d'une de ses planques, au 9, rue Toullier, premier étage. C'était la fête chez les jeunes Latinos... Des filles hippies jouaient de la guitare, on buvait, quelqu'un frappait à la porte : police. Le flic demandait ses papiers à tout le monde. Sur le passeport de Carlos, il reconnaissait le nom indiqué par Moukharbal. Il lui sortait une photo où on voyait Carlos et la balance ensemble. Carlos niait et demandait que Moukharbal vienne le dire devant lui. Ça tombait bien, l'autre était dans la voiture en bas. Un troisième flic le faisait monter. Pendant ce temps, Carlos allait chercher un revolver dans la salle de bains, et lorsque les flics lui présentaient Moukharbal pour le confondre, Carlos tirait, tuait Moukharbal et deux des trois flics. Petite interruption dans la sérénade sud-américaine... Puis fuite allègre par une passerelle de l'immeuble !
Beyrouth again ! Carlos se faisait remonter les bretelles par Wadie Haddad, qui lui confiait la mission d'attaquer l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) lors de sa prochaine réunion : le but était de tuer les ministres du pétrole saoudien et iranien (Yamani et Amouzegar) pour le compte de Saddam Hussein, tout en revendiquant la défense de la Palestine, et avec l'aval de Kadhafi. Un trois en un ! Remise en forme avec Anis Naccache, un proche de l'OLP, prise de contact avec les Allemands dont Gabriele Kröcher-Tiedemann ("Nada") et Hans-Joachim Klein ("Angie")...
Fin 1975. Prise d'otages dans la salle de conf' de l'OPEP à Vienne, hurlements, re-agitations, coups de feu... Dans la panique, "Nada" tuait deux mecs, Carlos un : c'était un Libyen ! Merde ! Les ministres étaient mis sous les tables, explosifs partout, Naccache, Joseph et Youssef (deux hommes de main) les tenaient en joue. Feu ! Les flics autrichiens ripostaient près des ascenseurs, Klein était blessé au ventre. Repli dans la salle. Sélection de Carlos : d'un côté, les pays neutres (Gabon, Nigeria, Équateur, Venezuela, Indonésie) ; d'un autre, les pays amis (Irak, Libye, Koweït, Algérie) ; dans un coin, les pays ennemis (Arabie saoudite, Émirats, Qatar, Iran).
Carlos dictait à la secrétaire le communiqué de revendication (en français) à lire dans les médias et signé "Le bras armé de la révolution arabe". L'OLP faisait hypocritement savoir qu'elle condamnait l'action. Klein était évacué.
Le bus exigé arrivait et se chargeait d'otages. Ils partaient pour l'aéroport où ils embarquaient tous. Klein était hissé dans l'avion. Destination : Bagdad. Les Algériens proposaient d'atterrir à Alger pour faire le plein de kérosène. À l'arrivée, le gouvernement algérien voulait négocier la libération de tous les otages. Klein était hospitalisé, Carlos acceptait de libérer les otages non arabes. L'avion redécollait. Prochaine escale : Tripoli. Mais Kadhafi ne voulait pas qu'il se pose, à cause du Libyen que Carlos avait tué par mégarde pendant l'assaut. Carlos tentait la Tunisie, refus aussi. Donc, retour à Alger. Le commando à nouveau immobilisé était coincé : "Tu n'as plus aucune monnaie d'échange", disait Naccache à Carlos... Celui-ci n'avait plus qu'à parlementer avec Bouteflika, ministre des Affaires étrangères à l'époque, qui proposait de lui donner, à lui et à Haddad, vingt millions de dollars contre les deux ministres Yamani et Amouzegar.... Naccache était contre ; "Nada", carrément folle de rage... Problématique terroristique : rester un soldat ou finir en martyr ? Puisque l'opération était foirée, il valait mieux prendre l'argent pour continuer le combat que de se faire couler un bain de sang. Carlos choisissait l'argent.
Année 76. Dans le camp du FPLP au Yémen, Carlos retrouvait Klein, guéri. Haddad (qui se la jouait vachement) accusait Carlos d'avoir "négocié" à Alger, mais lui aussi avait touché aux vingt millions de dollars ! Assayas ne manquait pas une occasion de montrer que Carlos n'était qu'un mercenaire et que Haddad était soudoyé par des États (Irak, Libye...). Ils faisaient tous deux du clientélisme terroriste cynique... Papa Haddad finissait par exclure Carlos pour insubordination ! Avec Johannes Weinrich ("Steve"), le révolutionnaire allemand amant de Magdalena Kopp, Carlos affinait son discours : Haddad travaillait
pour Bagdad, alors que lui voulait bien travailler
avec Bagdad. Pas à sa solde ! Il rompait avec le repenti Klein, qui désapprouvait l'antisémitisme au nom de l'antisionisme. "Nada" tirait encore sur des flics avant d'être arrêtée. Haddad mourait à Bagdad.
Puis c'était la scène cliché porno-soft dans la chambre d'hôtel avec la féministe Magdalena qui recevait Carlos en déshabillé, il la dominait vite et la révoltée, soudain soumise, se laissait caresser la chatte. Puis Kopp le suçait.
Une dizaine d'années plus tard, Carlos, devenu gros beauf moustachu victor-lanouxien, vivait à Damas. Le mur de Berlin tombait : excès de romantisme d'Assayas. Carlos était viré par la Syrie, qui voulait s'aligner, et allait en Libye avec Magdalena et leur fille, d'où il était viré aussi ! Donc, Soudan. Il donnait des cours de guérilla à la Lawrence d'Arabie. Il buvait, prenait des putes. Il était dénoncé au guide islamique du coin. Magdalena le quittait. Il offrait ses services à l'Iran. Il avait un problème aux couilles... En 1994, le militaire du renseignement, le général Philippe Rondot montait le kidnapping de Khartoum. Les Soudanais droguaient Carlos, le ligotaient, le foutaient dans l'avion français... Il était arrêté pour le meurtre des policiers de la DST, rue Toullier, en 75... Fin. Au générique, remerciements à Richard Malka et à François Samuelson (
sic et
berk !).
Et dire que les critiques étaient en pure extase ! Ils n'avaient donc rien vu ? Et c'était présenté comme un "biopic saisissant", "une mise en scène exceptionnelle". Prenant argent comptant les fantasmes d'Assayas, Jean-Luc Douin insistait dans
Le Monde et
Télérama sur le côté "machiste" et "parano" du "mercenaire" Carlos, insincère bien sûr, et sur son pépin aux testicules : "trahi par sa virilité". Dans
Charlie Hebdo, évidemment, Jean-Baptiste Thoret était à genoux : "une révolution dans les séries françaises", et "à la différence de
Mesrine ou de
Che, aucune ambiguïté", sous-entendu : Assayas n'avait pas péché par fascination pour son sujet (cinq heures et vingt-six minutes quand même...). On ne serait donc pas étonné cinq ans plus tard de retrouver, toujours dans
Charlie, le pro-US Thoret vantant le dernier film du vieux patriotard Clint Eastwood, scandaleux éloge du sniper Kyle, bourré de préjugés racistes, de larmoiements yankees et de désinformations criantes, où l'on verrait pendant deux heures des Irakiens se faire tirer comme des lapins... Comment Thoret aurait-il pu comprendre l'islam révolutionnaire de Carlos ?
D'ailleurs, quand Assayas décrivait son film "politique" qui montrait "la façon dont on passe de l'idéalisme à l'idéologie, de l'idéologie au pragmatisme et du pragmatisme au cynisme", il ne décrivait pas Carlos mais se décrivait lui-même, comme tous les minus gauchos reconvertis par fanatisme dans la mollesse et adeptes du socialo-libéralisme sauce Canal+, avec dissolution de tout idéal à la clef. Ainsi, Assayas faisait son portrait... Et celui de son scénariste : Dan Franck, nègre notoire de toute la gaugauche... Il n'avait pas d'autre auteur sous la main, l'Assayas ? Avec une plume aussi tordue, comment s'étonner que le téléfilm brasse toutes les idées reçues sur l'homme d'action ?
Le Carlos d'Assayas fumait, buvait, baisait, était fasciné par les armes comme si c'était des extensions de son pénis (gros cliché phallique), alors qu'une témoin avait dit que Carlos caressait ses armes avec tendresse, comme si c'était des femmes (je rajouterais "des sexes de femmes")... Et surtout, dans le scénar' d'Assayas, Carlos ne faisait jamais rien. Une espèce d'arriviste oisif... On ne comprenait rien de ses combats, zéro. Normal, pour Assayas, tout ça n'était qu'enfumages étatiques... Comme tous les gauchards simplets, il ne croyait pas aux actes de conviction politique : "Mon éducation politique est situationniste. Le regard que je peux avoir sur le terrorisme n'a jamais été celui d'un gauchiste complaisant. J'ai jamais avalé les mensonges autour des Brigades rouges ou de la bande à Baader. Pour moi, il n'y a de terrorisme que d'État ! C'est un processus de l'implication, de la mécanique, l'enrôlement de militants dans des intérêts qui les dépassent."
Imbécile ! Toujours fixé sur cette tarte à la crème de la liquidation d'Aldo Moro par les Brigades rouges en 78 (ce qui est bien tard dans les "années de plomb" pour en tirer une théorie !), sous prétexte qu'il aurait été prouvé que l'État italien avait été de mèche dans cet assassinat, pour décrédibiliser à jamais tout mouvement révolutionnaire. Les gauchos, ces bananes roses, en faisaient une loi...
Assayas parlait également du "marché du terrorisme", des "versions données par les historiens qui sont souvent impossibles", il disait nager "en plein non-dit"... Comme quoi, je commençais à m'apercevoir que le conspirationnisme n'était pas seulement du côté des dentistes beurs marseillais paumés, mais aussi de celui des Blancs bien bien-pensants de gauche, éduqués, cultivés, donneurs de leçons, et situationnistes
of course...
Nabe, Les Porcs, tome 1.