Puisqu'on en revient à Cuba... Je connais un tout petit peu l'île. Pas de litote ici, je ne prétends pas être expert, mais j'y ai été 5 semaines il y a 9 ans et j'ai pu en faire le tour en étant hébergé quasi systématiquement chez l'habitant. Un de mes oncles y a aussi vécu un an.
De ce que j'ai pu tirer de tout ça, c'est que les Cubains ont en général sur leur île et le régime castriste des positions plus nuancées que l'on ne pense.
Soyons clairs : c'est une dictature. Les gens ont peur de s'exprimer. La police cubaine ne fait pas dans le détail, et mieux vaut ne pas se faire accuser par un touriste. Malgré cela, avec un peu de temps et un Espagnol pas trop mauvais, on parvient à tisser des liens et la confiance se gagne assez facilement.
Et là, on se rend compte que les gens ont également conscience de ce que leur apporte le régime en termes de santé, d'éducation (le niveau d'instruction est remarquablement élevé, on voit des micro universités dans les coins les plus reculés du pays, et le moindre paysan te faisant visiter son coin te dit "quand j'étais à l'université..."). Ils n'aiment pas le régime, mais n'idéalisent pas nécessairement les Etats-Unis non plus, même si l'attraction semble plus forte chez les jeunes. Les plus anciens ont des souvenirs du régime de Batista, et redevenir les bordel des USA est une perspective qui ne les enchante pas.
On y retrouve également ce paradoxe de l'Amérique Latine que j'ai vu résumé sur le corps du fils de la famille chez qui nous avons résidé 10 jours à La Havane : le Christ sur l'épaule droite, le Che sur la gauche.
En résumé, j'ai vu à l'époque un pays complexe, loin des caricatures de gauche ou de droite que l'on peut entendre avec un peuple qui aspire à la liberté mais qui n'est pas forcément prêt à sacrifier les apports positifs du castrisme. Je me demande bien dans quelle mesure ça a pu changer depuis...