Biosmog a écrit :
Blow Up a écrit :
J'ai plutôt remarqué le contraire, même dans le scolaire, quand on implique des élèves dans un projet et qu'ils ont leur mot a dire, généralement ça les motive.
Après on doit être formatés aux structures pyramidales, il y a des gens qui sont perdus quand il n'ont pas de chef au dessus d'eux.
Je pense qu'il faut sortir des grandes théories trop unilatérales, d'un côté comme de l'autre. J'ai été administrateur d'une institution auto-gérée œuvrant dans le domaine des toxicomanies. J'ai aussi une expérience d'un groupe de recherche "autogéré" pendant quelques années, qui s'est structuré verticalement. J'aurais beaucoup de choses à dire, mais je vais me contenter de deux choses.
Une grande difficulté des institutions autogérées réside dans ses contacts extérieurs. J'ai été chargé de ce genre de travail et de ne pouvoir jamais rien pouvoir décider sans en référer à l'assemblée générale est très paralysant. Cela rend évidemment impossible toute forme de stratégie (pour un bien ou pour un mal). Et il y a également un problème de statut, parce que les interlocuteurs ont des postes hiérarchiques, alors que nous-mêmes on n'est rien. Le pire n'apparaît pas dans les discussions bilatérales, mais dans les séances de coordination d'experts et de responsables de l'État (police, santé publique) et d'autres institutions: au mieux, on est le râleur un peu chiant.
C'est une difficulté réelle. Notre façon de la contourner: notre assemblée générale s'occupe des grandes lignes directrices de la structure, des décisions majeures, et délègue la gestion quotidienne (et donc notamment les missions de représentation, mais aussi la gestion du personnel, la gestion financière etc etc ... ) à un conseil d'administration formé majoritairement de travailleurs, élu par l'assemblée générale tous les trois ans. Evidemment, le conseil d'administration a des comptes à rendre à l'assemblée générale tous les ans. Ca permet infiniment plus de souplesse dans la gestion quotidienne.
Mais je reviens à l'écueil soulevé plus haut: il est souvent difficile de trouver des volontaires pour participer au CA, parce que c'est un sacré boulot, quasi bénévole (il y'a un maigre jeton de présence quasi symbolique). Mais terriblement intéressant, j'y ai appris énormément dans des domaines (comme la gestion financière d'une ASBL) où je ne connaissais rien au départ.
Citation:
L'autre exemple, je l'ai vécu au début de mon expérience professionnelle actuelle. Mon laboratoire était minuscule (8-10 personnes), avec un prof directeur soixante-huitard, mais un vrai libertaire (parce qu'il y a aussi les faux-cools): à l'interne, tout le monde faisaient tout et était écouté, prenait part aux discussions. Alors c'était loin d'être idyllique mais je remarque la différence avec maintenant. Paradoxalement, aujourd'hui, on perd énormément de temps à discuter administration, règlement, il n'y a plus de discussion sur le contenu entre nous. La différence est subjective: n'ayant plus de vue globale, n'ayant plus de stimulation intellectuelle, on n'est plus motivé. Mais ce qui est assez "amusant", et je l'ai (re)découvert pas plus tard que la semaine passée. C'est en effet amusant que l'échec puisse être mesuré selon les critères même de l'institution: on est 3 fois plus nombreux qu'il y a 10 ans, et le nombre de publications par année n'a pas bougé. Dans les faits c'est simple, un peu caricaturalement: à l'époque, je passais mes dimanches et mes vacances à bosser. Aujourd'hui, je viens sur backstage même lorsque je suis au bureau... Je ne sais pas si d'autres collègues viennent sur backstage, mais la chute général de motivation, avec un affolement du turnover (et l'inefficacité relative), est patente.
L'époque a effectivement changé, et je retrouve partiellement mon expérience personnelle dans ce que tu décris: au départ, les discussions d'équipe et autres traitaient beaucoup de "grands sujets" (sujets de société, valeurs, projets) et de nos jours, on est plus dans des discussions "techniques" de règlement, droits, pratico-pratiques. On essaye encore de garder du contenu, mais c'est un combat permanent. Gare au confortably numb
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